L’accident

La chaleur est suffocante. Ça annonce un vendredi des plus occupés sur la route. Personne n’aime rester à l’intérieur lors de ces soirées humides et collantes. Beaucoup plus de monde dans les rues et les courses sont allongées par le trafic de ce début de fin de semaine. Sur la route la tension est presque aussi palpable que le smog qui semble coller à la peau. Cette température n’aide certainement pas à garder son calme. Il faut faire avec l’impatience ambiante.

Après une heure de pointe infernale, je passe chez moi prendre une douche et me faire une couple de sandwiches pour passer à travers la nuit. Je me prépare aussi un thermos d’un épais café noir et je vais m’installer au poste 76, près du métro Charlevoix à Pointe Saint-Charles. Ce poste est surtout occupé par les taxis de la compagnie Pontiac-Hemlock et quand un «Diamond» s’y installe, il se fait toujours regarder de travers. Je m’en fous, je m’empare d’un bon bouquin et je sirote mon café en attendant mon prochain client.

Les minutes passent lentement. Comme le reste, le temps semble être ralenti par la température ambiante. Tout colle. J’ai beau sortir de la douche, je sens la sueur me couler dans le dos. J’ai hâte de rouler, pour m’aérer un peu. Le taxi est doté d’une climatisation, mais je déteste ça. Je préfère avoir chaud, que de brûler du gaz dans cet enfer.

J’avance lentement sur le stand. Les «pick-ups» se font rare et je dois attendre une bonne demi-heure avant de me retrouver le premier sur le poste. Impatiemment, le répartiteur s’égosille et lance des appels tout autour, mais pas au 76. En sourdine, la radio joue du jazz. Je regarde la faune s’animer sur les trottoirs. Le jour tombe lentement. Je prends mon mal en patience.

Arrive alors ce gars, qui a l’air d’une boule de nerfs sur deux pattes qui me lance avant même que la portière soit refermée de l’amener au bout de la rue Centre. Il ajoute dans le même souffle qu’il est en retard à son travail, que son patron est un con, qu’il a un double à se taper et me demande s’il peut fumer dans l’auto.

Il m’emmène pas très loin, mais je ne suis pas déçu de décoller de là. Après s’être allumé, le nerveux continue de jaser sans respirer. Sa job, la température, son boss, on dirait un kid sur un «rush» de sucre. Pas trop reposant, mais tout de même sympa. Je n’ai pas un coin de rue de fait que le gars m’a presque détaillé son C.V.

Au coin de Ropery, je m’arrête derrière une grosse américaine stoppée à un feu rouge, qui s’éternise. Mon client s’impatiente et se met à chialer contre tout ce qui va contribuer à son retard. Évidemment, je me mets de la partie et embarque dans son délire. Donc, quand la lumière vire au vert, on est deux à crier contre l’imbécile devant nous qui a décidé de tourner à gauche sans clignoter. Je dois braquer et contre-braquer pour le contourner et en le dépassant, je tends le cou et me tourne vers ce con qui vient de nous faire perdre un gros vingt secondes.
C’est alors que j’entends mon passager crier: «attention»! Je n’ai pas le temps de me retourner devant moi que le taxi s’encastre dans un autobus de la ville qui tournait devant nous.

Ce jour-là, il y avait des travaux sur la rue Centre et le parcours de l’autobus était dévié.
J’avais vu ce maudit autobus décoller du coin opposé. Il avait clignoté comme à chaque fois qu’un bus repart d’un arrêt mais mon attention aussi, était déviée.

