Une balade avec Geneviève


Elle m’avait confié que l’action du roman qu’elle venait de commencer se déroulerait aux abords du canal Lachine. On s’était organisé une petite balade dans les environs, question de faire du repérage et de tâter le pouls de ce petit coin de monde. Je me souviens, il faisait beau, je roulais au hasard en l’écoutant me raconter les prémices de son histoire à venir. En l’écoutant aussi me raconter des pans de sa vie. En toute amitié. En toute simplicité.

Pas mal d’eau a coulé dans le canal entre cette douce ballade et la parution de son livre. Dorénavant dans les quartiers de l’Une, je ne pouvais faire autrement que retourner dans le sud-ouest pour lire Je Compte les Morts de mon amie Geneviève Lefebvre.

C’est une expérience assez fascinante de lire un roman dans le lieu même où l’action se passe. Assez troublant également de se voir apparaître subrepticement comme personnage de fiction. Cette petite apparition éclair m’a réellement touché.

Difficile de ne pas entamer cette lecture avec un a priori positif. Mais dès le départ, j’ai été happé par cette histoire emplie à la fois de tendresse et de douleur. J’ai été séduit par son rythme, par le sens de la formule, par la douce ironie, par la façon qu’a l’auteure de nous livrer ses personnages. Ça sent le vécu, ça sonne vrai. J’ai aimé le son de la musique dans mes oreilles, celui de l’odeur du café dans mes narines. J’ai aimé tourner dans ses rues et me balader dans ses pages. En ce qui me concerne, ce n’est pas le roman de quelqu’un qui veut briller, c’est un roman qui brille par lui-même.

Je pourrais dire encore et encore comment j’ai adoré ce livre. Je me contenterai de remercier sincèrement et tendrement Geneviève pour cette belle et géniale balade.

Publicités

Un taxi pour mon ami J-C

Je l’ai rencontré en juillet au coin de ma nouvelle rue transformée en rivière. L’Une et moi défaisions des boîtes lorsque le ciel s’est mis à s’obscurcir et à gronder. Rien de tel que ces orages soudains et violents pour faire tomber l’humidité, pour faire descendre la pression.

J’ai attendu que le tonnerre soit bien au-dessus de nous pour sortir acheter quelques bières. J’aime de temps à autre me confronter aux éléments. On se sent tout petit, on se sent vivant.

Je descendais ma rue observant ce magnifique ciel en colère quand tout à coup un homme caché dans une entrée cochère m’a fait sursauter.

— Ça coule en baptême han!?

La soixantaine avancée, des vêtements qui ne font pas de doute sur l’immensité de son logis et un regard d’un bleu qu’on se souvient. Un regard qu’il portait sur le torrent d’eau qui dévalait la pente et qui commençait à inonder le trottoir. Il avait à la main une « King Can » d’une sorte que je ne suis pas sûr de vouloir essayer et au visage, un sourire édenté et sans artifice. Le sourire d’un homme qui ne se fait pas chier et qui ne demande pas grand-chose d’autre que de boire sa bière en paix.

Je l’ai salué puis je suis allé chercher la mienne. Le temps que je sorte du dépanneur, la pluie avait cessé et l’homme était parti. J’ai remonté la rue lentement en souriant à mon tour.

La semaine dernière, à bord de mon taxi, je descends Saint-Denis. Je suis derrière un taxi Champlain qui passe tout droit à côté d’un homme au bras levé au coin de Laurier. Je comprends lorsque je m’arrête à côté de lui que l’autre taxi a continué son chemin parce que l’homme en question a tout du sans-abri.

J’en ai la confirmation lorsqu’il s’assoit à mes côtés. Il me demande de le conduire à l’accueil Bonneau et l’odeur qu’il dégage est juste assez fétide pour respirer un peu plus par la bouche. C’est quand il se tourne vers moi pour me demander l’heure que je le reconnais. Un regard comme le sien, ça ne s’oublie pas.

Quand je lui dis qu’il est presque six heures, il me demande le plus sérieusement du monde si c’est six heures du matin ou du soir.

— J’en ai perdu des boutes! qu’il répond quand je lui dis qu’on est en début de soirée.

Il me fait l’impression qu’il vient de se réveiller. En jasant un peu, il me confirme qu’il vient de passer quelques heures sur un banc de parc.

— J’ai tu passé tout droit coudons?

Pendant que je me dirige vers le Vieux, il se met à marmonner, se met à se demander où est passé sa dernière journée.

— Vous êtes ben sûr que c’est le soir là? Qu’il me demande une couple de fois.

J’ai beau le rassurer, il semble un peu perdu. Il fouille dans un sac de plastique et me montre sa carte d’assurance-maladie comme pour me dire qu’il existe vraiment. Il continue de fouiller dans son barda, il en sort quelques morceaux de vêtements, une barre tendre que quelqu’un lui a donnée, quelques canettes vides d’une autre sorte de bière que je n’essayerais pas et je devine que tout ce branle-bas consiste à trouver quelques dollars pour payer le taxi.

Je lui dis alors que je vais aller le reconduire gratuitement. À cet instant, il se tourne vers moi et m’offre ce sourire déjà vu. Je lui rappelle notre rencontre estivale, mais sa mémoire ne semble pas avoir la faculté de se rendre aussi loin. On continue de jaser, il continue de se demander où est passée sa journée. Je lui dis qu’avec une couple de petites bières, ça devrait pouvoir se replacer. Il me sourit et m’offrant un regard entendu et quand je le dépose, il me serre la main en me disant, moi c’est Jean-Claude.

J’espère qu’on se reverra mon J-C.

UTLN en numérique

Vous le savez, Un Taxi la Nuit a été un des premiers blogues québécois à être publié de manière traditionnelle. J’en suis pas peu fier, surtout qu’aucun arbre n’a été abattu pour le faire. Si je reviens là-dessus aujourd’hui, c’est que récemment, Québécor mettait en ligne jelis.ca un tout nouveau service offrant des livres en format numérique et devinez quoi? Vous pouvez y trouver mes deux bouquins!

Mais bon, je ne viens pas ici ce matin uniquement pour faire un exercice de promotion. Je tenais surtout à vous aiguiller vers le blogue de mon éditeur Gilles Herman qui nous explique mieux que quiconque en quoi consiste le livre numérique. Des billets vraiment intéressants.

Bonne lecture(s)