Déclaration d’amour

Vous vous attendiez probablement que j’y aille d’un compte rendu complet de ma fin de semaine de Grand-Prix. Que je vous parle de Lewis Hamilton, de partys fiévreux, de « racing poupounes » ou encore de passagers bambocheurs en quête de ravitaillement. C’est vrai que vous seriez en droit que je vous concocte une juteuse anecdote qui rime avec paddocks. C’est vrai que je pourrais vous en écrire de longues lignes droites, un texte tiré à quatre (virages en) épingles. Mais je n’ai pas envie. Surexposé et « overdosé » le taximan! Je ne suis plus dans la course.

Je vais plutôt vous parler de celle que j’aime.

Ce n’est peut-être pas la plus belle, mais sa personnalité et son charisme lui donnent un charme qui m’allume depuis longtemps déjà. Elle est d’humeur changeante. Faut savoir comment la prendre et trouver de nouvelles façons de la réapprivoiser. Mon histoire avec elle est loin d’être exclusive. Je comprends que je doive la partager. Ça me la rend encore plus désirable. Je l’aime, même dans ses mauvais jours. Même lorsque trop maquillée, elle s’offre, au premier venu.

Au lever comme au coucher, elle reste d’une splendeur qui ne se dément jamais. Elle me brasse les sens, me fait tourner la tête, me fait tourner en rond. Elle me bouscule et me fait faire des détours. J’aime quand elle m’emmène ailleurs. J’aime comme elle me fait rêver.

Je l’adore au petit matin quand tout est calme et que les premières lueurs du jour l’illuminent d’un éclairage envoûtant. Ces moments-là j’aime m’attarder en elle. Je me délecte à en faire le tour encore et encore. Je l’ai vraiment dans la peau.

Nos destins s’entrecroisent et le voyage est loin d’être fini. Je vis en elle et mon sang roule dans ses veines. Elle me dope et me nourrit. Elle est ma vie, elle est une île…

Montréal, je t’aime!

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Je délègue…

Je me remets à peine de mes émotions… Pour tout de suite mon grand prix c’est mon lit. Heureusement Crocomickey a pensé à nous ! Merci vieux! 😉

Nuit blanche sur tableau noir


Yes! Le festival des rues barrées commence ce week-end! Jouer dans le trafic sera un euphémisme en ce qui me concerne cette fin de semaine. Pas toujours la joie mais bon, faut faire avec.
Mis à part toutes les activités autour du Grand-Prix, y’a une artère bloquée qui se veut un vrai coup de coeur. L’événement Nuit Blanche sur Tableau Noir sur l’avenue Mont-Royal réunit cette année quelques uns des meilleurs bédéistes de l’heure. Je pense à Caro Caron ou encore à Richard Suicide (l’auteur de l’affiche) et que dire du passage de l’illustrissime Henriette Valium! Considéré par ceux qui s’y connaissent comme le plus grand!
En tout cas j’ai été content d’aller y piquer une jase hier. On en a profité pour se rappeler quelques « souls-venirs » 😉

Allez encourager ces artistes et prenez possession de la rue!

Bon! Je retourne jouer dans le trafic!

Bonne fin de semaine!

Émanation des sens

Je suis dans le Vieux-Montréal quand on demande le poste en avant de l’hôpital Saint-Luc. Je clique sur mon micro en me disant que je suis peut-être un peu loin. Évidemment, on me donne l’appel pour le stationnement de l’urgence et je me mets en quatrième vitesse. Y’a pas trop de trafic et je devrais être là en moins de cinq minutes. Amplement de temps pour qu’un rapace de fin de semaine parte avec mon client. Deux jaunes foncées, une ruelle et un sens unique plus tard, j’arrive sur Sanguinet où comme de fait, j’aperçois un « confrère » qui maraude devant le parking. Il décolle quand il me voit arriver derrière lui en trombe. Je n’ai pas le temps de voir son numéro, mais au moins il n’a pas eu le temps de me voler ma course.

C’est une dame mal en point qui m’attend à la sortie de l’urgence. Une préposée la tient par le bras et l’aide à s’avancer vers le taxi. Je baisse ma banquette et m’étire de tout mon long pour ouvrir la portière. Lentement et difficilement, la dame s’installe. Déjà, je sens que cette course va être longue. À vue de nez, je dirais que la dame, aussi digne qu’elle puisse paraître, s’est chié dessus. Avant même qu’elle me dise où l’on va, j’ai hâte d’en revenir. Je pense à l’autre taxi qui maraudait et me dis que je n’aurais vraiment pas dû prendre le sens unique…

Dès le départ, la femme s’excuse de son odeur. Elle vient de passer trois jours couchée sur une civière à l’urgence dans des conditions faciles à imaginer. Elle veut que je l’emmène à Rosemont, une course d’une quinzaine de minutes en temps normal sauf qu’au premier nid-de-poule que je heurte, ma cliente pousse un petit cri de douleur. Elle m’apprend qu’elle a des côtes de cassées et me demande si c’est possible d’y aller mollo. J’ai envie de lui dire que mon souper est en train de remonter et que mes poils de nez sont en train de fondre, mais je respire par la bouche et lui dis : « Pas de problème ma petite madame ».

En plus de l’odeur, je me vois confronté à un matraquage verbal incomparable. Une charge en règle contre les hôpitaux, contre sa fille qui n’est pas venue l’aider, contre quoi encore? C’est clair que cette femme a un besoin morbide de parler, de sortir le méchant. Je vis un véritable calvaire. Et n’en suis qu’à mi-parcours. Je reste tout de même poli en entretenant la conversation par onomatopées interposées. Elle est intarissable. Je sens déjà le mal de tête qui se pointe. Cette femme est une arme de destruction massive à elle seule.

À destination, après qu’elle m’ait réglé la course, je l’aide à sortir du taxi, à enjamber la chaîne de trottoir et à grimper les marches de son appart ‘. Un autre bon dix minutes à l’entendre me parler de son chat, de son proprio, du quartier, de sa fille indigne, des maudits hôpitaux… Jamais quinze marches d’escalier ne m’ont semblé aussi hautes. Sur le palier, je ne demande pas mon reste. La femme me remercie encore et encore. Moi je remercie le ciel que cette course soit enfin finie.

De retour dans le taxi l’odeur de la femme s’est salement imprégnée. J’ai beau aérer autant comme autant, je vais finir ma nuit avec des passagers qui vont tous croire que j’ai chié dans mes culottes. Heureusement, ces derniers clients sont dans des états où leurs sens ne sont plus ce qu’ils étaient. Les miens non plus d’ailleurs!