Appel de dé-stresse

– Salut Norm t’es pas occupé toujours?

– Pantoute ça fait une demi-heure que chus troisième sul stand. Coudonc t’es tu en vacances toé ? ça fait une couple de jours qu’on t’a pas vu ?

– Ben oui j’en avais plein mon casque de l ‘astie d’trafic. T’sais comment qu’c’est…

– Ouain, c’est l’enfer! pis aujourd’hui j’pense qu’ y ‘annonce 40 degrés. On dirait que l’asphalte est en train de fondre !

– Pas évident. T’a l’air climatisé dans ton vieux Lumina toujours?

– Oui oui mais ça coûte cher de gas en simonac de ce temps là ! J’ai pas l’choix d’heul laisser tourner, j’toasterais des deux bords !

– Hahaha faque comme ça chus aussi ben d’rester en banlieue sul bord d’la piscine?

– Mon tabarnaque toé ! Tu m’appelles-tu juste pour m’écoeurer coudonc?

– Ben oui ! Hahaha! J’voulais juste savoir si ça valait la peine de travailler de ce temps là.

– Bof c’est pas fort la tonne! Ben comme d’habitude pendant le break d’la construction. T’es aussi ben d’continuer tes vacances, tu perds pas grand chose j’m’a t’dire.

– Ouais ben j’pense que c’est ça que j’vas faire. J’vais te souhaiter bon courage, j’te laisse, j’ai une petite frette qui m’attends.

– Mon tabarnaque toé !

– Salut mon vieux, on se revoit plus tard dans l’été. J’t’en payerai une promis!

– C’est ça, va chier!

– Hahaha! J’m’a te souhaiter un Sept-Iles !

– Ça s’prendrait bien en christ ! Salut là !

– Salut mon Norm prends ça aisé.

Trafic de poudrés II

Ça fait pas une minute qu’il est à bord que j’ai déjà le goût de m’en débarrasser. Ce mec suinte la coke et je regrette déjà le parfum de mes trois poudrées.

– C’mon ! Avance ! Pèse dessus ! Move it ! T’es capable ! Qu’il me répète en reniflant.

– J’ai pas un hélicoptère man ! Va falloir que tu te fasses à l’idée que tu vas être en retard.

– C’mon ! Avance ! Pèse dessus ! Move it ! T’es capable !

Dans le rétro je lui envois un regard qui dit : « tu me niaises tu chose? » Je crois percevoir un sourire en coin et me demande s’il veut juste rigoler ou s’il est juste abruti par la poudre. Je comprends qu’il est en retard et tant qu’ à moi, j’lui ferais volontiers un course à vitesse grand V. Mais le vieux se vide, on est englué dans une mer de chars, va falloir qu’il fasse avec ou qu’il débarque.

– Dans kek minutes on va tourner sur Université ça devrait être moins pire.

– C’mon ! Avance ! Pèse dessus ! Move it ! T’es capable ! On va se rendre !

– Ça pour se rendre, on va se rendre mais pas dans le temps que tu voudrais mon homme.

J’ai à peine 100 mètres de fait depuis qu’il est à bord. Je suis toujours bloqué sur la rue William et les putains de travaux qui n’en finissent plus sur McGill fait que tout le quadrilatère s’est transformé en usine à smog. Il me demande l’heure et me lance encore une fois:

– C’mon ! Avance ! Pèse dessus ! Move it ! T’es capable !

Ça commence à me démanger de le crisser en dehors de l’auto mais tant qu’à être dans un étau, aussi bien continuer avec un compteur qui égraine les cinq cennes. Je songe à mes vacances qui s’en viennent, je serre les dents et respire par le nez. Mon client aussi, un bon raclage de narines et de gorge pour ramasser ce qui reste dans les muqueuses. Un beau gros crachat à 10 piasses qu’il s’avale sans subtilité.

– Pas évident les allergies han? Que je lui lance en jouant au cave. Il ne relève pas, me demande encore l’heure et prends son cellulaire pour faire un appel.

J’arrive enfin à tourner sur Université vers le nord et déjà ça commence à rouler un peu. La plupart des véhicules serrent à gauche pour aller prendre l’entrée de l’autoroute Ville-Marie, je reste donc sur la voie de droite et m’empare de l’espace devant moi. Un 4X4 vient pour sortir de la rue St-Maurice et j’accélère ce qu’il faut pour qu’il mette les freins. Toujours dans la voie de droite j’arrive à la lumière de Notre-Dame juste quand elle change et accélère à fond pour dépasser les véhicules de la voie de gauche et ceux qui rentrent en ville par l’autoroute Bonaventure. Pendant ce temps mon « renifleux » parle avec un confrère de travail et lui demande de le couvrir si le patron demande où il est.

