Voyage dans le sud

Jeudi, une stupéfiante métisse aux yeux océan est monté dans mon taxi. On a échangé sur ceux qui chialent contre le froid et décidé de ne pas se joindre à eux avant la fin février. Une conversation banale d’une complicité à faire crochir les atomes. Cette nuit elle m’a rappellé pour que je la reconduise chez elle. Un voyage dans la chaleurs des îles. D’une beauté à en perdre la voie.

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2 temps

J’me lève en retard, mal dormi, rêves d’hôpitaux (Papa se faisait opérer cette semaine), pas le temps de me raser, plus de café, me fait un bol de céréales, le lait est tourné. La loi de Murphy fait son oeuvre. Je cours pour attraper le métro, les portes me ferment dans la face. Au garage, le chauffeur de jour est en retard. J’essaie difficilement de garder mon calme. Ça va être de même toute la soirée. J’évite deux, trois accrochages, c’est vendredi les 450 se « promènent » en ville, j’ai la mêche courte et fais la gueule à mes clients qui me le rendent bien en me donnant des pourboires de merde. Avant de devenir complètement dingue, je décide d’arrêter, reviens à l’appart et m’offre une sieste d’une bonne heure. Et demi…

Une fois debout, je vais me chercher un double allongé. Sonne alors mon fido. Mister Graham. Plusieurs fois par mois je l’amène à Lasalle. Lui m’amènes dans sa Jamaïque natale. Il me raconte des histoires avec un parlé sans pareil. Éminemment sympa. Ensuite ça a coulé jusqu’à l’aube. Bonnes courses, bons clients, bons pourboires, bonnes vibes.

Bonne nuit.

Frédérick

Ce que j’aime de mon job c’est qu’il me permets de m’adonner à mon petit vice pendant les heures de travail, la lecture. Entre les courses je m’installe sur un poste d’attente et enfile les pages. Un oeil sur le livre un autre sur la rue, une oreille avec le répartiteur, l’autre avec le Jazz du 91.9. Aujoutez la dessus un café corsé, le prochain client peut se faire attendre, j’me fais pas chier. Je lis de tout mais j’avoue une préférence pour le roman noir. La nuit, le noir…Vous voyez le concept? 😉

Y’a deux ans et demi sur la liste de diffusion du site Mauvais Genres où je dégotte mes idées de lecture, y’a un écrivain lyonnnais qui annonce sa venue à Montréal dans le cadre d’une résidence d’auteur. Je lui propose alors en échange de ses bouquins, un tour de ville. Depuis on garde le contact et la semaine dernière je recevais son dernier ouvrage. Un charmant petit recueil de poésie portant le titre d’ Angiomes. L’écrivain s’appelle Frédérick Houdaer il est très sympa et je suis convaincu qu’il ne m’en voudra pas de glisser ici un de ses poèmes:

Montréal

fumées aux volutes tolérées par le froid
oiseaux qui cherchent une banquise pour disparaître
oiseaux aux mille yeux
le premier qui voit le fleuve geler
pousse un cri pour avertir les autres
ils ont tous cru que les gratte-cieux
reflètaient le St-Laurent pris par la glace
résultat
une belle lumière pour écrire
dans ce royaume de l’égalité à tout craint
les immeubles ne sont pas égaux
il y a des géants et des nains
portant de drôles de chapeaux
ou des semelles de béton

Un taxi venu du froid

Un taxi venu du froid
Moins 25 degré presque toute la fin de semaine. J’ai été tellement occupé que j’ai même pas eut le temps de lire. J’aime ça des journées froides. Les clients sont presque contents d’embarquer dans ton char. Je mets la chaufrette dans le tapis, je parle de température pis je fais ça vite parce que la demande est forte. C’est pas un chauffeur de taxi qui va se pleindre de ça le froid. J’arrête pas de répéter cette phrase a longueur de nuit. J’aime pas l’hiver plus qu’un autre mais c’est la saison la plus rentable pour nous faque I can’t complain. Que je répète bilingue encore and again, nuits après nights à chaque costumers. Anyways j’commencerai pas à parler de température icitte. If you know wadda mean. J’ai un 36 heures bien cogné dans le dos. J’vais aller m’assoir su du mou. 😉 J’me tape deux nuits off. A+