Je l’ai frappé de plein front. Ça a arrêté assez sec, merci. Les roues arrières du taxi ont levées. Mon passager et moi, avons été projetés vers le pare-brise que j’ai éclaté, quand le dessus de ma tête, s’est frappé dans le rétroviseur. Après quelques secondes de «black-out», mon premier réflexe a été de regarder si mon client n’était pas sérieusement blessé. Sur son visage parsemé d’éclats de verre du pare-brise, je voyais perler quelques gouttes de sang. Pourtant, il continuait de jaser. J’ai ensuite regardé devant moi pour voir la conductrice de l’autobus mettre une main devant sa bouche. Elle avait l’air en état de choc. J’ai vu les curieux commencer à s’agglutiner et dans ma tête, je me suis dis qu’on devait être pas mal dans les jambes. J’ai redémarré le taxi, et l’ai reculé pour le stationner sur le côté de la rue. Je devais être plus sonné, que l’impression que j’en avais.

C’est en recoupant le contact, que j’ai senti que, ce n’était plus de la sueur qui me coulait dans le front. C’était visqueux, et ça collait à flot. Quelqu’un est venu me porter secours et je lui ai dit calmement que j’allais bien. J’ai voulu sortir du taxi et me mettre debout mais j’ai vu que je n’irais pas très loin. Je me suis rassis en attendant l’ambulance qu’on entendait s’en venir. J’avais beau être commotionné, j’avais honte d’avoir frappé cet autobus. Je filais beaucoup plus mal pour mon client que pour moi. Pourtant, ce dernier fumait une cigarette sur le trottoir en attendant les secours.

Les pompiers, les ambulances, la police, les remorqueuses, un beau gros spectacle son et lumières en ce début de soirée dans la Pointe. Ça se passe rondement. Un policier me pose quelques questions concernant le propriétaire du taxi. Ce dernier va à coup sûr me faire la gueule pendant un gros mois quand il va voir l’état de son bazou. Les ambulanciers me prennent ensuite en charge et m’emmènent à toute vitesse à l’urgence de l’hôpital général de Montréal. Je n’aurai pas à attendre une couple d’heures à l’admission, avant de voir un doc. C’est la totale! Ils sont quatre ou cinq à s’affairer autour de moi. Ils m’arrachent mes vêtements, me tâtent, me tripotent, font leur travail finalement. Je suis toujours un peu sonné mais je n’ai rien de cassé. J’ai juste cette lacération sur le dessus du crâne. Une bien belle job de couture en perspective!

Sur la table à mes côtés se trouve mon passager arrivé juste avant moi. Il jase encore et toujours, mais avec les infirmières cette fois. Il n’a pas l’air trop malheureux d’avoir sa soirée de congé. Il demande si ça va être encore long car il a une grosse envie d’aller en fumer une.
Je passe toute la soirée couché dans un racoin de cette urgence en folie, à observer les allées et venues du personnel. Alternent des cas d’intoxications, des crises de cœur, quelques cas de bagarres, quelques autres de détresse respiratoire. Sur une civière pas très loin de moi, un vieux clochard se met à dégueuler. Je songe que la faune ici, ressemble un peu à celle que je trimballe habituellement. Plus la nuit avance, plus s’intensifient les cas d’intoxications. Un vendredi normal a ce qu’il paraît. J’assiste à une sacrée chorégraphie, où infirmières, docteurs et préposés dansent entre patients et impatients. Au petit matin, une jeune et jolie interne vient me suturer. Elle passe une bonne heure à en découdre avec les points. Près d’une trentaine.
Elle m’annonce que les cheveux ne repousseront probablement plus sur cette plaie. Un scalp de la grosseur d’un deux dollars.

En sortant de l’hôpital, mon passager en grille une à l’extérieur. Je me confonds en excuse envers lui. Il me dit, qu’il n’a rien de grave, mais qu’il essaie d’avoir un billet du doc, pour avoir une couple de semaines de congé. J’ai ri un peu avec lui en lui filant mon numéro de téléphone. Je n’en ai jamais eu de nouvelle.

