Jazz Gaz Blues

J’adore le jazz. J’aime quand ça chauffe, j’aime quand ça jamme!
Mais quand je chauffe et que ça jamme, j’abhorre!
Le jazz me gaze.

Quand toute la zone autour du site se transforme en gros parking, y’ a de quoi devenir complètement zinzin.

Faut les voir ces zouaves, ces zoufs et autres zigotos créer la zizanie dans leurs bazous!

Impossible de zigonner et de zigzaguer quand ça avance à zéro.

Croyez-moi, les zygomatiques ne font pas trop de zèle.

Faut être fort entre les deux oreilles et zoomer sur son zen.

Ce matin, je me sens bizarrement gazeux. Limite zombie.

Je zyeute mon lit et, zzzzzzzzzzzz.

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Pierre qui roule…

Je m’arrête sur le coin de Berri et Sainte-Catherine pour déposer un client. Alors qu’il me règle le prix de la course recule vers moi un homme en fauteuil roulant qu’il pousse à l’aide de ses pieds. L’homme à bord cherche de la monnaie et prend son temps. Déjà, j’ai engagé la conversation avec l’homme qui cherche à formuler une phrase que j’ai devinée.

— Vous avez besoin d’un taxi?

Il fait oui de la tête. Son bras replié sur son épaule suit le même mouvement et un sourire se dessine sur son visage.

— Ça ne sera pas très long. J’éteins le moteur, car mon client n’a toujours pas fini de trouver son change dans le fond de ses poches. D’ailleurs si je peux ouvrir ici une petite parenthèse : quand vous prenez le taxi, préparez donc le montant de la course avant d’arriver à destination. Un petit deux minutes ici, un petit deux minutes là, ça fera toujours ça en économie d’essence. OK, je referme.

Deux minutes plus tard, j’ouvre le coffre et je sors dans le sillage de mon client, contourne l’auto et m’approche du handicapé. Je m’assure qu’il comprend que je ne suis pas un transport adapté et qu’il va falloir qu’il s’adapte. J’approche son fauteuil roulant le plus proche de la portière, recule la banquette au maximum et aide l’homme à monter. Il n’est pas gros, mais est plus lourd que j’aurais cru. J’arrive à l’asseoir, je rentre ses pieds à l’intérieur du taxi et l’aide à se remonter un peu sur le siège. Pendant cette opération, je continue de lui parler et lui demande si tout est correct. Il m’assure que oui, mais est essoufflé par l’effort qu’il vient de fournir. Je déplie ensuite le fauteuil pour le mettre dans le coffre et reviens derrière le volant.

Encore essoufflé, il tente de me dire où il veut que je l’amène. Je ne comprends rien et tente de décoder. Quelque chose et Masson? Non. Hôpital Rosemont? Non. Je lui demande s’il n’a pas un papier avec l’adresse dessus. Non. Peu à peu, il reprend son souffle et je parviens à comprendre théâtre. Théâtre Outremont? Oui!
Eurêka! Je peux décoller.

Chemin faisant, je parviens à comprendre de plus en plus ce qu’il me raconte. Je songe que bien souvent, j’ai des clients qui sortent des bars qui s’expriment à peine mieux que cet homme souffrant de paralysie cérébrale. Lentement, il m’apprend qu’il est parti de Trois-Rivières pour venir voir son artiste préféré : Georges Moustaki. On parle un peu de ce grand humaniste de la chanson puis il me raconte qu’il travaille comme animateur au cégep d’où il vient. Je suis impressionné par sa vivacité d’esprit et par son sens de l’humour. Ensuite, il me pose des questions sur mon job. Je répète la plupart des ses questions pour être sûr de comprendre et je m’en excuse auprès de lui. Ça le fait rire. Alors qu’au départ, j’arrivais à peine à comprendre deux mots de ce qu’il me disait, j’ai maintenant une sacrée bonne conversation avec cet homme intéressé et intéressant. Il me dit qu’il a beaucoup voyagé et qu’il a même écrit des livres sur ses pérégrinations. Il me demande mes coordonnées pour qu’il m’en fasse parvenir un exemplaire. Je suis vraiment sous le charme.

À destination, je me gare juste sur le coin. Pendant qu’il cherche son argent, je sors de mes affaires un exemplaire de mes propres déambulations et pour souligner cette belle promenade, je lui offre mon livre en cadeau. Il semble content, en tout cas moi je le suis. Je l’aide ensuite à retrouver ses propres « roues» et le roule jusqu’à la porte du théâtre. Il me remercie encore et encore. Je lui dis que tout le plaisir était pour moi et me rends compte qu’on ne s’est toujours pas présenté.

— Je m’appelle Pierre! Me dit-il difficilement, de nouveau essoufflé.

— Es-tu sérieux? Je m’appelle Pierre aussi!

Un autre beau hasard de la route…

On s’est serré la pince et je suis retourné dans mon taxi, rouler dans le soleil couchant.

Prendre son gaz égal

Après quelques semaines sur la brèche, j’étais impatient de retrouver la route, de retrouver la nuit.

Je suis arrivé au garage juste après l’orage. Une grosse branche tombée venait tout juste de démolir un des taxis et le patron tempêtait contre les éléments. Comme d’habitude pour souligner mon assiduité, il m’a loué un taxi avec plus de 250 000 kilomètres dans les essieux. Les amortisseurs n’en avaient que le nom et le siège sur lequel je devais passer les prochaines 12 heures était complètement affaissé. Avant même de démarrer, je savais que la nuit et la semaine seraient longues.

