Trafic de poudrés I

Ça se passe samedi dernier, le festival de jazz est commencé, celui des déménagements aussi, le vieux Montréal est bondé dans l’attente du feu d’artifice à la gloire de l’unifolié et j’essaie de me tenir le plus loin possible de ces bouchons qui me font monter le vinaigre au nez. J’ai ma dose. Ça a beau être occupé, ce trafic infect m’affecte.

Dans la soirée je prends un appel sur la rue St-Ambroise dans le secteur des nouveaux condos chics qui poussent comme de la mauvaise herbe. De celles qui embourgeoisent les vieux quartiers populaires et qui en chassent les pauvres gens. Bref, après m’avoir fait attendre plus de 10 minutes, deux jeunes beautés pomponnées montent à bord en me disant d’attendre encore un peu. Une troisième pompon girl ne devrait pas tarder. Je leur dis qu’il n’y a pas de problème et pars le taximètre.

– Vous partez votre compteur ? Me demande presqu’outrée la plus maquillée des deux.

– Tu sais que ça fait plus de 10 minutes que j’ai sonné à votre porte?

– Ouain pis ? Me demande la deuxième peinturlurée.

Je pourrais leur expliquer en long et en large le règlement qui régit l’industrie du taxi qui m’autorise à partir le compteur dès que les passagers ont leur culs posé sur mes banquettes. Je pourrais aussi comme le font certains chauffeurs que je connais les engueuler et les sortir de mon véhicule. Je pourrais être de très très mauvaise foi et c’est pas l’envie qui manque. Mais je prends sur moi, souris, éteins le compteur et leur dis:

– Je lui donne une minute pas plus !

– Vous êtes ben fin, monsieur.

– C’est où le party ?

– On le sait pas encore, peut-être St-Laurent ou peut-être le vieux Montréal, c’est notre amie qui décide, c’est sa fête!

Ça va être également la mienne et j’essaie mentalement de déterminer quel itinéraire serait le moins débile. Pour se rendre à l’une ou l’autre de ces destinations je vais devoir me taper du trafic sans bon sens.

Alors que je me dis que je commence à être mûr pour des vacances, la troisième jeune femme arrive et dépasse toute mes espérances. Y’a pas à dire on touche le fond, de teint. 😉 Me voilà donc en direction du vieux car la fêtée à un petit penchant pour Gregory Charles qui chante quelque part là-bas de l’autre côté du parking qui devrait commencer juste après le viaduc de l’autoroute Bonaventure. Les fragrances de mes trois clientes se mêlent en un concentré franchement dégueulasse. Elles parlent de chaussures, de linge et de mecs. J’ai l’impression d’être dans un mauvais épisode de Sex in the city.

Rendu sur de la Commune, c’est pare-chocs à pare-chocs et j’arrive à convaincre mes trois grimées du samedi soir que rendu où l’on est, ça va plus vite en marchant, même avec des talons aiguilles. De toute façon, rien qu’à voir on voit bien. Continuer serait un fardeau et mes trois fardées décident de faire le reste à pied. Pendant qu’elles me paient, je leur dis qu’elle vont briser pleins de petits coeurs ce soir. J’suis donc têteux quand j’veux… 😉

Alors que j’essaie de me sortir de ce capharnaüm de véhicules, la porte de derrière s’ouvre, un mec s’assoit et me demande de l’amener au plus vite à Outremont. Il faut qu’il se change en vitesse car il doit être au boulot dans 15 minutes au coin de St-Laurent et des Pins… Je me retourne pour voir à quel sorte d’ahuri j’ai affaire. Ça me prends pas deux secondes pour voir à quoi j’ai droit. Mâchoires crispées, narines enfarinées, regard vitreux, le gars est coké à ras bord. Un poudré d’un autre type, un autre type de trafic.

A suivre…

La Maudite Machine

On est jamais content. Y’a toujours de quoi, quelqu’un, quelque chose qui nous frustre et des « full frus » j’en ai ma dose pendant la nuit. Avec quelques verres de trop, une personne terre à terre se transforme assez vite en vrai cave voire en homme de caverne. Faut faire avec, pas les prendre à rebrousse poil et les conforter dans leurs doléances même si on croit pas deux secondes ce qu’on raconte.

– T’as raison c’est toutes des salopes.

– Mais oui on est tous des trous de culs.

– Tout a fait d’accord, t’as ben raison, mets-en, à qui le dis-tu, c’est clair, j’comprends donc, absolument, c’est pas moi qui va te contredire la dessus, etc. etc.

Ils peuvent sortir tout le méchant qu’ils veulent, je ne dirai pas le contraire. À quoi bon ? Pourquoi j’m’attirerais les foudres d’un individu à côté de ses pompes en lui disant qu’il à tort? Je ne ferais que mettre du gaz sur le feu. Ça vaut pas le coût, j’en ai pas le goût.

Dans la catégorie à prendre avec des pincettes à part les soûlons, y’a ceusses qui viennent de se faire remorquer leur voiture. Vous savez, la petite maudite pancarte qu’on voit jamais dans le fond du stationnement quand on se parque mais qu’on lit toujours avec intérêt quand l’auto n’est plus là? Ça arrive assez régulièrement qu’on amène des clients vers les fourrières et ils ne sont pas toujours dans un état d’esprit des plus conciliant. Déjà que leur soirée leur à coûté cher, la facture pour reprendre possession de leur véhicule est toujours assez salée et le prix de la course de taxi pour s’y rendre semble toujours être la goutte qui fait déborder le vase. C’est toujours trop loin, trop cher, trop lent… Faut être gentil, mettons.

Ce soir j’embarque une dame qui doit aller à la fourrière et pas sitôt assise elle se met à jaser de tout et de rien sur un ton badin et rieur. Je suis étonné de la voir autant de bonne humeur après que son auto se soit fait « kidnapper » et lui en fait la remarque.

– Bien mon cher monsieur, c’est rien ça. Dites-vous que dans le monde au moment où on se parle, y’a des enfants qui meurent de faim.

(…)

J’ai été vraiment touché par les valeurs de cette femme avec qui j’ai eu la chance de causer à batons rompus pendant quelques minutes. À la guérite de la fourrière, elle a offert un magnifique sourire à la préposée qui ne devait certainement pas être habituée à ce genre de traitement derrière sa vitre blindée.

De retour en ville j’ai embarqué un homme qui venait de perdre 250$ dans une machine vidéopoker.

– Astie de christ de machine à marde….

J’pense pas qu’il « filait » pour entendre parler des enfants qui meurent de faim.

On a parlé de maudites machines mais j’avais quand même la tête ailleurs.