Pour le moment il monte tranquillement pas vite la rue Université. Ça a beau avoir 3 voies de larges, quand la ville se remplit comme se soir, c’est toujours assez intense. Encore heureux que les Alouettes ne jouent pas en haut de la côte. Je continue de remplir le vide devant moi, je tricote comme je peux entre les véhicules et j’arrive de peine et de misère au coin de l’avenue des Pins. Le compteur indique déjà 13 dollars. Si je décode bien la partie de conversation que j’entends, mon client va probablement perdre sa job s’il arrive trop tard. Personnellement je m’en contre-fout mais en même temps je sais que le « sniffeux » va passer son stress sur moi et dès qu’il raccroche, il vient pour ouvrir la bouche et je l’en empêche en disant :

– C’mon ! Avance ! Pèse dessus ! Move it ! T’es capable ! J’heul sais, j’heul sais…

Je lui fait un clin d’oeil dans le rétro mais ça ne le décoince pas. J’ai dans l’idée qu’il est mûr pour une belle grosse « track ». Sur des Pins on approche de ce qui reste d’échangeur et ça réduit d’une voie vers Parc. Avant d’arriver à Aylmer, seule option possible pour aller vers l’est via Prince-Arthur, je lui demande pourquoi il ne va pas directement au boulot ?

– Ça serait pas mieux pour toi? T’es déjà 15 minutes en retard.

– C’est parce qu’il me manque un morceau.

Je poursuis donc dans la courbe qui va vers le nord et comme on est de nouveau pare-chocs à pare-chocs, je me retourne, le regarde et lui dis en essayant de rester sérieux:

– Tu veux un morceau ? Combien t’es prêt à mettre ?

Si je voulais alléger l’atmosphère c’est raté. Son regard m’indique que c’est préférable de ne pas aller plus loin. Je croyais faire affaire qu’avec un coké, mais j’ai maintenant le sentiment que mon client est plutôt un « dealer ». Mon allusion sur l’arme à feu n’a pas sembler lui plaire et je suis aussi bien de tenir ça mort et de m’en tenir à ma job.

Je continue donc de tricoter entre les véhicules en faisant des manoeuvres pas toujours indiquées dans le code et je profite de chaque brèche me permettant de prendre un peu plus d »espace. Pendant ce temps le trafiquant gueule contre le trafic et c’est dans une ambiance des plus détendue que j’arrive enfin à destination angle Lajoie et Bloomfield. Evidemment va falloir que j’attende que le client aille se changer. Il me donne un 20$ ce qui couvre la course mais pendant qu’il est à l’intérieur, ça me démange pas mal de foutre le camp.

Quand il revient au bout de 10 minutes. Je constate qu’il porte les mêmes fringues et qu’il est vachement plus détendu. Rien de tel qu’une couple de lignes pour ramener la bonne humeur et c’est presque pimpant qu’il me dit:

– Tu me croiras pas mais j’ai oublié de quoi dans mon camion, faut retourner dans le Vieux-Montréal.

– Tu me niaises ?

Il ne niaisait pas. Il voulait aller sur Notre-Dame près de la Place Jacques-Cartier en plein coeur des festivités. J’ai eu beau essayer de lui expliquer ce que ça impliquerait en fait de circulation et lui parler du temps que ça prendrait pour aller là et ensuite remonter jusqu’à des Pins, le gars en démordait pas. Il me sortit même un autre 20$ en prenant bien soin de me montrer l’épaisseur de sa palette.

– C’mon ! Avance ! Pèse dessus ! Move it ! T’es capable !

(…)

Au total j’aurai passé près d’une heure et demie avec lui à l’entendre renifler, mentir à son patron au téléphone et maudire contre le trafic. J’ai eu à me taper les pires bouchons de l’année avec cet allumé de première dans mon dos. Après une quinzaine de minutes presqu’ immobile sur St-Laurent entre René-Lévesque et Sainte-Catherine le gars a décidé que j’étais la cause de son retard. Je savais dès le départ de la course (si on peut dire) que ce moment viendrait. J’étais sur le point de lui dire qu’une personne avec un minimum de neurones entre les deux oreilles aurait depuis longtemps fait le reste à pied quand les feux d’artifices se sont mis à péter. C’est comme si des bombes tombaient autour de nous. C’était tellement fort qu’il aurait fallu qu’on crie pour se faire comprendre. J’ai donc décidé de me taire et mon chômeur en devenir aussi. C’était complètement surréaliste comme ambiance. Comme si le temps s’était arrêté.

