Tourner sur soi-même

Tourne, tourne et tourne en rond, tourne le chauffeur tel un derviche tourneur.
Tourne dans la Ville, tourne dans la nuit. Tourne le taxi, tourne le compteur,
tourne la clé, tourne le moteur, tourne le volant, tournent les heures.
Tourne, tourne et tourne encore, tourne le chauffeur, tourne bourlingueur.

Tu rêves de longs parcours, invoques les longues lignes droites,
mais tu contournes les détours, t’engages dans des allées étroites.
T’écoutes les doléances de tes passagers, leurs réclamations, leurs requêtes.
T’écoutes la litanie de ton répartiteur, et gardes ces adresses en tête.

Tourne à gauche, tourne à droite, tourne à vide, tourne en rond,
Montréal te joue des tours, en a plus d’un dans son sac,
Elle t’étourdis, te fait tourner la tête, te tourne en dérision,
te pousses à la méditation, t’entraîne dans ses culs de sacs.

Tourne sur la Catherine, tourne sur Saint-Denis
tourne sur la Montagne tourne toute la nuit
Tourne sur Notre-Dame, tourne sur la « main »
Tourne au ralenti, tourne pour quelques cennes.
Tourne sur les boulevards sur les avenues illuminées
Tourne autour des bars, transporte les allumés
Tourne autour du pot, détourne la conversation
Quand un client tourne de l’oeil faut tourner les coins ronds.
Et quand ça ne tourne plus « pogné » dans un bouchon
Ça tourne parfois au vinaigre et même en queue de poisson.
Alors, tu tournes ton regard vers la rue tentant de trouver
Une de celles qui tournent les têtes et puis qui font rêver.

Tournent les feux rouges, tournent les feux verts
Tourne avec des « bourges » avec des mecs pas clairs.
Tu tournes dans ta tête toutes les éventualités
Évitant la paranoïa du prochain passager
T’écoutes ton instinct en priant qu’il ne t’arrive rien
et retourne au poste pour relaxer.
Tourne tes pouces, les pages d’un livre, d’un cahier
Tourne et tourne la cuillère dans ton café.

Et tu tournes et tournes et tournes toujours en rond
Plus que ces trois petits tours et puis s’en vont
Tourne Downtown, tourne dans Rosemont
Tourne dans Westmount, tourne dans les bas fonds
tourne dans Saint-Henri, tournes dans Outremont
tourne Hochelaga, tourne Parc-Extension.
Tourne machinalement, sans appréhension.
Tourne juste pour tourner pour ne pas perdre la raison

Tourne autour de l’île tourne dans les quartiers
Tourne dans ta tête la nuit que tu viens de passer.
tourne comme tourne la lune, tourne pour oublier
tourne jusqu’au matin quand l’aube tourne à l’orangé
Une autre nuit qui se détourne et je retourne me stationner
Inexorablement la terre tourne et je retourne me coucher.

Tourne, tourne et tourne en rond, tourne le chauffeur, tourne bourlingueur.
Tourne dans la ville, tourne dans la nuit. Tourne le taxi, tourne le conteur,
tournent les jours, tourne la roue, tourne la vie, tournent les heures.
Tourne, tourne et tourne encore, tourne le chauffeur tel un derviche tourneur.

Voici le texte que j’ai lu pour la prière du lundi à l’émission « Vous Êtes Ici« . Vous pouvez l’écouter en cliquant sur ce lien. Merci à Patrick Masbourian ainsi qu’à toute l’équipe pour le chaleureux accueil. Merci aussi à Abd Al Malik pour l’inspiration.

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11 réflexions sur “Tourner sur soi-même

  1. Il m’est malheureusement impossible d’écouter la «prière». Le site de la Société Radio-Canada est le seul parmi ceux du même genre que je fréquente (médias québécois et français) à ne pas supporter Linux…:’-(

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