Recherche d’émotions

En arrivant au garage en début de semaine, le mécanicien m’entraîne à l’écart et me dit qu’un homme est passé dans la journée pour me voir. Il a laissé pour moi un exemplaire du T-II d’Un Taxi la Nuit avec une petite note avec un numéro de téléphone. Je suis plutôt surpris qu’un lecteur cherche à me joindre en se rendant à l’endroit où je loue mon véhicule, je me dis que c’est se donner beaucoup de mal alors que mon courriel est facilement disponible (juste ici à droite dans le profil du chauffeur).

Un peu pris par les événements (je vous raconterai en temps et lieu ;-), je n’ai pas pu appeler le monsieur tout de suite. Hier à mon retour au travail, le mécanicien me dit que le monsieur est encore passé aujourd’hui, qu’il est même resté quelques heures à m’attendre! Je suis pour le moins étonné d’apprendre ça, mais qu’est-ce que me veut ce type? Je prends donc mon téléphone pour l’appeler, il me dit qu’il peut revenir dans quelques minutes, j’en profite pour nettoyer le taxi et discuter un peu avec le patron.

Arrive enfin un véhicule d’où sort un couple. Ils portent tous les deux un immense sourire au visage et s’approchent dans ma direction. On se salue, on se présente et on se met à discuter. Monsieur m’explique de quelle façon il a réussi à trouver l’endroit où je travaille en se fiant aux petits détails qui se trouvent dans mes deux livres. Je suis impressionné par son travail d’investigation et le suis encore plus par les raisons de cette recherche.

C’était pour faire plaisir à son amoureuse, grande admiratrice d’Un Taxi la Nuit. Elle avait exprimé le souhait de me rencontrer un jour et monsieur avait pris les grands moyens pour le faire. Je suis autant touché par le geste de monsieur que par les mots que m’exprime sa femme à propos de ceux que j’ai écrit.

On a passé quelques minutes à discuter. Des minutes qui sont passé trop vite. Que je me permet d’immortaliser en guise de gratitude à l’endroit de ce couple qui m’a beaucoup ému.

Merci à vous Lionel et Yasmina.

Au plaisir…

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Entre chien et loup

Je descends Papineau vers le sud avec un confrère à ma gauche qui accélère pour tenter de me dépasser. Je ne le laisse pas faire et garde la voie de droite. Si un client lève le bras, l’autre taxi ne pourra pas me couper pour le prendre. Le manège se poursuit comme ça pendant quelques blocs et je sens bien qu’il commence à s’énerver. Auparavant, j’aurais insisté, mais la soirée est jeune et je n’ai pas envie de me mettre à stresser prématurément. Je décide donc de tourner vers l’est sur Rachel quand une dame surgit entre les voitures stationnées.

Elle veut que je la conduise dans le Vieux-Longueuil à la clinique vétérinaire. Ils attendent qu’elle passe récupérer son chien pour fermer boutique. Elle me demande de me dépêcher. Ce n’est pas une requête que j’ai souvent venant d’une dame de cet âge, mais je ne me fais pas prier. Je m’engage rapidement dans une ruelle qui me ramène sur Rachel, je reprends Papineau et en moins de deux on se retrouve sur le pont Jacques-Cartier.

Pendant le trajet, elle me raconte que son petit Yorkshire est en train de mourir d’une leucémie et que la clinique en question ne peut pas le garder pour la fin de semaine. Elle me dit qu’elle va probablement le faire « piquer ». Que c’est probablement mieux.

Je lui dis que je suis à 100 % pour ça l’euthanasie. Pour les bêtes, mais surtout pour les humains. Je m’énerve deux instants sur l’acharnement supposément thérapeutique et sur le droit de vouloir mourir en paix. Mais je me rends compte que la dame ne m’écoute pas vraiment, je n’insiste pas.

On se retrouve à la clinique assez rapidement et la dame me demande de l’attendre dans le stationnement. Après une quinzaine de minutes, la dame revient avec son petit chien dans les mains. Je sors du taxi pour aller lui ouvrir la portière et avant même qu’elle ne prenne place, elle me demande si je veux bien aller jusqu’à Lachine. Oui je le veux…

De retour sur le pont, le soleil s’est caché derrière les immeubles à l’horizon et le spectacle orangé qui irradie le ciel est grandiose. Derrière, la dame parle doucement à son petit chien. Je n’ose rien dire, surtout que je l’entends également renifler de manière discrète.

Je me sens un peu mal, car je suis heureux d’avoir cette course qui va payer la location de mon taxi. En même temps, je suis plein d’empathie envers cette dame qui pleure son petit chien avec autant de retenue. Je me demande aussi pourquoi venons-nous aussi loin, pour faire euthanasier son chien, car tout du long de la course, c’est ce que je présume. Nous entrons dans Lachine quand finalement la dame rompt le silence et me dit qu’on s’en va dans une autre clinique qui a peut-être des solutions pour soigner son Yorkshire.

Je ne connais pas beaucoup ce secteur de la ville et malgré mon livre des rues de la ville, je tourne au mauvais endroit et s’ensuit un malencontreux détour. Je réconforte ma passagère en lui disant que je ne lui chargerai pas pour ces quelques kilomètres supplémentaires. Je retrouve finalement le bon chemin et nous nous retrouvons dans le Lachine industriel. Un espèce de « nowhere» coincé entre deux autoroutes. La dame me demande si ça m’ennuierait de l’attendre encore une fois. Euh ça devrait aller je crois… Le compteur affiche près de 70 $ auquel s’ajoutera facilement un autre 40 $ pour la ramener chez elle sur le Plateau. Comme c’est une course exceptionnelle, je lui signale que je ne lui chargerai pas le temps d’attente.