J’ai pris mon temps avant de reprendre la route. Le patron m’a piqué une sainte colère à propos de son taxi, mais a été encore une fois conciliant. J’ai eu mal au crâne pendant plus d’un mois et la blessure a été longue à cicatriser. Mais la leçon a été utile. Quand je sens l’impatience me gagner sur la route, je garde l’œil ouvert, respire un bon coup et ne m’arrache plus les cheveux sur la tête…

Mes vacances allant toujours bon train, je vous offre ce texte inédit tiré du livre. L’illustration est de mon ami Jean-Pierre Chansigaud et comme de raison dans un cas comme dans l’autre tous les droits sont réservés… A+

Halte routière

L’été a enfin décidé de s’arrêter un peu avec nous et j’en profite pour poursuivre mes vacances allègrement. Je commence quand même à m’ennuyer de la job. Ce n’est pas que je sois complètement masochiste, mais quand t’as la route dans le sang, le manque se fait toujours un peu sentir. J’avoue que j’ai hâte de retourner faire du slalom entre les nids de poules et les viaducs qui s’effondrent (Han ? quoi ? Ça n’a pas commencé à s’effondrer ? Ben quoi ! On peut anticiper quand même ! ;-)) J’ai surtout hâte de voir la gueule que me fera le patron quand je reviendrai à la fin du mois prochain. Mais j’ai encore quelques semaines devant moi pour parfaire mon bronzage. La nuit reviendra prendre toute la place bien assez vite.

Je passe une partie de ces vacances en ville et comme activité principale, je prends de longues marches et vais m’asseoir dans les parcs publics de la ville avec un bon livre. Je dois quand même avouer que je ne lis pas comme je voudrais. Je passe plus de temps à m’imprégner de l’environnement dans lequel je me trouve. J’observe les gens qui passent. J’imagine leurs occupations, leurs préoccupations, je regarde les nuages danser dans le ciel, j’épie les petites bêtes, j’écoute les sons de Montréal, je respire ses effluves changeants, je prends mon temps, de vraies vacances quoi.

Aujourd’hui, je suis monté sur la Catherine pour jouer un peu au touriste, prendre quelques photos et m’arrêter dans quelques librairies. Je l’ai arpentée lentement, découvrant des détails qu’on ne voit pas nécessairement à bord d’une voiture. Mais ce que j’ai le plus aimé de cette petite marche, c’est de constater les airs de boeuf de mes confrères taximans. Juste assez éloquent pour que je poursuive encore un peu ces vacances sans trop de regrets.

L’homme aux valises

Je n’arrive plus à me souvenir à quoi ressemblait l’homme. On les croise sans faire trop attention. On détourne le regard de peur d’être contaminé. Ces âmes errantes, mal rasées et malpropres finissent par toutes se ressembler. Ils portent presque tous les mêmes vêtements aux couleurs des ruelles que le soleil n’éclaire plus. Ils traînent sur eux et en eux une saleté indélébile. Celui-là n’avait pas de signe distinctif mémorable. Mis à part l’odeur rance qu’il dégageait, je ne me souviens pas de lui.

Pourtant, j’ai longtemps vu et revu cet itinérant vendre des journaux dans les marches du restaurant Angela sur De Maisonneuve. Ouvert 24 heures ce resto se veut un détour obligé à la fin des « rushs » de fermeture de bars. Une nuit, alors que je m’attardais devant l’endroit, il s’est approché du taxi et m’a demandé si je voulais bien aller le reconduire chez lui. Habitué de se faire refuser la permission de monter à bord, il appuyait sa demande en me montrant sa poignée de change.

Je ne me souviens plus du type ni des mots que l’on échangea, mais je me souviens qu’il était d’une politesse que ne daignent pas utiliser la plupart de mes passagers que l’on considère comme des gens bien. Il me demanda dans un premier temps de l’amener dans le fond d’un parking près d’une série de bennes à ordures. Un racoin suintant la vieille huile à friture et où la crasse avait élu domicile fixe. J’ai ouvert le coffre pour qu’il transfère quelques sacs de vidanges qu’il avait planqués dans une de ces bennes. J’ignore ce qu’il y avait dans ces sacs. De la bouffe, des vêtements, des ordures? La valise du taxi fut vite remplie.

