Randonnée nocturne

Cette semaine je regardais la petite neige fine qui tombait, ça m’a rappelé une histoire qui se passe y’a quelques hivers.

Je cruise dans le quartier Latin en attendant le rush de la fermeture des clubs. Sur St-Denis j’embarque un jeune qui semble avoir besoin de fausses cartes pour entrer dans les bars. Il me dit qu’il veut aller dans le nord de la ville dans le bout du parc de l’île de la Visitation. « Lets go! C’est parti. » Pendant le trajet on jase de choses et d’autres. C’est relaxe. Il me parle de ses études, de sa job à temps partiel, etc. etc. Un moment donné il me demande d’arrêter dans un guichet automatique. « Ok, y’a une banque que tu veux plus qu’une autre? ». Il hésite et me dit que finalement ses parents vont payer pour lui. « Ok… Pas de trouble ». Hum… Y’a de quoi de louche dans son ton. A force, on détecte le petit truc qui cloche. Ça sonne dans ma tête : « c’te ptit crisse là va se pousser ». Je continue quand même la course en souhaitant me tromper sur son compte. Mais juste avant d’arriver au pont de l’île en question il me demande d’arrêter l’auto et j’ai pas le temps de me revirer que la porte est grande ouverte pis le kid vient de piquer un sprint à travers le parc. J’sais pas si je suis plus en tabarnaque parce que le jeune se pousse ou parce que je me suis pas fié à mon instinct mais je décide de partir après. Je sais que ça va être une maudite perte de temps, que je devrais rembarquer dans mon cab pis retourner en ville mais phoque that ! Le petit colisse m’a niaisé tout le long de la course en sachant ce qu’il ferait. Ça devait pas être la première fois qu’il faisait ça, sauf que là, il n’était ni tombé sur le bon gars, ni sur le bon soir car une fine neige tombait…

J’ai pris le temps de repartir le taximètre, de mettre ma tuque, mes gants, de barrer les portes du taxi, je n’avais pas à courir, il me suffisait de suivre ses traces de pas jusqu’à chez lui… Mais dans quelle maudite galère je m’embarquais? Y’a épais de neige et ça avance pas aussi aisé que je l’eusse cru. Un moment donné chus dans le milieu du parc, j’ai de la neige dans les bottes, je suis calé jusqu’aux cuisses, j’ai de la misère à avancer pis à trouver mon souffle. Y’avait vraiment de quoi chialer à sa mère. Pourtant je ris de la situation. Jamais j’aurais pensé jouer dans la neige de cette façon ce soir là. « Mon petit maudit, mon petit maudit » tourne en boucle dans mon crâne… Je prend trois quatre bonnes respirations et repars de plus en plus déterminé à aller jusqu’au bout. Ça me prends un bon 20 minutes pour traverser le parc. J’aboutis dans le cul-de-sac d’une avenue emplie de bungalows. Je suis chanceux que ce ne soit pas des blocs appartement. J’aurais été baisé deux fois plutôt qu’une. À la lumière des lampadaires j’ai devant moi les traces de mon voleur qui me conduisent jusqu’à la maison familiale. Je ris dans ma barbe, prends mon temps question de reprendre mon souffle, je regarde la maison, y’a pas une maudite lumière allumée mais je sais que je suis à la bonne place. Y’a les traces de pattes d’un chien qui est sorti pendant que mon p’tit crisse entrait. Il va avoir une méchante surprise. DING ! DONG ! [A suivre…]

Dans la peau d’un journaliste

Je ne veux pas bousculer quelques idées préconçues, j’ai beau être chauffeur de taxi, je ne lis pas le Journal de Montréal. Le Devoir non plus et la Gazette, pas vraiment. Parfois un employé de la Presse que je vais chercher en fin de soirée me laisse une copie sinon je ne l’achète pas non plus. Je z’yeute les hebdos culturel du jeudi mais je préfère de loin lire des bouquins. C’est même probablement ce que j’aime le plus de ma job. Dans les heures creuses, je m’installe sur un poste et attends les appels en me tapant des romans, surtout des polars. Je sais, il y a aussi plein de meurtres et des séries noires dans le Journal mais non merci, sans façon. La semaine dernière j’ai commencé à recevoir beaucoup de courriels à propos de mes textes qui sont sur mon vieux site Geocities ? Ça fait des années que je n’avais pas mis ce site à jour et je commençais à me poser de sérieuses questions avant qu’on m’apprenne que le franc-tireur Patrick Lagacée avait mis le lien sur son blogue.
J’ignorais que ce dernier s’était mis dans la peau d’un chauffeur de taxi pendant quelques semaines. Je viens de terminer la lecture de sa série (vieux mot tard…) et je dois admettre que c’est presqu’aussi bon qu’un Taxi la Nuit ;-)) Non sans rire, le journaliste brosse un sacré bon portrait de ce qu’est la vie d’un taximan. Il laisse la parole à quelques chauffeurs qui nous livrent leurs joies, leurs doléances. Il y parle un peu de l’industrie, nous confie quelques-unes des ses péripéties et il bouscule surtout quelques idées préconçues…