Mais j’ai quand même pris la route, rempli de bonnes intentions. Elles se sont un peu atténuées lorsque j’ai vu le prix de l’essence. Mais juste un peu plus loin, un bras levé bien haut m’a redonné espoir. Ça n’a pas été long que je me suis retrouvé dans un bouchon causé par des travaux. Je n’en avais pas encore fait le recensement. Mon client a été conciliant, mais a terminé la fin de son trajet à pied. Moi je le commençais sur le mauvais.

Avec le gaz aussi cher, les postes d’attente ont pris tout leur sens. Mes stands de prédilections étaient la plupart du temps surchargés et les appels se faisaient attendre. Avec le beau temps, les gens marchent, sortent leurs vélos, leurs patins, disons que ça ne se bousculait pas trop aux portes du taxi. Les heures étaient longues et la patience mise à rude épreuve. D’autant plus que mon vieux taxi laissait entrer dans l’habitacle de terribles émanations. Pendant que je roulais à vide, je faisais le plein de monoxyde de carbone. Je peux dire que je commençais à être plutôt gazé.

Je me doutais bien que les conditions seraient loin d’être les meilleures pour mon retour. Pourtant, j’étais content de retrouver Montréal et son monde. Heureux d’être de retour dans ses artères et d’en sentir le coeur battre. Heureux de retrouver mes oiseaux de nuit et de reprendre la conversation où je l’avais laissée. Et quel bonheur après une longue nuit de voir le jour qui se lève. Chaque fois, c’est comme le début d’une belle histoire d’amour…

Je ne risque pas de faire fortune durant les prochaines semaines. Mais j’ai décidé de ne pas m’énerver, de laisser les bons temps rouler et de prendre mon gaz égal.

Tourner sur soi-même

Tourne, tourne et tourne en rond, tourne le chauffeur tel un derviche tourneur.
Tourne dans la Ville, tourne dans la nuit. Tourne le taxi, tourne le compteur,
tourne la clé, tourne le moteur, tourne le volant, tournent les heures.
Tourne, tourne et tourne encore, tourne le chauffeur, tourne bourlingueur.

Tu rêves de longs parcours, invoques les longues lignes droites,
mais tu contournes les détours, t’engages dans des allées étroites.
T’écoutes les doléances de tes passagers, leurs réclamations, leurs requêtes.
T’écoutes la litanie de ton répartiteur, et gardes ces adresses en tête.

Tourne à gauche, tourne à droite, tourne à vide, tourne en rond,
Montréal te joue des tours, en a plus d’un dans son sac,
Elle t’étourdis, te fait tourner la tête, te tourne en dérision,
te pousses à la méditation, t’entraîne dans ses culs de sacs.

Tourne sur la Catherine, tourne sur Saint-Denis
tourne sur la Montagne tourne toute la nuit
Tourne sur Notre-Dame, tourne sur la « main »
Tourne au ralenti, tourne pour quelques cennes.
Tourne sur les boulevards sur les avenues illuminées
Tourne autour des bars, transporte les allumés
Tourne autour du pot, détourne la conversation
Quand un client tourne de l’oeil faut tourner les coins ronds.
Et quand ça ne tourne plus « pogné » dans un bouchon
Ça tourne parfois au vinaigre et même en queue de poisson.
Alors, tu tournes ton regard vers la rue tentant de trouver
Une de celles qui tournent les têtes et puis qui font rêver.

Tournent les feux rouges, tournent les feux verts
Tourne avec des « bourges » avec des mecs pas clairs.
Tu tournes dans ta tête toutes les éventualités
Évitant la paranoïa du prochain passager
T’écoutes ton instinct en priant qu’il ne t’arrive rien
et retourne au poste pour relaxer.
Tourne tes pouces, les pages d’un livre, d’un cahier
Tourne et tourne la cuillère dans ton café.

Et tu tournes et tournes et tournes toujours en rond
Plus que ces trois petits tours et puis s’en vont
Tourne Downtown, tourne dans Rosemont
Tourne dans Westmount, tourne dans les bas fonds
tourne dans Saint-Henri, tournes dans Outremont
tourne Hochelaga, tourne Parc-Extension.
Tourne machinalement, sans appréhension.
Tourne juste pour tourner pour ne pas perdre la raison

Tourne autour de l’île tourne dans les quartiers
Tourne dans ta tête la nuit que tu viens de passer.
tourne comme tourne la lune, tourne pour oublier
tourne jusqu’au matin quand l’aube tourne à l’orangé
Une autre nuit qui se détourne et je retourne me stationner
Inexorablement la terre tourne et je retourne me coucher.

Tourne, tourne et tourne en rond, tourne le chauffeur, tourne bourlingueur.
Tourne dans la ville, tourne dans la nuit. Tourne le taxi, tourne le conteur,
tournent les jours, tourne la roue, tourne la vie, tournent les heures.
Tourne, tourne et tourne encore, tourne le chauffeur tel un derviche tourneur.

Voici le texte que j’ai lu pour la prière du lundi à l’émission « Vous Êtes Ici« . Vous pouvez l’écouter en cliquant sur ce lien. Merci à Patrick Masbourian ainsi qu’à toute l’équipe pour le chaleureux accueil. Merci aussi à Abd Al Malik pour l’inspiration.