Ça dure quand même une heure durant laquelle j’entame la lecture de Trophées Sanglants de C.J. Box. Un roman policier où il est question d’animaux morts… Quand la dame revient sans son chien, je me demande ce que je pourrais bien lui dire pour la réconforter. Je n’ai pas vraiment à le faire, car elle semble en avoir gros sur le coeur.

Elle me raconte que pour traiter son chien, ça lui coûtera 3000 $ pour la fin de semaine. Ensuite ils verraient… Elle ajoute qu’en plus, ce chien ce n’est même pas le sien, mais celui de son fils qui est trop ingrat pour s’en occuper. Et puis là, pendant presque tout le trajet, elle se met à casser du sucre sur le dos de ce fils indigne et de sa garce de bru. Et tout en me racontant ses déboires de chien et de fils, elle a continué de renifler en me disant qu’elle était allergique aux chiens…

Ce n’était pas nécessairement drôle, mais à certains moments, je me suis retenu pour ne pas pouffer de rire. Chose certaine, j’avais un gros sourire quand elle m’a donné 120 $ à la fin du périple.

Ça a fait ma nuit.

On parle d’UTLN

Ces jours-ci, Un Taxi la Nuit se retrouve sur des « postes » assez variés.

Je voudrais tout d’abord signaler le travail incroyable que vient d’accomplir Éric Vignola. Son mémoire : Du blogue au livre porte sur ce genre littéraire. C’est avec beaucoup de fierté que je retrouve mon livre associé à ce projet colossal. Merci mille fois Éric.

UTLN se retrouve également ce mois-ci dans les pages été 2009 du journal Taxi. Évidemment, ce n’est pas une publication pour le grand public. C’est un bulletin qui s’adresse essentiellement aux propriétaires de véhicules taxis et aux gens de l’industrie. N’empêche que ça me fait un petit quelque chose d’être reconnu par mes pairs et de me faire taquiner par les chauffeurs au garage. Si l’article vous intéresse, vous pouvez le retrouver en ligne en format PDF en passant par le site du bureau du taxi et du remorquage. L’article se trouve à la page 17.

Enfin, j’ai droit à mes 15 megs de gloire sur le site 33mag.com. Ça décoiffe! Merci à cette joyeuse bande d’agités 😉 Ça me fait sentir un peu moins vieux…

Bain de foule

Le bas de la ville s’est transformé en un immense parc de stationnement. Y’a les Francofolies d’un bord, les feux d’artifice de l’autre, Divers-Cité entre les deux et moi au beau milieu, piégé dans un énorme bouchon de non-circulation.

J’ai réussi à me faufiler jusque sur la Catherine pour déposer trois filles du Plateau devant le Métropolis où elles ont l’intention de se saouler à la vodka. Elles sont bien parties. Moi je fais du sur place, aux premières loges pour assister à cette première grande chorégraphie estivale.

La file d’attente du Métropolis force les piétons à venir se frotter sur nos autos pour poursuivre leur chemin. Devant moi arrive une demi-douzaine de punks qui attirent l’attention avec leurs coiffures mohawks, leurs perfectos « spikés», leurs t-shirts des Dead Kennedy et autres accessoires du genre. On voit tout de suite qu’ils ont mis beaucoup de temps pour élaborer leur look destroy. Plus loin, un homme qui a tout du touriste avec ses bermudas démodés et sa casquette des Yankees les photographie avant de décamper. Une des keupone lui crie une obscénité en lui tendant son majeur. Je ris un bon coup ce qui fait se retourner le conducteur de la BMW qui attend à côté de moi. Il me regarde tout en continuant de jaser dans son portable qu’il tient stupidement à quelques centimètres devant son visage. Il ne partage pas mon hilarité accrue.

De l’autre côté de son véhicule, devant les comptoirs de crème glacée, sont alignés comme chaque samedi depuis des décennies, des dizaines de motos, pour la plupart des Harley qu’il ne faut pas frôler de trop près. Les motards veillent au grain en s’envoyant des cornets de crème molle. Au travers la procession compacte de piétons, j’en vois un qui s’en met plein la barbe. Je me demande c’est à quelle saveur quand mon regard est attiré par un groupe de jeunes femmes qui font la queue pour aller en voir au bar de danseurs nus 281. L’une d’elles porte le voile pour marquer son enterrement de vie de fille. Celles qui l’accompagnent poussent des cris de hyènes qui s’élèvent au-dessus du tumulte de décibels ambiant.

On dirait que les Montréalais ont tous décidé d’attendre que l’été se pointe enfin le bout du nez pour faire de même. J’ai beau ronger mon frein pour le moment, je sais que c’est le genre de nuit qui va me rapporter un beau petit butin. Qui va m’apporter jusqu’au petit matin. J’aurai mon lot d’allumés et d’abrutis, d’amoureux béats et de frustrés sexuels, j’aurai ceux que j’oublierai dès qu’ils quitteront le taxi et d’autres qui m’inspireront des histoires.

Attendant que je me mette enfin à tourner autour de la Ville, celle-ci tourne autour de moi. Un concentré d’humain occupe pour le moment les rues que j’arpenterai encore trop souvent lorsqu’elles seront vides.

Je fais le plein d’images, je m’en imprègne, je m’immerge.