Happy Hour

Le petit couple sort enfin du bar où j’attends depuis près de 10 minutes. C’est vendredi, il fait froid, la demande est forte et je suis à cran parce que je déteste attendre. Les deux sont au sommet de leur happy hour, ils ont du fun et aimeraient probablement que je sois en « phase » avec eux. Le gars rigole et me pointe le feu rouge 200 mètres en avant du taxi et me dit : « Amène-nous à la lumière là bas, ça va être ben beau !  » La fille pouffe de rire et manque de s’étouffer. Je la trouve pas pire mais j’ai pas trop envie de rire. Je reste assez froid mais eux sont chauds ça fait pas de doute. Le gars me dit enfin qu’ils veulent aller à Longueuil faque j’décolle dans un nuage de sel. J’ai pas le goût de m’éterniser, d’autant plus que je vais devoir revenir « allège » vu que j’peux pas embarquer sur la rive-sud. Je lève le volume de la radio (genre parlez-moé pas) pis j’clanche autant que je peux dans le trafic du vendredi. Je regarde de temps en temps dans le rétroviseur pour voir si la fille change pas de couleur. A son regard je devine qu’elle a de la misère à faire le focus… Vous voyez ? Lui a l’air moins pire mais il continue de faire son comique. J’arrive au pont Jacques-Cartier en moins de deux, prends la courbe sur les chapeaux de roues et ma cliente va « s’éffouarer » dans la portière. « Tu m’as pas retenue !  » braille-t-elle à son chum qui éclate de rire. Là je me décoince un peu et je dis ben sérieusement: « Une chance que la porte était bien fermée ! « . Y’a un silence qui dure un bon 5 secondes pis on éclate tous de rire en même temps. On a continué de rigoler jusqu’a destination, dans le fin fond Longueuillois. La fille a pas été malade, j’ai eu un bon pourboire pis je suis retourné en ville. Ça fait pas deux minutes que j’y suis que le répartiteur appelle mon numéro de dôme. De kessé?? « Vous auriez pas retrouvé une sacoche dans votre taxi des fois? » Je me retourne et ne vois rien sur la banquette. Je me parque pour y voir de plus près et comme de fait, la sacoche de ma cliente est par terre. Elle a du la perdre dans une courbe. 😉 J’ai remis le taximètre et suis retourné là-bas. Ils m’attendaient au dépanneur au coin de leur rue car les clefs de l’appart étaient dans le sac… Ils ont dû attendre un petit peu (chacun son tour) mais avaient l’air pas mal content de me revoir. La fille avait même l’air complètement dépaquetée. Ils m’ont repayé la course avec un 10 piasses d’extra pour le dédommagement ! Ça a payé le taxi pour la nuit, et le chauffeur était happy.

Chauffez chauffeur !

On va peut-être finir par avoir quelque chose qui ressemble à l’hiver. C’est bien sympa des températures autour du zéro mais pas pour nous. Rien de plus réconfortant pour un taximan que de faire monter un client frigorifié qui a de la misère à te dire où il s’en va parce qu’il a la face qui craque. Le terme chauffeur prend tout son sens… J’adore les jupes courtes indépendamment du temps qu’il fait. Mais quand elles pognent dans le facteur éolien… Watow! 😉 Faut souffrir pour être belle? Eh ben Montréal manque pas de masos… C’est génial de faire monter une cliente qui grelotte, gelée comme un crotte. Je compatis tout plein et mets la chaufferette dans le prélard. N’en faut pas plus pour que je devienne un bon samaritain, un vrai sauveur à 1.40 du km au compteur. À moins 25 y’a aussi ceux qui attendent l’autobus qui sont pas mal moins patients. Je roule tranquillement près des arrêts en accrochant un beau sourire. Ça rate pas, y’a presque toujours un bras qui se lève. Et que ferions-nous sans les touristes frais arrivés qui découvrent le vrai frette humide de la ville. J’aime beaucoup observer leurs réactions quand je leur dis qu’habituellement il fait 10 degrés plus froid… Ça se glace bien dans la conversation. 😉

Voyage de Nuit

Cette nuit j’ai passé une grosse heure avec deux junkies qui cherchaient à se mettre de quoi dans les veines. On a commencé le voyage par un arrêt chez Cactus sur la rue St-Hubert question d’aller chercher des seringues propres et ensuite un des gars me demande mon cell question d’appeler son vendeur. Je suis pas trop inquiet. D’abord je commence à avoir l’habitude de naviguer avec ces épaves, puis eux ce sont des vieux de la vieille. Pas de ces jeunes exacerbés prêt à imploser par le manque et capables de tout. Non, mes deux clients sont calmos, ils en ont vu une pis une autre. Maganés, mais pas des trous de culs. On est dans le centre-sud, le « courrier » se fait attendre un des deux est dehors à l’attendre et moi je jase avec l’autre. C’est dur de mettre un âge sur son visage édenté mais il a l’air d’un vieillard. Je suis sûr qu’il est loin d’avoir l’âge qu’il fait. On attends toujours, l’autre revient et me redemande mon téléphone. Je laisse aller, la nuit est tranquille pis le compteur tourne anyway. Finalement le livreur arrive mais il n’a plus de « mou » c’est le premier du mois, la demande est forte. Il n’a que du dur… J’pose pas de questions mais j’imagine que le mou c’est ce qui s’injecte, pis le dur c’est du crack, de la freebase. Mon client est énervé, me redemande mon cell pis il appelle un autre contact. Direction le plateau où on va encore attendre après un courrier qui doit être aussi occupé que le premier. Autant qu’il s’énerve avec son pusher au téléphone autant qu’il est relaxe pis plutôt poli avec moi. J’essaie tout de même de pas avoir trop l’air de fraterniser avec eux mais bon, ce sont quand même des humains pis qui n’a pas ses petits problèmes hein? Après avoir réussi à avoir ce qu’ils voulaient on a continué le périple à un dépanneur 24h. où on vends de la bière quand les bars sont fermés et ensuite on est retourné à l’endroit où je les avaient fait monter. Ma nuit s’est terminée avec ce voyage. À l’heure où j’écris ces lignes mes deux clients doivent être quand à eux sur un autre type de voyage…