P’tit Crisse !

Hier soir pendant le rush de la fermeture des bars j’embarque un client Mont-Royal et Clark pour l’amener St-Laurent et Roy. Le genre de course que j’aime, un ptit 5-6 piasse vite fait et je reste dans le feu de l’action. Comme de fait, au coin de Roy en attendant que le mec me paye, je vois arriver deux filles et d’un signe de tête j’leur signale que ce ne sera pas long. Mais le gars niaise, fouille dans toutes ses poches, c’est long et les deux filles hèlent un autre taxi. Le type me demande si je prends la carte de crédit, comme c’est pas le cas je l’amène un peu plus haut au guichet automatique et j’attends, j’attends et j’attends encore. Le gars que j’observe s’acharne sur la machine et ça me semble clair qu’il n’en tirera pas un billet. Pendant ce temps les taxis embarquent autour de moi et je commence sérieusement à m’énerver. Le compteur roule toujours mais je me doute bien que je ne serai pas payé. Le gars revient et me dit que le guichet marche pas etc. etc. etc… J’lui demande une carte d’identité, d’assurance sociale, maladie, quelque chose en gage mais le gars me dit qu’il n’a rien alors que 10 minutes avant il me parlait de carte de crédit. Faque je sors du char, regarde le gars dans les deux yeux et j’lui dit qu’il me fait perdre mon temps, qu’il m’a fait manquer un voyage et que là il me paye ce qu’il me doit ou ça va aller mal. Il me demande si je vais le frapper? Je lui répond que ce serait la moindre des choses. C’est du bluff, chus pas méchant pour cinq cennes, mais le gars lui le sait pas, pis des fois ça marche. Le gars n’a pas l’air de me prendre trop au sérieux faque je le pogne par le collet, je prends mon élan et mon poing vient s’arrêter à deux pouces de son visage qui s’est laidement crispé. J’ai vraiment eu l’impression que le gars allait pisser dans ses culottes. Là j’lui dis : « Pense tu que j’vais cogner un mec pour 10 piasses? Décolisse de ma face ptit crisse!  » Il n’a pas demandé son reste et est parti. Pendant ce temps à la porte du guichet y’avait 3 personnes que je n’avais pas remarqué qui assistaient à l’altercation. Ils étaient tous crampés 😉 J’leur ai rendu leurs sourires et je les ai finalement eu comme clients. Une course jusqu’à NDG. On a rigolé tout le long et à la fin j’ai pas eu de trouble à me faire payer.

Ramasser des soûls

Mon travail m’expose à une panoplie d’humains se trouvant à divers degrés d’éthylisme. D’la petite pompette sortant d’un 5 à 7 jusqu’au gros moron soul comme un cochon, je ratisse large. C’est dur de juger à quoi je m’expose avant que le client soit assis dans le taxi et souvent je ramasse à mes dépends. Et deux fois plutôt qu’une. Quand un client dégobille son dernier lunch dans mon taxi, c’est rarement ce dernier qui se tape le lavage. Quelqu’un de malade dans le cab, ça arrive rarement mais quand ça arrive c’est toujours une fois de trop. J’ai toujours comme une grosse envie de me servir de la face du vomitif comme moppe mais bon… Je traîne toujours des ptits sacs au cas ou mais encore là, tout peut arriver. Un soir je m’arrête à côté d’un mec au bras bien haut. Il me dit que ma cliente s’en vient, qu’elle a un peu bu mais que ça devrait être correct vu qu’elle a déjà vomi… Ouain. La fille embarque, effectivement elle a l’air pas trop pire mais je lui tends quand même un petit « au-cas-ou ». J’ouvre la fenêtre pour faire un peu d’air et j’évite de prendre les courbes trop vite. A mi chemin je sens la fille respirer plus fort et comme de fait, elle se met à dégueuler. J’suis content de lui avoir donné un sac et encore plus d’arriver à destination. Elle me paye et sort. Gentleman j’attends qu’elle soit dans le hall de son immeuble avant de partir et comme je décolle, je file un coup d’oeil derrière pour voir si y’a pas de dégâts. Rien sur la banquette ça semble bien beau mais je remarque le sac sur le sol. Je débarque pour le jeter dehors et quand j’ouvre la portière une envie de tuer m’assaille. La garce s’est vidée entre le siège et la porte. Le truc dans lequel s’enroule la ceinture de sécurité en est plein et le sac « au-cas-ou » est vide… J’ai passé une heure à nettoyer. M’a fallu défaire la bébelle de la ceinture pour tout ôter. Vous croyez que c’est dégueulasse? Essayez d’imaginer l’odeur maintenant… Malgré un lavage assez intensif, j’ai ramené le taxi au garage. Ça puait tellement la bile, que ça aurait été honteux de faire monter quelqu’un d’autre dans la voiture. Pas trop rentable comme veillée. Ça rentre certainement pas dans la catégorie bénéfices marginaux. Ça donne même quasiment l’envie de prendre un coup. Enfin bref tout ça pour vous dire chers potentiels futurs clients, faites donc attention aux mélanges et surtout si ça arrive, visez le sac… Ok? Merci.

Peine de coeur

Le pauvre gars s’est faite crisser là par sa blonde le 24 décembre. Ça faisait 13 ans qu’ils étaient ensemble. Depuis, il prends un coup et sort dans les bars. Il cherche à l’oublier mais se réveille la nuit et la cherche encore à ses côtés. « J’veux pas te déranger avec mes problèmes » qu’il me dit mais il continue à vider son sac. C’est ma faute, j’lui ai demandé comment ça allait. Faut croire que j’ai une gueule de compatissant. « C’était la femme de ma vie! » , il ne comprends pas pourquoi. Moi j’ai ma petite idée mais je tiens ça mort. J’lui sort des lieux communs. Qu’il va en sortir grandi. Que c’est un boutte rough à passer. Mais il ne m’écoute pas. « J’voulais des enfants avec elle ! Pourquoi? Pourquoi? » Il me postillonne dans les oreilles. J’lui dit que c’est pas drôle, mais c’est surtout pathétique. « 13 ans man! 13 ans !! Qu’est-ce j’ai fait de pas correct? » Le gars est presque sur le bord de brailler pis moé j’commence à avoir hâte de le débarquer. Je suis à sec dans les kleenex et chus pas sûr que ma compassion se rende là où le gars est rendu. Mais je reste gentil, j’essaye de l’encourager. Le pauvre gars étouffe des sanglots, j’sais pu trop quoi dire. On arrive finalement à son adresse. Le gars me paye, me remercie chaudement (c’est le moins qu’on puisse dire…), on se serre la pince et il sort du taxi en titubant jusqu’à son grand lit vide… Il va probablement ressortir ce soir pour boire car il ne m’a pas laissé une maudite cenne de tip ! Mais j’lui en veux pas. On est tous plus ou moins passés par là…