Ensuite, il m’indiqua une adresse sur la rue Tupper. Un immeuble à appartements bas de gamme qui déteint dans le paysage. Sur place, il me demanda de l’aider à monter ses sacs jusqu’à son appartement. Bien que je ne me souvienne plus de l’homme que j’accompagnai là en cette fin de nuit, je me souviendrai toujours de l’endroit où il vivait. Ce ne fut ni la saleté, ni l’odeur qui s’inscrivirent alors dans ma mémoire, mais l’image d’une pièce remplie de valises! Une quantité surréelle de valises de toutes sortes, couleurs, dimensions, époques. En métal, plastique, cuir, toile. Du plancher au plafond, des valises empilées. Aucun meuble, que des valises et encore des valises. J’en avalai ma salive.

Le temps que l’homme revienne avec mon du, je restai là, qu’une minute tout au plus. Mais l’image de cette pièce est inscrite dans ma mémoire à tout jamais. J’ai spéculé longtemps sur la provenance de toutes ces valises. C’était peut-être un ancien employé aux objets perdus ou dans une consigne de gare ou peut-être même un ancien maroquinier. Pourtant, j’ai le sentiment que l’homme les avait ramassées peu à peu au fil de ses errances. Des années de pas perdus et de déambulations pour amasser ces objets voués au voyage. À travers chacune de ces valises, l’homme s’offrait peut-être les plus belles odyssées, les plus longues croisières, les plus spectaculaires expéditions. Des périples où le soleil brille toujours, où les rêves ne se terminent jamais.

Je ne me souviens plus à quoi l’homme ressemblait. Mais je me souviens que cette nuit-là, c’est lui qui m’amena ailleurs.

Toucher du bois

Dans l’actualité récente, il a été question d’agressions et de vols envers des chauffeurs de taxi. Faut être mal pris en maudit et surtout pas mal minable pour s’attaquer à des travailleurs qui peinent à faire le salaire minimum. Nous sommes des plus vulnérables sur la route et même si en général les gens de Montréal sont sympas et se respectent, on est pas à l’abri d’un « petit trou de cul » prêt à nous faire la peau pour moins d’une centaine de dollars.

Jusqu’à maintenant dans ma carrière, rien de sérieux ne m’est arrivé. Je touche du bois!
Mais ça a passé proche à quelques reprises…

J’arrive devant l’adresse et j’attends. Ça ne vaut pas la peine de s’énerver, c’est dimanche et la soirée est super tranquille. De plus, je vois bien qu’en haut des marches on semble plus ou moins s’activer derrière les rideaux.

Après quelques minutes d’attente, je vois descendre des marches un couple pour le moins vacillant. Le gars est en boisson et cache tant bien que mal une bouteille de vin dans son blouson. Il a une gueule de boxeur qui ne semble pas avoir remporté beaucoup de matchs dans sa vie. La fille pour sa part semble sur le point de tomber au tapis. Elle gazouille des mots que je n’arrive pas à comprendre. Outre le fait qu’elle soit complètement naze, elle a l’air d’une donzelle de quatorze ans gros max.

Déjà, je suis sur mes gardes mais pour être cool et ne pas me les mettre à dos dès le départ, je dis au mec en pointant de la tête la bosse sous son blouson, de faire attention pour ne rien renverser.

– Ok boss! Bring us to the Parking boss!

– You mean the club on Amherst?

– Yep that’s the one awright.

Ce club est connu pour sa clientèle gaie et lesbienne mais parfois y’a des DJ’s invités qui attirent un public plus large. Déjà ça m’informe qu’ils ont probablement pris des speeds, de l’extasy ou quelques autres comprimés.

