Race de Monde

Ces derniers temps on m’a posé pas mal de questions sur André Arthur et ses commentaires racistes concernant les chauffeurs de taxi haïtiens et arabes. Selon lui ces chauffeurs sont incompétents, ils sentent mauvais, ils parlent « drôle » et quoi d’autre ?

Les problèmes de racisme dans le milieu du taxi sont monnaie courante. Tant que l’homme sera ce qu’il est, j’vois pas comment il pourrait en être autrement. Par exemple, y’a pas une maudite journée sur la route qui ne se passe sans qu’on me dise :  » J’suis content que ce ne soit pas encore un christ de nègre ou un ostie d’arabe. » Je suis vraiment fier de ma race dans ce temps là. (…) Parfois je les encourage dans leur délire, pour voir jusque où leur haine peut aller. C’est pas toujours beau à entendre. André Arthur à côté c’est de la petite bière. Parfois je leur dis que ma femme est martiniquaise juste pour les voir s’empêtrer dans leurs propos.

Le problème avec le racisme, c’est qu’il est justement entretenu par des gens comme André Arthur. Ce genre d’individus aiment attiser les préjugés et la haine. C’est bon pour les cotes d’écoutes… Le vrai problème, c’est qu’on accorde trop d’importance à ce qu’ils disent. Si les gens arrêtaient de se fier aux foutaises de ces démagogues et aux manchettes sensationnalistes qui emplissent les pages des journaux, si ils sortaient un peu dans la rue pour côtoyer ces gens venus d’ailleurs, peut-être qu’ils verraient que les aspirations de ces gens là ne sont pas tellement différentes des leurs.

Peut-être suis-je privilégié par mon métier de pouvoir jaser avec des immigrés qui viennent de partout dans le monde. C’est ce que j’adore de Montréal, cette mixitude, ces couleurs, ces odeurs, ces cultures qui se mêlent, personnellement je trouve ça extraordinaire. André Arthur affirme que le taxi est devenu le tiers-monde du transport en commun à Montréal ? Eh bien je suis fier d’en faire partie.

Qu’on s’entende bien là, je ne suis pas sans tache. Il m’arrive d’être intolérant envers autrui. Je vais même être le premier à déblatérer contre les « chinois » derrière un volant 😉 Y’a des chauffeurs de taxis d’origines variées qui me font chier des briques. Mais mes emportements n’ont rien à voir avec leur race. Ça a plus à voir avec leurs agissements et leurs manque de respect. Si un chauffeur me vole un voyage un soir, je ne ferai pas porter le chapeau à tous ses compatriotes. Des imbéciles et des « mangeux de marde » y’en a partout, c’est pas une question de race ni de couleur de peau. Y’a aussi certains de « souche » que je ne suis pas capable de sentir. Comme je disais, tant et aussi longtemps que l’homme sera ce qu’il est…

Mais bon c’est clair que l’intolérance entraîne la méfiance. Si un chauffeur fait monter un client qu’il sent haineux, pensez vous qu’il sera porté à lui donner un bon service? Y’a toujours des enchaînements qui se font et c’est à nous tous de briser ces chaînes.

La prochaine fois que vous monterez à bord d’un taxi conduit par un haïtien, un libanais, un iranien, un pakistanais ou quoi que soit son origine, au lieu d’être méfiant envers cet individu qui essaie de faire son boulot, demandez lui de vous parler de son pays. Peut-être que votre course en vaudra plus le coût…

Bon maintenant faut que j’aille me faire la barbe 😦

Histoires d’Amour

À la fermeture des bars je fais monter ce jeune couple devant le Diable Vert sur Saint-Denis. La fétidité de leurs haleines m’en dit long sur leur taux d’alcoolémie. Mais n’eut été de leur beuverie respective, ils ne se seraient peut-être pas rencontrés. C’est mignon comme tout ces prémices à un « one night stand ». Les rires niaiseux, les gestes maladroits, les propos timides. Le gars n’a pas l’air vite vite et c’est la fille qui « call les shots ». C’est d’ailleurs vers son appart’ dans Rosemont que nous nous dirigeons. Je clanche et ne dis pas un mot. J’ai monté le son de la radio, sur CHOM y’a U2 avec One Love. Le timing est bon, la fille attire le mec vers elle et lui roule une pelle. Ça dure quelques minutes pendant lesquelles je me dis que j’aurais peut-être du leur proposer de la gomme… Dans mon rétro, ils n’ont pas l’air de s’en faire avec ça, les deux ont les yeux qui brillent et va savoir si cette soirée ne sera pas pour eux le début d’une belle histoire d’amour.

