Retour au chantier

Retour au chantier by leonzerider
Retour au chantier, a photo by leonzerider on Flickr.

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L’heure des comptes

L’été de mes cinquante ans.

Cinq décennies, dix lustres, six-cents mois, dix-huit miles deux-cent-cinquante jours et quelques…

Pas mal de kilomètres au compteur et sans fatalisme, tout compte fait, les deux tiers du chemin sont déjà parcourus. Qu’est-ce qui compte au bout de tout ça? Je m’arrête à ce qu’il y a dans le rétroviseur? Où je continue à regarder devant? Je fais des bilans ou des plans. Je me vautre dans les souvenirs ou je m’en forge d’autres?

Ça fait bientôt deux mois que j’ai décidé de prendre mon temps. Je l’offre, je lui fais prendre l’air, je le tue, je le perds, je le passe comme j’ai envie, et tout ça, en temps réel et à plein temps.

Car un moment donné, il faut savoir s’arrêter de compter et trouver son compte.

L’accalmie

Assis sur un quai bringuebalant, je suis happé par la réverbération des gris d’un ciel ennuagé sur le frémissement des vaguelettes du lac.

Les estivants, plaisanciers, villégiateurs, touristes, jardiniers, patenteux et tous les autres proliférateurs de décibels perturbateurs ne se sont même pas concertés pour m’offrir quelques secondes de redoux auditif.

Les corneilles se taisent, le vent s’apaise, une rare tranquillité s’insinue.

Je ferme les yeux et respire profondément. Il n’y a plus personne au poste, plus de signal sur le canal.

Un grand bruit blanc.

Loin la ville. Loin, très très loin le taxi.

Un silence. Une respiration. Un infinitésimal souffle.

Et lentement. Tout lentement. En moi.

Le doux bruit d’un moteur qui se remet en marche.