J’ai difficilement réussi à monter jusqu’à Ontario, j’ai tourné à droite et suis allé grimper la côte de Bullion pour nous sortir de cet enfer. Mon passager semblait maintenant résigné et en ce qui me concerne je me foutais complètement de ses problèmes. Ça faisait pas de doute que ce type était redescendu dans le vieux pour aller y reprendre d’autre drogue. Tellement accro que la réalité n’avait presque plus de prise sur lui. Moi la réalité me disait que mes ressources en patience commençaient à manquer.

Après avoir traversé Sherbrooke en coupant quelques autos et en klaxonnant pour avertir des piétons de l’autre côté, on s’est finalement rendu à destination. Le mec m’a sorti un autre 20$ de sa liasse, m’a sourit et m’a dit de garder le change. Ça me laissait presque 7$ de pourboire et un total de 60$ pour 90 minutes de travail. Excellent tout compte fait. Pourtant ce voyage m’a donné le signal que mes vacances venaient de commencer. J’ai fini la nuit, j’ai fini la semaine, j’ai même travaillé une journée cette semaine question de m’assurer que je prenais la bonne décision.

Je parque donc le taxi pour quelques semaines. Je vais en profiter pour refaire le plein, pour faire le vide aussi.

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Je ne suis quand même pas sans savoir qu’il y a quelques « accros » parmi vous. Je vous ai réservé quelques anecdotes de bonne qualité. Faites-moi signe quand le manque se fera sentir. Je vais tenter de continuer de vous fournir du bon « stock ». 😉 A bientôt.

Trafic de poudrés I

Ça se passe samedi dernier, le festival de jazz est commencé, celui des déménagements aussi, le vieux Montréal est bondé dans l’attente du feu d’artifice à la gloire de l’unifolié et j’essaie de me tenir le plus loin possible de ces bouchons qui me font monter le vinaigre au nez. J’ai ma dose. Ça a beau être occupé, ce trafic infect m’affecte.

Dans la soirée je prends un appel sur la rue St-Ambroise dans le secteur des nouveaux condos chics qui poussent comme de la mauvaise herbe. De celles qui embourgeoisent les vieux quartiers populaires et qui en chassent les pauvres gens. Bref, après m’avoir fait attendre plus de 10 minutes, deux jeunes beautés pomponnées montent à bord en me disant d’attendre encore un peu. Une troisième pompon girl ne devrait pas tarder. Je leur dis qu’il n’y a pas de problème et pars le taximètre.

– Vous partez votre compteur ? Me demande presqu’outrée la plus maquillée des deux.

– Tu sais que ça fait plus de 10 minutes que j’ai sonné à votre porte?

– Ouain pis ? Me demande la deuxième peinturlurée.

Je pourrais leur expliquer en long et en large le règlement qui régit l’industrie du taxi qui m’autorise à partir le compteur dès que les passagers ont leur culs posé sur mes banquettes. Je pourrais aussi comme le font certains chauffeurs que je connais les engueuler et les sortir de mon véhicule. Je pourrais être de très très mauvaise foi et c’est pas l’envie qui manque. Mais je prends sur moi, souris, éteins le compteur et leur dis:

– Je lui donne une minute pas plus !

– Vous êtes ben fin, monsieur.

– C’est où le party ?

– On le sait pas encore, peut-être St-Laurent ou peut-être le vieux Montréal, c’est notre amie qui décide, c’est sa fête!

Ça va être également la mienne et j’essaie mentalement de déterminer quel itinéraire serait le moins débile. Pour se rendre à l’une ou l’autre de ces destinations je vais devoir me taper du trafic sans bon sens.

Alors que je me dis que je commence à être mûr pour des vacances, la troisième jeune femme arrive et dépasse toute mes espérances. Y’a pas à dire on touche le fond, de teint. 😉 Me voilà donc en direction du vieux car la fêtée à un petit penchant pour Gregory Charles qui chante quelque part là-bas de l’autre côté du parking qui devrait commencer juste après le viaduc de l’autoroute Bonaventure. Les fragrances de mes trois clientes se mêlent en un concentré franchement dégueulasse. Elles parlent de chaussures, de linge et de mecs. J’ai l’impression d’être dans un mauvais épisode de Sex in the city.