Sur la route du retour vers le bas de la ville j’arrête le taxi à côté d’un homme au bras levé. Une fois assis il me demande de patienter un instant, le temps que sa copine sorte du logement où ils ont passé la soirée. Après qu’elle ait pris place à ses côtés, je comprends rapidement qu’il y a un sacré froid entre les deux. Ils regardent chacun de leurs côtés et le silence glacial en dit long. La radio toujours à CHOM joue « Bad Company ’till the day I die… » Je rie dans ma barbe (des séries) et dans mon rétro ça pas l’air d’aller. Les deux ont des visages crispés et va savoir si cette soirée ne sera pas pour eux la fin d’une belle histoire d’amour.

L’Avenue Huet


Hier on parlait des Canadiens en 4 pis de la coupe pis de la parade au mois de juin… Si vendredi ils perdent encore, gageons qu’on va parler de pourriture et de golf. C’est toujours comme ça à Montréal, on part vite en peur quand il est question de nos Glorieux. Deux poids, deux mesures.

À la sortie du Centre Bell j’ai fait monté un groupe qui en avait long à dire sur les (insérer ici quelques mots d’église) d’arbitres. J’pense que Ron Fournier aurait passé à l’appel suivant… Je les ai amené se détendre au « chic » Sexmania de la rue Ontario. Rien de tel qu’une couples de p’tites frettes accompagnées d’une danse à dix pour atténuer les tensions qui t’habite.

C’est en redescendant sur Iberville pour retourner au plus sacrant vers le temple de nos idoles aux bras meurtris que je me suis buté à cette vision ! L’avenue Huet ! Bon ça tient plus de la ruelle que des Champs Élysées mais je suis certain que Christobal doit être fier 😉 Entécas si ça vous tente d’aller y faire des dévotions ou encore y faire brûler des lampions, ça se trouve juste au nord de Ste-Catherine entre Frontenac et Iberville. Si vous voulez rigoler demandez à un chauffeur de taxi de vous y amener… Si vous tombez sur un taximan qui sait ça, vous avez affaire à un vrai ! A+

Y’a des nuits comme ça…

La pluie un samedi c’est toujours bienvenue pour arrondir ses fins de mois. La nuit a été assez fertile en clients de toute sortes. J’ai parlé de la victoire du tricolore, du prix du gaz, d’André Arthur, de la journée de la terre. J’ai entendu des histoires de cul, de coeur, de cash et quoi encore?

Vers 3 heures et quart je m’arrête à l’Ultramar au coin de Parc et Villeneuve. Mes 5-6 derniers clients m’ont payé avec des $20 et je n’ai plus de $5 et de $10. Alors que le préposé me fait du change y’a un kid derrière moi qui prends la poudre d’escampette avec 2 caisses de 12. Un petit after-hour improvisé à ce qu’on dirait. L’homme qui me sert lâche alors un cri et saute par dessus le comptoir et se lance à sa poursuite. Les fuyards n’ont pas le choix de contourner mon taxi et ça me laisse amplement le temps de noter mentalement la plaque et la sorte du véhicule. J’ai presque le temps de prendre une photo! (La prochaine fois promis 😉 Je m’informe de l’état coronarien du type qui revient penaud derrière son comptoir, je lui laisse mes coordonnées, je prends mon change et repars faire le tour des bars pour mon last-call.

Je retourne sur St-Laurent voir si je n’embarquerais pas par chance une superbe blonde en quête d’aventures extra-conjugales 😉 Je n’ai droit qu’à un russe bien bourré de vodka qui porte sur lui un costard et des bijoux qui valent pas loin de mon revenu annuel. Quand je le dépose il me dit que je peux garder le change. Un dix pour une course de $9.65… Bah! En autant que Kovalev continue de la mettre dedans, je suis bien prêt à passer l’éponge avec tous ses compatriotes.

Quelques courses plus tard, mon compte est bon et je descends Saint-Denis pour aller prendre le tunnel Ville-Marie. Je pense déjà à la grosse Heineken qui m’attend. Maudit qu’elle va bien rentrer. C’est alors que j’aperçois près de la Gauchetière un confrère qui a maille à partir avec 2 noires devant un hôtel de passe. Je m’arrête à leur hauteur pour voir si le chauffeur n’est pas dans le trouble et aperçois derrière son taxi une pile de linge dans la flotte. C’est une course qui semble avoir mal tournée. Je comprends vite que le chauffeur n’a pas été payé ou qu’il y a un litige sur le prix du voyage. Il a du pogner les nerfs et a largué le bagage des filles dans la rue. J’ai à peine le temps de sortir de mon auto que les coups commencent à pleuvoir. J’aime pas trop un mec qui tapoche une fille mais en m’interposant j’ai la nette impression que c’est à ce dernier que je sauve la mise. Je raisonne la plus grande des deux filles en lui disant qu’elle va se mettre dans la merde si elle continue, j’enjoins le chauffeur arabe de retourner dans son cab mais il insiste et la petite teigneuse s’apprête à lui démolir son parapluie dans la face. Sur l’entre-fait y’a un clochard sorti de nulle part qui s’est joint à nous et un autre taxi s’arrête pour regarder le show. C’est pas la meilleure des idées de se mettre entre deux personnes qui se frappent mais j’arrive néanmoins à convaincre le chauffeur à retourner dans son taxi avant que ça dégénère d’aplomb. J’empêche ensuite la petite d’arracher l’antenne radio du taxi et un autre confrère arrive. La grande est partie vers l’hôtel avec une brassée de linge à faire sécher, un autre taxi arrive, le clochard me demande du change, je lui file une piasse, un autre taxi arrive, il commence à avoir pas mal de monde à messe, je pense toujours à la bière qui m’attends, la petite qui n’a pas arrêter de gueuler depuis mon arrivée tente toujours de casser de quoi sur le char du chauffeur, ce dernier discute avec le répartiteur sur la radio-taxi, une police tourne le coin, je suis trempé, ça se tasse, je me casse.