J’essaye de trouver quelque chose de bon à la radio et clanche autant que possible pour les étourdir ce qu’il faut. Dans le tunnel Ville-Marie on sent bien les courbes… De temps en temps je regarde le gars dans mon rétro et plus ça va, plus je sens qu’il y a quelque chose qui cloche dans son attitude. Je trouve ça d’autant plus bizarre que ce sont des passagers qui ont téléphoné et qui ont donné une adresse pour qu’on aille les chercher. Quelqu’un qui veux faire un coup, n’est pas aussi stupide. Mais n’empêche que je trouve le gars pas mal louche. Appelez ça un sixième sens ou l’expérience mais je décide de me mettre à jaser avec lui pour m’assurer de ses intentions.

Après une couple de questions banales sur ce qui se passe au club où l’on se dirige et sur le prix que ça coûte, etc. le gars un peu énervé me demande alors si je travaille dans la police! Ce à quoi je réponds qu’on ne peut jamais être sûr de rien dans ce bas monde… En soutenant son regard dans le miroir je lui mens que je connais même des chauffeurs qui sont membres des Hells Angel. Le reste de la course s’est faite dans le silence, mais déjà, je sentais que le gars avait perdu de son assurance. Il n’avait plus la même tension dans le taxi.

À destination, le gars fouille dans ses poches et ça niaise. Il sort des papiers de toutes sortes. Rien qui ressemble à des billets de banque. Il demande à la fillette de lui filer des sous. Mais la fille est encore plus dans les vapes qu’au départ et a l’air de se demander ce qu’elle fout là. Le gars sort de l’auto et reste à mes côtés en continuant de fouiller dans ses poches et plus ça va, plus je me rends compte que je ne serai pas payé pour cette course. Le gars semble complètement parti et je sais que sortir du taxi pour commencer à argumenter pour une quinzaine de piasses sera une perte de temps et d’énergie que je n’ai juste pas envie de subir. Je dis donc au gars d’aller se faire foutre et je lui dis que c’est à cause de type comme lui que les taximan passent tout droit quand ce sont des blacks qui nous demandent de les prendre. Je repars sur les chapeaux de roues, frustré de rouler dans le vide.

Un peu plus loin, je regarde derrière moi où le gars était assis et me rends compte qu’il a laissé sa bouteille vide sur le plancher. Je me range donc sur le côté pour aller la chercher et m’en débarrasser. En ouvrant la portière, à côté du « corps mort » sur le plancher se trouvait un couteau de cuisine presqu’aussi long que la bouteille…

Mon sang n’a fait qu’un tour! Ça m’apparaissait clair maintenant que le gars voulait me faire. L’attitude arrogante, les questions sur la police, le niaisage dans l’auto…
J’ignore encore pourquoi, mais la première réaction que j’ai eu a été de retourner devant le Parking pour retrouver le type. Je bouillais. L’adrénaline sans doute. Avec le recul, je crois que je voulais avoir une meilleure idée de ce que le type avait l’air.
Ils n’étaient pas dans la ligne d’attente et déjà je savais que le gars espérait faire une petite passe de cash pour pouvoir y entrer.

C’est sur la Catherine un peu plus loin vers l’est que j’ai retrouvé le couple. Je les ai croisés lentement en me demandant quoi faire. Je ne réfléchissais pas trop normalement.
J’ai refais le tour du bloc en me disant qu’il faudrait bien que je signale le 911.
Quand je les ai recroisés de nouveau. Ils avaient fait demi-tour et se dirigeaient maintenant vers l’ouest. C’est alors que j’ai aperçu un véhicule de police juste devant moi. Je me suis mis à sa hauteur et lui ai raconté rapidement l’histoire en lui montrant le couteau.

Vous savez ce qu’il m’a répondu ce policier?

– T’as juste à jeter ça dans une poubelle.

J’ai bien vu dans sa face que je le dérangeais… Il aurait fallu pour bien faire que je sois égorgé pour qu’il réagisse un tant soit peu. J’ai eu beau lui dire que le gars était encore là, pas très loin derrière nous. Pas de réaction.

Ce soir là je suis passé par toute une gamme d’émotions allant de la peur à la frustration, de la rancœur à la haine et je me demande encore au bout du compte qui je déteste le plus dans cette histoire. La police ou le voleur!