Rendu sur de la Commune, c’est pare-chocs à pare-chocs et j’arrive à convaincre mes trois grimées du samedi soir que rendu où l’on est, ça va plus vite en marchant, même avec des talons aiguilles. De toute façon, rien qu’à voir on voit bien. Continuer serait un fardeau et mes trois fardées décident de faire le reste à pied. Pendant qu’elles me paient, je leur dis qu’elle vont briser pleins de petits coeurs ce soir. J’suis donc têteux quand j’veux… 😉

Alors que j’essaie de me sortir de ce capharnaüm de véhicules, la porte de derrière s’ouvre, un mec s’assoit et me demande de l’amener au plus vite à Outremont. Il faut qu’il se change en vitesse car il doit être au boulot dans 15 minutes au coin de St-Laurent et des Pins… Je me retourne pour voir à quel sorte d’ahuri j’ai affaire. Ça me prends pas deux secondes pour voir à quoi j’ai droit. Mâchoires crispées, narines enfarinées, regard vitreux, le gars est coké à ras bord. Un poudré d’un autre type, un autre type de trafic.

A suivre…

La Maudite Machine

On est jamais content. Y’a toujours de quoi, quelqu’un, quelque chose qui nous frustre et des « full frus » j’en ai ma dose pendant la nuit. Avec quelques verres de trop, une personne terre à terre se transforme assez vite en vrai cave voire en homme de caverne. Faut faire avec, pas les prendre à rebrousse poil et les conforter dans leurs doléances même si on croit pas deux secondes ce qu’on raconte.

– T’as raison c’est toutes des salopes.

– Mais oui on est tous des trous de culs.

– Tout a fait d’accord, t’as ben raison, mets-en, à qui le dis-tu, c’est clair, j’comprends donc, absolument, c’est pas moi qui va te contredire la dessus, etc. etc.

Ils peuvent sortir tout le méchant qu’ils veulent, je ne dirai pas le contraire. À quoi bon ? Pourquoi j’m’attirerais les foudres d’un individu à côté de ses pompes en lui disant qu’il à tort? Je ne ferais que mettre du gaz sur le feu. Ça vaut pas le coût, j’en ai pas le goût.

Dans la catégorie à prendre avec des pincettes à part les soûlons, y’a ceusses qui viennent de se faire remorquer leur voiture. Vous savez, la petite maudite pancarte qu’on voit jamais dans le fond du stationnement quand on se parque mais qu’on lit toujours avec intérêt quand l’auto n’est plus là? Ça arrive assez régulièrement qu’on amène des clients vers les fourrières et ils ne sont pas toujours dans un état d’esprit des plus conciliant. Déjà que leur soirée leur à coûté cher, la facture pour reprendre possession de leur véhicule est toujours assez salée et le prix de la course de taxi pour s’y rendre semble toujours être la goutte qui fait déborder le vase. C’est toujours trop loin, trop cher, trop lent… Faut être gentil, mettons.

Ce soir j’embarque une dame qui doit aller à la fourrière et pas sitôt assise elle se met à jaser de tout et de rien sur un ton badin et rieur. Je suis étonné de la voir autant de bonne humeur après que son auto se soit fait « kidnapper » et lui en fait la remarque.

– Bien mon cher monsieur, c’est rien ça. Dites-vous que dans le monde au moment où on se parle, y’a des enfants qui meurent de faim.

(…)

J’ai été vraiment touché par les valeurs de cette femme avec qui j’ai eu la chance de causer à batons rompus pendant quelques minutes. À la guérite de la fourrière, elle a offert un magnifique sourire à la préposée qui ne devait certainement pas être habituée à ce genre de traitement derrière sa vitre blindée.

De retour en ville j’ai embarqué un homme qui venait de perdre 250$ dans une machine vidéopoker.

– Astie de christ de machine à marde….

J’pense pas qu’il « filait » pour entendre parler des enfants qui meurent de faim.

On a parlé de maudites machines mais j’avais quand même la tête ailleurs.

