
Le 5 au matin le ciel était bas pis le top du 1000 de la Gauchetière accrochait dedans. J’en ai fait une série que vous pouvez’yeuter sur Flicker.
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Bonne Fête le Père
Aujourd’hui ç’aurait été la fête de papa et c’est sans trop de conviction que j’ai pris la route. L’ humeur synchrone avec la grisaille ambiante, les clients se sont succédés sans que j’y fasse trop attention. Quand un proche part trop vite on est empli de tristesse par l’absence que ça crée. Toute la nuit j’ai eu en tête les moments qu’on a passés ensembles mais aussi les moments qu’on ne partagera plus.
Un peu après minuit alors que je suis installé au poste 64, je prends un appel pour la rue William. 4 personnes m’y attendent dont une dame dans la soixantaine qui s’assoit à mes côtés. Dans les mains elle tient une gerbe de fleurs et un paquet cadeau. D’emblée je lui souris et lui dit : « Happy Birthday ! » J’effectue la course en pensant à la vie et aux hasards bizarres qu’elle nous mets dans les pattes. À destination je lui confie qu’elle partage la date de fête de mon père perdu et que c’est spécial qu’elle soit monté dans mon taxi cette nuit. Elle m’a offert un superbe sourire plein d’empathie et de compassion, je lui ai souhaité une merveilleuse année et j’ai poursuivit ma route, un peu moins triste.
Équation
Halloween
La fin de semaine de l’Halloween c’est du bonbon. Payant et distrayant. Pour l’occasion je me suis déguisé en chauffeur parlable 😉 J’ai eu droit à une faune des plus variées. Un gnôme puant la gnôle, une Vampirella à croquer, un ange déçu, un autre déchu, quelques sorcières dont certaines pas déguisées du tout. Une abeille m’a laissé une mi-aile sur la banquette arrière. une démone cokée m’a résumé sa vie en 15 minutes, un ectoplasme extasié m’a donné 10 piasses de tips. Au Corona, entre deux séances du Rocky Horror Picture Show, j’ai vu une douzaine de mecs en porte-jarretelles danser sur des voitures stationnées. Dans le village j’ai vu un pénis géant tomber en bas d’une chaîne de trottoir. J’ai déposé un Harry Potteux sur la brosse, Adam et Bourbonnière. J’ai vu un Superman vomir sur René Lévesque, j’ai déposé une femme folle sur Fullum, j’ai jasé de politique avec un gars en robe de mariée et de végétarisme avec une tigresse. (…)
Une belle grosse fin de semaine pleine de nananes et de sucreries. Ce soir, rendez-vous chez le dentiste…
Rien à déclarer
Après avoir passé une grosse semaine sul dos avec une mauvaise grippe j’ai repris la route plein d’expectorations. J’filais sur la route mais pas trop pour jaser. J’suis pas du genre à entretenir une conversation si je sens que ça indiffère mon client mais cette semaine j’dois avouer que je n’ai rien fait pour satisfaire les besoins de communiquer de mes clients en manque de. N’empêche que s’abstenir d’échanger des banalités sur le temps qui fait et celui qui passe a aussi des adeptes et pas mal de clients ont semblé apprécier mon mutisme. Ça manque pas de charme parfois de se la fermer.
Saison Sacrée
« C’est pas un chauffeur de taxi qui va se plaindre de ça le mauvais temps! » Je répète ça je ne sais combien de fois dans une soirée. En fait y’a plein d’affaires que je répète dans une veillée. Y’a les phrases « consacrées » comme : » La soirée a été bonne? », que je préfère de loin à : « i fa beau », « i fa frette » et autres lieux communs atmosphériques; y’a : « Pouvez-vous me répétez votre adresse svp », incontournable en cas de trou-de-poule mnémonique; y’a le : « Vous avez rien de plus petit ? » quand les dix clients précédents t’ont payé avec des 20$ et y’a pour les clients de fin de nuit, le pratico-pratique : « As-tu besoin d’un sac ? » 😉
Y’a ensuite les phrases « sacrées » qui ne s’adressent pas à mes passagers mais plutôt à ceux avec qui je partage la route. Ça va de « christ de tawoin » à « tabarnaque de crétin » à « hostie d’imbécile » et pleins d’autres variantes du même registre avec des degrés de véhémence adaptés aux circonstances auxquels se greffent parfois des gestes qui n’ont d’honorables que le nom qu’ils portent. Mais bon, si vous chauffez un char en ville vous voyez de quoi je cause…
Je ne sacrerai sûrement pas de voir l’été enfin s’en aller. Quand les clients me demandent de mettre le chauffage dans le taxi, je sais que notre belle saison est arrivée et au risque de me répéter : « C’est pas un chauffeur de taxi qui va se plaindre de ça le mauvais temps! « .
1 centre-ville
Coup de théatre !
Quand j’ai une bonne fin de semaine, je prends mes dimanches un peu plus relaxe. Je travaille pour payer l’auto et « that’s it, that’s all ». Je vais garer le taxi et reviens avec le dernier métro ou comme ce soir un peu plus tôt. Alors que je grimpe dans ma rame, une dizaine de personnes se tenant les uns aux autres se ruent dans le wagon avant que les portes se referment. D’abord je crois que c’est une gang de chums sur le party mais y’a une fille du groupe qui prends la parole et commence à invectiver les gens qui sont dans la rame. Y’a une autre fille qui passe devant moi avec une petite caméra et va s’installer un peu plus loin pour filmer ce qui se passe. De toute évidence ça semble être une troupe de théâtre ou un groupe d’étudiants en pleine expérimentation créatrice. La jeune femme qui « tient le crachoir » est devant moi et s’adresse aux gens autour. Pendant ce temps je regarde le reste de la troupe une série de bancs plus loin faire des pitreries. Mon regard va de la fille qui déclame, à l’autre à la caméra, aux passagers qui ont des réactions assez variées. Y’a des visages dubitatifs, amusés et médusés. Y’a un black qui a remonté son capuchon de kangourou et qui essaye de se faire invisible. Juste devant moi y’a un vieil arabe qui semble plûtot fâché. Tout à coup la personnage principale de cette impro s’agenouille devant moi et me prends la main. Elle me parle du mal de vivre qui assaille notre monde pis qu’il faudrait qu’on réalise qu’on est tous du même moule, qu’on forme un tout. Etc. etc. Elle me dit ça les yeux plantés dans les miens et j’embarque dans son jeu en mettant ma main sur son épaule et tentant de trouver le regard le plus empathique possible. Quand elle se relève elle me souris et me serre le bras comme pour me remercier. La rame est alors entrée dans la station suivante et le groupe s’est rué dans l’autre wagon. Le temps d’une station de métro j’ai assisté et pris part a un beau moment de création et d’intervention. Ludique et d’une originalité pas banale. Un sacré coup de théâtre. Ça valait le prix du ticket 😉
S’en passe tu des affaires…
C’était pourtant pas la pleine lune hier mais christ que le monde était allumé. J’ai failli smasher une couple de fois, me suis fait faire des avances par une quincagénaire dégênée par le gin, eu une forte en décibels chicane de couple, un « saignage de brake » sur le bas-côté de l’autoroute, dans le vieux un capoté est monté sur mon capot, me suis fait chanté une toune des Red Hots par une gang de grunge de Toronto, me suis fait lêcher la face par le boxer d’une cliente au sourire craquant, supporté l’haleine d’un cris aux cheveux bleachés, parlé de Rita une partie de la nuit, puis j’ai appris que selon le calendrier Maya, la fin du monde est dans sept ans. Ça laisse le temps d’en voir d’autres…