Reste que maintenant, je remercie encore le ciel qu’il ne se soit rien passé de plus fâcheux ce soir là. Et je continue de toucher du bois…

Au voleur!

Je viens d’apprendre de la part d’un contact Flickr que TVA a utilisé cette photo dans un de leur reportage… Je me demande quel genre de recours ai-je, en ce qui concerne mes droits d’auteur? Que feriez-vous à ma place?

Mise à jour — Il semblerait à la lecture des derniers commentaires et de quelques courriels reçus, que l’affaire va se régler amicalement. Tout porte à croire qu’il y a un recherchiste quelque part qui y est allé un peu trop vite sur le copier-coller… Mon intention de départ était de dénoncer ce genre de pratique. Je n’ai pas l’envie ni l’énergie pour partir une croisade contre Canoe ou qui que ce soit. Mais bon, si ça se trouve on sera plus prudent à l’avenir chez nos « petits amis » de Quebecor… Du moins je l’espère!

Merci à tous d’avoir pris le temps de m’éclairer sur la chose! Je reviendrai pour vous dire comment l’affaire évoluera et je l’espère se conclura. Bon je retourne à mes vacances… 😉

C’est le temps des vacances

Roum dum dum wa la dou…

Ne faut pas se prendre la tête à deux mains sur Papineau pendant l’heure de pointe pour se rendre compte que c’est le pire temps de l’année pour circuler en ville.
Les travaux, les festivals estivaux, les déménagements, le beau temps, les touristes (ceux qui s’promènent là!) et quoi encore? Ah oui, les ventes trottoirs, les feux d’artifice, les feux tout court (me semble qu’il y’a toujours quelques promot… pyromanes en action dans le quartier Saint-Henri), bref, les raisons ne manquent pas pour qu’un gros nuage de smog plane en permanence au-dessus de Montréal.

Le chauffeur de taxi est fatigué. Je prends le détour des vacances. Je parque le taxi pour un mois. Minimum! Han! Un chauffeur de cab peut se permettre ça?! Ben en se tapant 60 heures semaine le reste du temps, oui.

Or donc, les activités sur UTLN risquent d’être perturbées. Mettons que je vais lever le pied un peu. Peux-je? Pfiouuuu!

A bientôt et un bon été à tous, toutes… xx

Ma patrie est à terre

— Z’êtes québécois M’sieur?

Je viens d’embarquer ce kid dans le quartier de la pointe Saint-Charles. Il a un look vaguement hip-hop avec une casquette défraîchie de travers sur la tête. Il porte un vieux jean sale et une camisole de basket d’une équipe que j’ne connais pas. Il porte aussi sur lui une odeur de « skunk » typique des gros fumeurs de « pot ». Il veut que je l’amène à Verdun pour le spectacle de Robert Charlebois.

— Ben oui j’suis québécois comme tu dis.

— C’est rare qu’on embarque dans un taxi astheure pis qu’c’est un vrai québécois qui chauffe.

— Un vrai québécois? Qu’est-ce tu veux dire par là?

— Ben que ce soit pas une estie d’race là! Un nègre ou un tamoul, tsé veux dire?

Eh! Que je me sens fier d’être québécois quand on me sort ce genre de réplique. Le pire c’est que j’en entends tellement souvent des commentaires xénophobes que je n’en fais presque plus de cas. J’ne dépenserai certainement pas ma salive pour convaincre un sale raciste. Mais ce qui me frustre, c’est que d’emblée, on me considère comme l’un des leurs. J’n’ai pourtant pas le look de « Taxi 22 » ! Ça m’écoeure que l’on me prête des intentions à cause de la couleur de ma peau… D’ailleurs quand j’embarque des immigrés, je sens presque toujours une certaine méfiance. C’est triste.