Au Hasard des Mots

– Le principal, c’est que j’adore conduire, poursuivit-il. Ça m’est égal quelle voiture. Du moment que je suis assis au volant et que je roule sur la route, je suis un homme heureux. Je ne peux imaginer une meilleure façon de gagner ma vie. Pense donc, être payé pour faire ce qu’on aime. Ça a presque pas l’air juste.

Alors que je me morfondais cette semaine de la piètre qualité de mon véhicule, je suis tombé sur ce passage à la fin de La Musique du Hasard, un roman de l’américain Paul Auster. Ça m’a presque reconcilié avec mon bazou que j’ai quand même réussi à échanger dès le lendemain matin. L’amour a toujours ses limites… 😉

Dimanche Matin

Ça se passe dimanche matin, je viens de me coller un 15 heures à reconduire des touristes venus pour le Grand-Prix, des fêtards de la St-Jean, des allumés du ballon rond et les autres qui n’ont pas besoin de prétexte pour se la « pêter ». Autant par l’affluence que par l’intensité du trafic je peux dire que ce fut une des nuits les plus intense de ma carrière. Je suis crevé.

J’arrête le taxi devant le Fairmount Bagel et m’extirpe difficilement de l’auto. Mal au dos, mal aux genoux, mal partout. Alors que je me déplie et m’étire, j’observe les pigeons et les moineaux s’empiffrer des graines de sésame parsemées dans la rue par les livreurs.
Un beau grand buffet gratuit pour cette faune aviaire montréalaise qui s’en donne à coeur joie. Dans une ruelle adjacente y’a un gros matou tigré gris qui semble calculer ses chances de choper un des volatiles. Lorsque je le vois ouvrir la gueule pour y aller d’un grand bâillement, je fais pareil et me dis qu’il doit être lui aussi au bout de sa nuit et qu’il ne fait que profiter de la scène en appréciant la tranquillité qui vient à peine de tomber sur la ville.

– J’vais t’en prendre deux au sésame, un power pis donnes-moi donc un pot de saumon HJS s’il te plait.

– Comment a été ton nuite ?

– Wall to wall action man, même pas le temps d’arrêter pour pisser!

– Haha ! Mon père pis mon mère y’on faite ça a lotta years le cab! Mon mère a été le premier femme à Montréal a faire du taxi. Dans le temps elle avait pas le droit de faire les nuites par exemp’ . Mon père faisait les soirs pis mon mère les journées. Y’ont élevé seven kids avec cette job là.

– Ouain ça a fait des bons enfants ! Que je lui répond avec un beau grand sourire du dimanche.

– You bet my friend. ! Marci beaucoup pis bonne appétite là.

– Thanks man see ya later.

J’ai éteins mon dôme et suis redescendu tranquillement jusque chez moi en m’en mangeant un encore bien fumant. Une nuit bien remplie, les poches aussi. Un repos bien mérité.

Entre deux courses

En plus de me débattre dans le trafic ahurissant du centre-ville et de me battre avec mon propre véhicule, je dois affronter les Jacques Villeneuve en herbe qui essaiment les rues de Montréal. Quoiqu’à bien y penser c’est plutôt distrayant. En général ces pilotes de fin de semaine arrivent en ville en croyant être des as à bord de leurs petits bolides. C’est tellement drôle de les laisser te dépasser et de les voir un peu plus loin obligé d’arrêter au feu rouge. Je les repasse à tout coup en adaptant ma vitesse à celle des lumières. Je les regarde de nouveau frustrer à mort, il en veulent et ils me repassent à toute vitesse pour être encore obligé de freiner au feu suivant. C’est immanquable et c’est encore plus drôle quand j’ai un client à bord qui n’a pas peur de « rouler » un peu. J’aime bien impressionner ces amateurs de bagnoles en tricotant dans la circulation. Rien de tel qu’un petit tour par une ruelle ou une petite manoeuvre risquée pour se mériter un bon pourboire. Et encore si j’avais un char qui aurait de l’allure…

Entre deux « courses », un jeune latino me demande de l’amener à l’hôpital juif à Côte-des-Neiges.

– Rien de grave toujours?

Dans un français approximatif avec un accent sud américain impayable il m’annonce qu’il va être papa.

– Ah ben ! Un nouveau petit québécois pour la St-Jean Baptiste ! Félicitations !

Avec un grand sourire il me regarde et me dis avec fierté :

– Ouné nouévelle québécoise.

– Ben tu lui souhaiteras bonne fête de ma part…

– Merci misiou.

– Muchas Gracias le jeune. Bonne St-Jean !