Voir rouge

Je tente de me rendre dans le Vieux Montréal avec un jeune couple de touristes qui se minouche sur la banquette arrière. Comme des milliers d’autres, ils veulent aller voir les feux d’artifice. Pour éviter la cohue sur Notre-Dame et Wellington, je prend la rue de la Commune à partir de Peel. Je vais inévitablement me retrouver dans le trafic, mais pour un petit kilomètre, je vais facilement sauver dix-quinze minutes. Enfin, c’est ce que je croyais.

Ça roule bien jusqu’à ce que j’arrive derrière une Supra rouge qui cherche à se stationner. Je reste patient, malgré le fait qu’il n’y ait aucune place de disponible pour se garer. Il n’y en a pas plus pour le dépasser. Évidemment plus je le colle, plus il ralentit. C’est tellement typique.

Après quelques minutes de gros niaisage, on arrive aux feux qui se trouvent au début de la rue Mills. C’est rouge et le gars dans son char de la même couleur semble trouver ça bien drôle de me voir s’énerver derrière lui. Le « what a mother fucker » de mon client me confirme mon impression et me pousse à tenter une manœuvre un peu osée.

Quand la lumière est sur le point de changer au vert, je déboîte sur la gauche et accélère pour dépasser la Supra qui se met à accélérer à son tour. Je me rabat sur lui en me disant, tiens mon p’tit christ, mais il tient son bout, klaxonne en malade et vient m’emboutir sur le côté arrière.

Tabarnaque!

Je me range sur le côté. Le client me paie ma course en me disant « nice try ». Je leur indique de continuer le long de la Commune et sors du taxi pour constater les dommages.

Le chauffeur de la Supra m’attends avec les poings serrées. Avec tout le monde autour, je ne crains pas grand chose. Je reste calme en le regardant dans les yeux et je ne dis pas un maudit mot. Je contourne mon véhicule et me rends compte qu’il m’a frappé sur le cadre entre la portière et l’aile. C’est un peu cabossé et grafigné mais somme toute, il n’y a pas trop de casse.

Quant à lui, il a arraché la moitié de son pare-choc et un de ses phares est éclaté. J’aimerais pouvoir me foutre de sa gueule, mais il est déjà sur le point de me sauter dans la face. Je le laisse m’engueuler en sachant pertinemment que si j’en rajoute, ça va juste envenimer les choses.

C’est clair dans ma tête que même si c’est moi qui l’ait coupé, c’est de sa faute si y’a eu accident.
L’endroit de l’impact me prouve que je l’avais bel et bien dépassé et s’il avait sauté sur ses freins avec la même vigueur qu’il l’a fait sur son klaxon, on en serait pas là à attendre les policiers.

Quand ces derniers arrivent enfin après presqu’une heure, j’apprends que des témoins ont vus la scène et que malgré mes explications, je vais écoper de la responsabilité de la collision. J’ai droit à une contravention d’une cinquantaine de dollars (Je ne sais plus pourquoi, je vais le savoir bien assez vite en la recevant par la poste) et je vais devoir expliquer tout ça à mon patron qui nous impose le montant du déductible dans ces cas là.

J’ai donc travaillé le reste de la fin de semaine pour payer ces frais en sachant bien que ça fait partie des risques du métier. Ça m’a aussi permit de réaliser que le temps des vacances était arrivé. Quand l’aiguille du réservoir de patience est dans le rouge, le temps est venu d’aller refaire le plein.

Je vais donc en profiter pour aller voir des amis que je néglige, voir la famille et tenter de me mettre au vert.

A bientôt.

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