J’aurais le goût de jouer au cave et d’abonder dans le même sens que mon passager juste pour voir où sa haine va. Mais je n’ai pas envie. Je change rapidement de sujet pour ne pas m’énerver.

— Tu trippes là-dessus Robert Charlebois?

— Pas vraiment. Moi j’aime plus le rap.

— Ah ouain? On vient juste de passer une toune de Loco Locass à radio.

— Bof! Eux aut’ j’les trouve poche. Du rap en français c’est platte.

— Ah! Qu’est-ce t’aime comme groupes?

— Ben Fifty Cents, des affaires de même.

— Mais Fifty Cents, c’est pas un nègre comme tu dis?

— Ouain mais c’est pas pareil.

— Ah! Comment ça, c’est pas pareil?

— Ben j’sais pas genre, lui y’a des bonnes tounes pis toute là! Yé chill!

— (…)

J’me rends bien compte que ça ne servira pas à grand-chose de chercher à débattre avec le jeune. C’est clair qu’il cherche des repères auxquels se rattacher et qu’il est un peu pas mal mêlé. C’est triste.

Alors que la course s’achève y’a « Ent’deux joints » qui me vient en tête…

Mais aussi « Ma patrie est à terre »…

« J’grandis pas j’raptisse
J’dors su’l’banc d’en arrière
J’fais dans une chaudière

J’voudrais ben rouler
Mon bazou est stâlé
J’voudrais ben rouler
Qui, qui veux m’booster
J’sais pus kessé faire
Ma patrie est à terre

J’voudrais ben rouler
Autour de la terre
J’voudrais ben rouler
La tête à l’envers
J’sais pus késsé faire
Ma patrie est à terre

Rouler, rouler, rouler
Rouler, rouler, rouler
Rouler, rouler, rouler
Rouler, rouler, rouler »

(Pierre Harel – Offenbach)

Carpe Diem


J’étire ma nuit de samedi pour profiter de l’éclairage exceptionnel qui éclaire la ville au soleil levant. Ce que j’aime à ces heures du petit matin. Ce sont les rues désertes. On dirait que la ville nous appartient. C’est magique. Le moment idéal pour prendre de bonnes photos.

Alors que j’attends que le soleil se montre pour de bon, je tourne dans Montréal et dans ma tête tourne les impressions de ma nuit. Je repense à mes passagers. Quelles histoires leur transit dans mon taxi peut m’inspirer. Je ressasse mes états d’âme. Les kilomètres s’accumulent et la fatigue sur mon corps est de plus en plus apparente. Mon dos me fait souffrir, ma tête grisonne et ma vue baisse. Je songe que lorsque j’ai commencé à quadriller cette île, les jeunes qui commencent à sortir dans les clubs avaient encore la couche aux fesses. Ça donne un peu le vertige. Ce n’est que la roue qui tourne…

Avant que la fatigue s’installe pour de bon, j’y vais d’un dernier tour de la Catherine, question de prendre quelques ultimes clichés. C’est alors que je croise cette fille de nuit blanche comme le jour qui tout comme moi, achève sa nocturne. On se met à jaser de nos nuits respectives. Elle me parle de ses clients, moi des miens. On parle pour passer le temps, de tout, de rien. On file plein est sur la Catherine, lorsque sur le viaduc qui mène à Hochelaga, le grand cercle diurne nous apparaît sortant du fleuve. Je ralentis le taxi question de bien s’aveugler. Le spectacle est absolument incroyable. J’aimerais m’arrêter pour immortaliser ce jour levant. Mais ma dernière passagère de nuit est à l’heure du couchant.

Je vais la reconduire avec encore dans les yeux ce grand flash orange et reviens sur le viaduc pour m’y arrêter. Le soleil avait monté dans le ciel et le spectacle avait perdu de son charme. Mais je pose quand même l’instant. Un soleil levant rue Sainte-Catherine ! Une autre nuit qui s’achève. Une autre journée qui commence. Et je suis las, sur ce viaduc à cueillir le jour sans me soucier du lendemain.