Au coeur de la ville

J’ai mis mes pinceaux et mes rouleaux dans le congélateur et je suis retourné à mes nids-de-poule. Ça a beau être zen la peinture là, mais y’a toujours ben des limites à inhaler de ce produit la tête dans les armoires de cuisine. Je suis loin d’avoir fini mais je n’ai plus le coeur à ça et ma coloc hésite sur les couleurs faque je la laisse méditer la-dessus et je reprends la route.

Sur le chemin entre le métro et le garage, j’ai rempli mes petits yeux de ce magnifique vert tendre qui est apparu pendant cette semaine que j’ai passé dans le blanc et c’est presque guilleret que je suis arrivé au garage où mon boss m’attendait avec son air bête habituel. En fait il fait surtout la gueule parce que des semaines off, il ne peut pas s’en permettre. Il a beau être plein aux as avec ses trente permis de taxis, il ne peut s’éloigner du garage sans capoter. Tellement control-freak qu’il en vient à ne plus avoir de vie. Chacun ses choix.

J’ai l’impression que je n’ai pas fini de me taper les états d’âmes de mon boss car j’ai bien l’intention de m’en prendre plus régulièrement des semaines de relâche. Avec le beau temps qui revient, je ne vois pas pourquoi je me ferais chier dans une ville qui se transforme en gros parking. Festivals, ventes trottoirs, travaux ou juste un hostie de moron grimpé au dessus d’un pont (…) , suffit pas de grand chose pour que Montréal se transforme en bouchon. Hier la ville aurait eu besoin d’un « pontage » pour débloquer ses artères…

N’empêche que ça m’étonne toujours un peu de constater que je suis encore après toutes ces années amoureux de ma job. L’heure de pointe d’hier a duré jusqu’à 8 heures, les clients se sont faits rares et les bonnes courses idem. Mais j’étais tout de même content de renouer avec ma ville et d’en tâter le pouls.

Pause pinceaux

Mes murs étaient mûrs pour un coup de peinture.

Je laisse le découpage à ma nouvelle coloc Stéphanie et comme de raison c’est moi qui roule… Y’a des choses qui ne changent pas 😉

Je donc parqué le taxi pour quelques jours et je vous reviens bientôt avec de nouvelles couleurs et de nouvelles histoires nocturnes.

Bizarre cette idée de mettre de l’apprêt, avant !

Race de Monde

Ces derniers temps on m’a posé pas mal de questions sur André Arthur et ses commentaires racistes concernant les chauffeurs de taxi haïtiens et arabes. Selon lui ces chauffeurs sont incompétents, ils sentent mauvais, ils parlent « drôle » et quoi d’autre ?

Les problèmes de racisme dans le milieu du taxi sont monnaie courante. Tant que l’homme sera ce qu’il est, j’vois pas comment il pourrait en être autrement. Par exemple, y’a pas une maudite journée sur la route qui ne se passe sans qu’on me dise :  » J’suis content que ce ne soit pas encore un christ de nègre ou un ostie d’arabe. » Je suis vraiment fier de ma race dans ce temps là. (…) Parfois je les encourage dans leur délire, pour voir jusque où leur haine peut aller. C’est pas toujours beau à entendre. André Arthur à côté c’est de la petite bière. Parfois je leur dis que ma femme est martiniquaise juste pour les voir s’empêtrer dans leurs propos.

Le problème avec le racisme, c’est qu’il est justement entretenu par des gens comme André Arthur. Ce genre d’individus aiment attiser les préjugés et la haine. C’est bon pour les cotes d’écoutes… Le vrai problème, c’est qu’on accorde trop d’importance à ce qu’ils disent. Si les gens arrêtaient de se fier aux foutaises de ces démagogues et aux manchettes sensationnalistes qui emplissent les pages des journaux, si ils sortaient un peu dans la rue pour côtoyer ces gens venus d’ailleurs, peut-être qu’ils verraient que les aspirations de ces gens là ne sont pas tellement différentes des leurs.

Peut-être suis-je privilégié par mon métier de pouvoir jaser avec des immigrés qui viennent de partout dans le monde. C’est ce que j’adore de Montréal, cette mixitude, ces couleurs, ces odeurs, ces cultures qui se mêlent, personnellement je trouve ça extraordinaire. André Arthur affirme que le taxi est devenu le tiers-monde du transport en commun à Montréal ? Eh bien je suis fier d’en faire partie.

Qu’on s’entende bien là, je ne suis pas sans tache. Il m’arrive d’être intolérant envers autrui. Je vais même être le premier à déblatérer contre les « chinois » derrière un volant 😉 Y’a des chauffeurs de taxis d’origines variées qui me font chier des briques. Mais mes emportements n’ont rien à voir avec leur race. Ça a plus à voir avec leurs agissements et leurs manque de respect. Si un chauffeur me vole un voyage un soir, je ne ferai pas porter le chapeau à tous ses compatriotes. Des imbéciles et des « mangeux de marde » y’en a partout, c’est pas une question de race ni de couleur de peau. Y’a aussi certains de « souche » que je ne suis pas capable de sentir. Comme je disais, tant et aussi longtemps que l’homme sera ce qu’il est…

Mais bon c’est clair que l’intolérance entraîne la méfiance. Si un chauffeur fait monter un client qu’il sent haineux, pensez vous qu’il sera porté à lui donner un bon service? Y’a toujours des enchaînements qui se font et c’est à nous tous de briser ces chaînes.

La prochaine fois que vous monterez à bord d’un taxi conduit par un haïtien, un libanais, un iranien, un pakistanais ou quoi que soit son origine, au lieu d’être méfiant envers cet individu qui essaie de faire son boulot, demandez lui de vous parler de son pays. Peut-être que votre course en vaudra plus le coût…

Bon maintenant faut que j’aille me faire la barbe 😦