Rue Overdale


J’apprivoise tranquillement les fonctions de mon appareil photo. Ici j’ai laissé l’obturateur ouvert quelques secondes ce qui donne une lumière un peu irréelle en ce milieu de nuit. La rue Overdale n’est pas ordinaire. Perdue en plein centre ville elle en est une de luttes. Sur la gauche y’a le vieil édifice L-H Lafontaine où des dizaines de squatters ont lutté lors de l’été 2001. D’autres se rappelleront la fin des années 80 où des locataires ont lutté pour sauvegarder leur îlot. Le vaste terrain vague qui borde ce bout de rue ne le restera pas très longtemps si je me fie à ce que je vois autour. A suivre… Pour plus d’infos sur l’histoire de la rue Overdale je vous invite à lire ce texte sur le site du Frapru: http://www.frapru.qc.ca/No100/Overdale.html

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Tuques en Stock

A la fin de la nuit je retrouve presque toujours quelque chose « oublié » par un passager. Des paquets de cigarettes, des clefs, de la dope, des condoms, des couteaux, des cellulaires, des portefeuilles, des lunettes, des sacs d’école, des articles de maquillage, des bouteilles vides, des pleines… J’ai déjà trouvé des boules chinoises, un bagage à main d’un voyageur coréen, un appareil photo jetable, une petite culotte, un porte-document, une plume fontaine, des livres, une canne, des CDs, du parfum et sûrement encore plein de choses que j’oublie. Un soir un travelo a oublié une valise avec des perruques, des trucs en tocs et assez de spray-net pour anéantir ce qu’il reste d’ozone. Évidemment quand c’est possible j’essaie de rendre ces objets à leurs proprios. Quand je pars d’une adresse ou y arrive c’est assez facile. Pour les portefeuilles ça va. Quand c’est un cellulaire, souvent la personne appelle ou j’essaie d’y retrouver les coordonnées de la personne a qui il appartient. Parfois je vais déposer ce que je trouve chez Diamond ou je laisse ça au garage où je loue. Mais souvent je me retrouve avec pleins de trucs. Chez moi j’ai un tiroir emplis d’objets trouvés. J’ai un lot de parapluies des plus variés et avec l’hiver qui arrive je vais sûrement renouveler mon stock de tuques.

Le Choix des Armes

A la fermeture des bars tout peut arriver. Comme dit mon chum Luc : « L’alcool ravale l’homme au rang de la bête » et chus crissement bien placé pour lui donner raison. Moi je dis :  » En autant qu’on me paye à la fin et qu’on salisse pas mes sièges, anything goes… ». Mais ça prend pas mal de patience des fois. De la patience et du tact. Faut savoir vite à « quoi » on a affaire et s’adapter rapidement à ce qui se présente. Un client qui cherche le trouble va être plus calme s’il pense qu’il va le trouver. Avec le temps j’ai développé ce sixième sens pour détecter les individus à problèmes. En général, juste le fait de rester calme et de faire ta job comme du monde évite pas mal d’ennuis. Quelqu’un qui a de quoi derrière la tête ne fera rien s’il ne sait pas à qui il fait face. Je compare ça à un chien. Il va mordre la personne qui a peur de lui mais rarement le contraire. Quand je sens que mon client peut être dangereux, je fais des gestes qui sèment le doute dans son esprit. Je monte la radio-taxi, je fouille sous mon siège et fais semblant de mettre quelque chose entre mes jambes. Ou encore juste un regard soutenu dans le rétro va faire la job. Ne pas montrer la peur, le laisser douter tout en continuant le trajet. Jusqu’à maintenant ça m’a évité les embrouilles. Je connais quelques chauffeurs qui ont des armes. Des couteaux, des battes de base-ball ou encore du spray de poivre de cayenne. Y’en a même peut-être qui ont des guns. Si ça leur permet de se sentir mieux, grand bien leur fassent. Perso j’crois pas aux armes et j’ai pas l’intention de m’en munir. J’en ai pas et j’en veux pas. Mais mon potentiel agresseur n’a pas besoin de le savoir…

Le fun s’en vient

Ça a fait du bien cette petite semaine de congé. J’en ai profité pour voir des amis que je néglige un peu. Pas toujours évident la vie sociale d’un chauffeur de nuit… Bref, je reprends la route demain pour le long « stretch » qui va jusqu’aux fêtes. J’ai l’impression que j’vais bien « m’amuser » : Partys de bureaux, délires de magasinage, premières neiges, tout ça dans des rues où les travaux n’en finissent plus de ne pas finir. En tout cas, ça va être pas mal occupé. Avec l’augmentation des tarifs qu’on vient d’avoir cette semaine j’vais pouvoir en profiter pour en mettre de côté un peu pour les cadeaux et les comptes du mois de janvier. Ceusses qui rentrent vite là?! 😉 A+

Bonne Fête le Père

Aujourd’hui ç’aurait été la fête de papa et c’est sans trop de conviction que j’ai pris la route. L’ humeur synchrone avec la grisaille ambiante, les clients se sont succédés sans que j’y fasse trop attention. Quand un proche part trop vite on est empli de tristesse par l’absence que ça crée. Toute la nuit j’ai eu en tête les moments qu’on a passés ensembles mais aussi les moments qu’on ne partagera plus.

Un peu après minuit alors que je suis installé au poste 64, je prends un appel pour la rue William. 4 personnes m’y attendent dont une dame dans la soixantaine qui s’assoit à mes côtés. Dans les mains elle tient une gerbe de fleurs et un paquet cadeau. D’emblée je lui souris et lui dit : « Happy Birthday !  » J’effectue la course en pensant à la vie et aux hasards bizarres qu’elle nous mets dans les pattes. À destination je lui confie qu’elle partage la date de fête de mon père perdu et que c’est spécial qu’elle soit monté dans mon taxi cette nuit. Elle m’a offert un superbe sourire plein d’empathie et de compassion, je lui ai souhaité une merveilleuse année et j’ai poursuivit ma route, un peu moins triste.