Le Chant de la Sirène

Ça se passe dans une autre vie, je sors des Foufounes Électriques et me suis encore salement soûlé la gueule. Je bois trop à cause d’une fille que j’aime mais qui ne m’aime pas, probablement parce que je bois trop. A côté de mes pompes, je titube jusqu’au premier taxi que je vois parqué en double. Je m’écroule sur la banquette avant et me rends compte que c’est une femme qui tient le volant. Elle me demande où je veux aller et lui réponds que j’en ai plus rien à foutre. Je lui donne mon dernier 20 $ et lui demande simplement de rouler. Je ne veux pas rentrer chez moi, je ne veux pas être seul. Mon amertume est aussi palpable que mon ébriété. Elle roule et écoute ma haine ivrogne se déverser immonde. De ma bouche ne sort que fétidité. C’est d’une tristesse…

Je suis à mi-parcours. La fatigue m’envahit, je suis las de tout, surtout de moi. Je fini par fermer ma gueule de bois en devenir et sentant la nausée m’envahir, je ferme aussi les yeux. C’est alors que ma chauffeuse s’est doucement mise à chanter. Malgré l’ivresse et les années, je me souviens encore de sa voix délicate et des airs qu’elle m’a offert. Elle avait compris mon désarroi et ma peine. Avec son chant elle mettait du baume sur mon âme en perdition. Elle a chanté et roulé jusqu’à la fin de mon 20$. En sortant de son taxi, j’ai pris sa main et l’ai embrassé.
Aussi loin de chez moi qu’au début de la course, j’ai retraversé la ville dans l’aube naissante, suant l’alcool, encore soûl du chant de ma sirène.

J’ai longtemps et longuement repensé à cette nuit là et aujourd’hui, je sais que ma vocation de taximan est née de la chaleur de cette chauffeuse. Parfois je me dis que son chant m’a sorti de l’abîme où je m’enfonçais inexorablement. En tout cas j’aime bien y croire. Je la vois de temps à autre dans les rues de Montréal chantant à ses passagers. Une de ces nuits si vous montez à bord de son taxi, pouvez-vous de ma part lui dire merci ?

Relâche

Un peu de courage, il nous reste encore un gros mois pis les premiers signes du printemps vont se pointer. On va se taper la petite maudite tempête fatiguante de la fin mars début avril, mais bon, on est du bon côté de la colline. N’empêche, on dirait que c’est le mois le plus long de l’hiver. Ça n’en fini plus de finir. On déprime, on est tanné, regardez autour de vous, les faces sont longues…

Je ne suis pas différent de personne, moi aussi ça me rentre pas mal dans le corps. Le climat, je peux faire avec. Les tempêtes et le froid c’est de l’eau dans mon moulin. En fait ce que je trouve le plus pénible l’hiver, c’est le manque de lumière et rendu à ce moment-ci, l’énergie n’est pas au plus haut.

Quand mon amie Nathalie m’a dit que son fils voulait passer sa semaine de relâche à Montréal, je me suis dit qu’une semaine de break ne me ferait pas de tort à moi non plus. J’ai appellé mon boss pour lui demander de louer le taxi à quelqu’un d’autre et j’ai fait relâche. Je me suis mis sur un beat de jour et avec ma chum et son fils on s’est tapé de belles promenades en ville. On a fait la Ste-Catherine, le Chinatown, on s’est tapé plein de jolies bouquineries, on s’est payé de bonnes petites bouffes, on est allé à la grande bibliothèque. Un vrai de vrai trip montréalais. J’en ai profité aussi pour aller aux vues, me tapocher quelques bonnes bouteilles et pour prendre une bonne dose de soleil. J’ai surtout pris le temps de prendre mon temps. D’avoir des conversations qui durent plus que 5-10 minutes. J’ai ralentis le rythme, j’ai respiré par le nez. j’ai fais le vide et j’ai fais le plein…

Me voilà de retour, prêt à affronter ces prochaines semaines « d’advienne que pourra » 😉 De retour aussi avec de nouvelles aventures, restez au poste, je retourne au mien…

Puis si à votre tour, vous faites relâche cette semaine, bien je vous en souhaite une aussi bonne et pour les autres : courage, ça achève…