Quatre heure du matin, je suis au coin de Peel et René attendant que ça passe au vert quand un jeune homme s’avance vers mon taxi. Avant d’ouvrir la portière il me demande par la vitre ouverte si je vais sur la rive-sud. J’hoche la tête et il va s’asseoir derrière en me remerciant. Je lui demande quel pont il veut prendre, part le compteur et fais crier les pneus sur une jaune orange foncée. En clanchant suffisamment je n’aurai que la rouge au coin de Notre-Dame à me taper avant d’atteindre le pont Victoria.
Comme le gars a l’air un peu coincé je lui sors une de mes phrases « entame-discussion » éprouvée:
– Ça roule mieux à 4 heures du mat, qu’à 4 de l’après-midi !
– Hum.
Pas trop de répondant mais dans le rétro je capte son sourire.
– Combien de taxis t’ont refusé avant que je t’embarque?
– Deux sont passés tout droit, pis l’autre m’a dit qu’il n’y allait pas. M’a dit que c’était trop loin.
– Y’était quand même pas pour te dire que c’est parce que t’es noir.
– Ouain. On vient qu’on s’habitue.
– Si faudrait que tu sautes ta coche à chaque fois j’imagine que ce serait long longtemps ?
– J’sais pas? Me répond-il en rigolant.
– Tu serais surpris du nombre de fois que j’embarque des clients qui me disent :
« Chus content que ce ne soit pas encore un crisse de nègre ! » Pour les mettre à l’aise
j’leur réponds que ma femme est martiniquaise.
Tu devrais les voir changer de couleur.
– Hahaha ! Là chuis sûr qu’ils doivent te dire: « Chus pas raciste, MAIS… »
– Ouaipe ! le fameux MAIS.
Pendant la demi-heure qu’on a passé ensemble, on a rigolé pis échangé des anecdotes. On a jasé des blancs qui détestent les noirs, des noirs qui détestent d’autres noirs, des arabes qui détestent les juifs, des chinois qui détestent tout le monde, des chicoutimiens qui détestent les jonquiérois, etc. etc. etc. et vice versa.
Un échange des plus coloré…