Punk et Poque

Hier vers 3 heures 30, je suis au coin de Mont-Royal et de Saint-Laurent direction ouest avec un client que je viens d’embarquer. Ma lumière est sur le point de changer et je commence à avancer. Y’a un punk plus très jeune qui arrive alors sur ma gauche, il prends son élan et donne un grand coup de pied dans la portière arrière ! Je sais que vous vous dites que les maudits chauffeurs de taxi sont dangeureux pour les piétons, qu’ils chauffent en malades et ne respectent rien. Oui, mais cette fois-ci je vous jure que le pied était à un mètre de l’auto. Mon client a lâché un ouate de phoque! J’ai arrêté le taxi pour voir l’étendue des dommages. Une bonne poque de la grosseur d’une Doc. Mon client veux pas que je stoppe mais j’ai des comptes à rendre au propriétaire du cab. Je lui demande ce qu’il me doit et lui dis d’en prendre un autre. Arrive alors sur l’autre coin, une Caravan blanche et bleue de beu. Bon timing, l’agent se pointe juste à temps pour que mon passager lui donne la version des faits. J’dis à la police que le botteur monte St-Laurent à pied et qu’il ne doit pas être très loin. On le retrouve juste en haut de Villeneuve. J’aurai aimé avoir un apppareil pour vous montrer la face qu’il m’a fait quand il m’a vu retontir. Finalement j’ai pas voulu mettre de l’huile sur le fou. Après 15 minutes de perte de temps à écouter le pauvre diable ennivré patauger dans la sloche, j’ai dis aux polices (un autre char s’étant pointé sur les entrefaites) que j’voulais pas porter plainte. Ce vieux punk m’en rappelait trop un autre… Anyway pour une poque, c’est quoi le but?

Folies sur glace

Petite neige folle cette nuit c’est glissant faut redoubler d’attention. C’est pas mal plus fatiguant mais je deteste pas ça. D’abord les courses sont un peu plus payantes mais j’aime surtout ça parce que ça change de la routine. Mon boss me loue toujours le même taxi faque je connais bien comment il réagit sur la glace et je m’amuse à faire des dérapages contrôlés. Toujours utile quand l’auto dérape « pour vrai ». 😉 Jeux de braquages et contre-braquages. Faut jouer du frein le moins possible. Le vrai truc c’est de jouer avec l’accélérateur. Comme dirait l’autre, je pompe le gaz… Ça a toujours son petit effet quand chus en train de jaser avec un client et que je tourne dans une rue en dérapant. Je fais mon show-off sans que ça paraîsse trop. Donne un grand coup de volant en donnant des petits coups de gaz, récupère l’auto dans sa ligne tout en continuant de jaser. Les clients pour leur part gardent souvent le silence pendant la manoeuvre. Parfois je les sens un peu freaker. J’fais toujours comme si de rien n’était, je fais mon smatte 😉 Je dose quand même mes effets quand j’ai du monde à bord. C’est bien entendu que je mettrerais pas la sécurité de mes passagers en danger. A moins qu’on insiste… Ya quelques années dans des conditions semblables j’ai à bord cinq amerloques émmêchés qui sortent d’un bar de danseuses et que je ramène à l’hotel Delta sur Président Kennedy. Les gars sont sur le party et ont du fun. J’arrive devant l’hotel sur le côté opposé de la rue. Comme de chaque côté il n’y a pas d’auto de stationnée je donne un bon coup de gaz, fait un 180 degré et arrête le cab juste devant l’entrée du Delta. C’est alors l’euphorie dans le taxi, les gars en veulent encore… « No problem » J’leur en ai mis plein la gueule avec trois 360 !! Un 1080 degrés sur Président Kennedy 😉 J’ai eu droit à des applaudissements, des tapes dans le dos et un sacré gros pourboire. Encore chanceux que la police ne passait pas par là pour me voir « blower mes donuts » ;-)))))
:: Leon 2005-01-20 05:13:3

Gelé Dur

Fa frette cette nuite. Le monde sorte pas dans ce temps-là. 10 heures de route, pas tout à fait 50$ clair dins poches… Pas fort la tonne. Même pas le salaire minimum à se casser le dos dans un taxi loué trop cher pour ce qu’il vaut. Des shocks finis dans des rues finies avec souvent des clients tout aussi finis dans des fins de nuits qui n’en finissent plus de ne pas finir. A quelle heure se lève donc le soleil viarge ! Heureusement ya des extras. Cette nuit de Ville-Émard au centre-ville je discute de tout et de rien avec un client sympa qui me propose de me payer soit en pot soit en hasch. J’ai pas l’habitude de me faire tordre le bras sur ce genre de proposition mais comme j’ai pas bossé depuis le début de l’année, j’ai besoin de liquide et refuse son offre tout en continuant la jase sur les vertues du THC en général. D’accord pour me payer la course cash, mon client m’offre quand même comme pourboire une bite qui doit bien faire 2 grammes! –  » Eille man, un chunk de même ça vaut le prix de la course ! Laisses faire l’argent, c’est beau de même.  » Mais lui ne le prends pas ainsi et me donne un autre bite aussi grosse que la première… – « Ça c’est un autre sorte, tu vas voir il est un peu plus méchant  » –  » Le genre qu’on aime  » –  » ‘xactement.  » Avant qu’il ne sorte il me donne deux cocottes de pot, une d’hydropo, une de terre. Cybole on dirait que je viens de flauber 30 Euros dans un coffee-shop d’Amsterdam ! Mais s’t’encore mieux gratuit à Montréal dans un taxi de nuit.