(…)

Burrrps ! 😉

Du nouveau à l’horizon


On ne peut qu’être bouche bée devant la somme de travail que nous offre Horizon avec son compte rendu quotidien sur ce qui se passe dans le joyeux monde des blogues d’ici. Quel concept brillant ! En ce qui me concerne 10:51 sur l’Horizon de la Planisphère est déjà un incontournable. Quel souffle ! On ne peut que se demander comment il (elle?) y arrive ! Cette personne a-t-elle une vie? 😉 En tout cas je la lui souhaite longue… Sacrée belle job ! Bravo.

Consultation à voie haute

Ça fait plus d’une heure que les bars sont fermés et je suis venu me joindre aux dizaines d’autres taxis former le seul bouchon possible passé 4h. du matin. Je suis sur St-Laurent entre Sherbrooke et des Pins et je me demande quelle idée m’est passée par la tête de venir perdre mon temps ici. 90% des véhicules sont des taxis, 90% ont leurs lanternons allumés, les probabilités que j’embarque quelqu’un ici sont de…

– « Vous êtes libre ?  » Me surprend la voix d’une belle grand blonde surgit de nulle part.

– « Absolument !  »

– « J’m’en vais à ville d’Anjou. »

– « Ça devrait pas être un problème. À la quantité de taxis qu’il y a ici, c’est comme si je venais de gagner à la loterie ! « 

Ça l’a fait rire. Cette blonde est spectaculairement belle. Elle a un sourire a faire fondre ce qui reste d’antartique. Pas de doute dans mon esprit qu’elle a du passé la soirée a se faire draguer. Pourtant c’est moi le chanceux qui la raccompagne chez elle.

–  » La soirée a été bonne ?  » Y’a pas une nuit que je n’utilise pas cette phrase passe-partout. Si le client a le goût de jaser je suis vite fixé.

–  » Bof, je suis tombé sur mon ex… » Dans mon rétroviseur, la belle a un regard perdu quelque part entre les vitrines de la « Main » et de vieux souvenirs.

–  » Ah! Les ex… »

–  » Il m’a dit que j’étais la femme de sa vie!  »

– « Hum pas facile de ménager les susceptibilités dans ce temps là… »

J’ai eu droit au fin fond de l’histoire en disant des « ahan, umhum, oui, c’est sûr, pas de doute, c’est clair… » de temps en temps question d’entretenir le flot. C’est fou comment les gens aiment se confier. Surtout à propos des choses qu’on ne peut dire à des proches. Moi j’étais content de profiter de la conversation, ça me permettais de contempler cette superbe créature sans être trop indiscret.

Elle m’a raconté comment le gars n’avait pas su comment entretenir la flamme, comment elle l’avait plaqué, comment elle avait rencontré son nouvel amoureux… C’est rendu sur le métropolitain qu’elle m’a avoué comment elle aurait aimé se taper son ex ce soir…

– « Personne ne l’aurait su » me dit-elle.

– « Sauf toi… »

Silence

–  » C’est une sacrée belle preuve d’amour que tu viens d’offrir à ton nouveau chum. »

–  » Oui mais il ne le saura pas… »

–  » Toi tu le sauras… »

La fille s’est avancée sur la banquette et m’a embrassé sur la joue. Essayez de rester concentré sur la voie élevée dans ce temps là ! C’était dur… 😉

À destination je me suis tourné vers elle et lui en ai sorti une de mon répertoire:

– « Ça fait $25 pour la course et $15 pour la consultation. »

Elle a encore rit. J’étais sous le charme. Si a cet instant elle m’avait dit:  » J’ai pas d’argent pour te payer », je pense que je l’aurais quand même remercié. Mais elle a sorti deux billets de $20 de son sac et c’est elle qui l’a fait.

– « Tu fais une bonne job, tu peux garder le change. »

Les doigts qui se touchent, le regard, le sourire. Y’a des histoires d’amour plus éphémères que d’autres…

Je suis resté devant sa porte jusqu’à ce qu’elle rentre en me disant que son ex ne savait pas ce qu’il avait raté, que son nouveau était quelqu’un de vraiment chanceux et je me suis demandé de laquelle des deux jobs elle voulait parler ?