Bonne fête Pa

Salut Pa.

T’aurais 71 ans aujourd’hui. Fête pas fête, retraite pas retraite, tu te serais levé de bonne heure, t’aurais préparé la cafetière et le déjeuner (deux œufs, deux toasts, bacon) en chantonnant une vieille toune de Willy Lamothe ou de Tino Rossi. T’aurais ouvert la TV et tu te serais assis à la vieille table héritée de ta famille pour manger et faire des plans pour ta journée.

Pendant que t’apprendrais que le maire Tremblay démissionne, que les États vont voter et qu’il n’y a toujours pas de hockey, t’aurais décidé d’aller corder du bois, ramasser encore quelques feuilles ou t’aurais été finir un meuble dans le garage. Ça me surprendrait pas qu’on t’aille aussi engagé pour une petite jobine de menuiserie quelque part. Être assis sur ton cul trop longtemps, ça n’a jamais été ton fort.

Maman serait descendue, t’aurais dit : Bonjour mon amour. T’as bien dormi? Tu lui aurais raconté à quoi t’avais rêvé avant de lui faire part de tes projets pour la journée. Vous auriez fini de déjeuner tranquillement ensemble, t’aurais pris le journal pour aller faire tes besoins et tu serais revenu dans la cuisine embrasser ta femme et t’aurais dit : «envowèye mon Jean-Paul! » Motivé comme ça ne se peut pas pour faire de quoi de tes dix doigts.

On peut dire que je n’ai pas hérité de ta vaillance. Rester assis sur mon cul ça me connait. Par contre, j’essaie autant que possible de mettre en pratique ce que tu disais toujours. «Qu’une job qui mérite d’être faite, mérite d’être ben faite.» C’est peut-être pour ça que je ne viens plus écrire beaucoup ici… Par contre, quand un client me complimente sur la course que je viens d’y faire, y’a un petit peu de toi là-dedans.

À bien y penser, aujourd’hui au lieu de corder du bois ou d’installer ton abri Tempo, t’aurais probablement continué de préparer la roulotte pour votre départ en Floride ou quelque autre place ou y fait chaud. En continuant de chantonner une toune d’Elvis, t’aurais fait encore une fois le tour du terrain pour voir si tout était à sa place. T’aurais fini de trimballer les affaires du bungalow au «Fifth Wheel», t’aurais vérifié encore et encore que tout était à sa place, maman serait revenue te retrouver avec une tasse de café et fier de toi, t’aurais dit : «tu fais ben ça mon Jean-Paul!».

J’espère qu’il ne fait pas trop frette ou ce que t’es. J’espère aussi qu’il y a de quoi occuper tes dix doigts.

J’t’embrasse, je t’aime et encore bonne fête!

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