Marie

1H30 dans la nuit de samedi à dimanche. La soirée n’a pas été très bonne, mais je ne désespère pas, la fermeture des bars approche et déjà je sens que le vent est en train de changer. J’attends patiemment derrière une série d’autos au coin D’Ontario et de Saint-Hubert. J’observe les fumeurs devant le Cheval Blanc. Dans les visages, je constate que les bières artisanales de l’endroit font leurs petits effets. Je souris en songeant aux fois que je m’y suis accroché les pieds. Je me dis aussi que je serais dû pour y retourner question de voir de quoi ça a l’air depuis qu’ils ont agrandi.

De l’autre côté de l’intersection, une femme avec un bras levé à mon intention me sort de ma rêverie. M’arrêtant à ses côtés, il me suffit d’un seul coup d’oeil pour savoir qu’elle n’est pas dans son état normal. Quoique la normalité dans ce secteur-ci de la ville dans le milieu de la nuit, c’est toujours bien relatif. C’est peut-être à cause de ses vêtements de cotons défraîchis, de ses yeux noirs bavant de mascara ou encore du langage de son corps, mais je sens avant même qu’elle monte à bord que cette course sera spéciale.

Le parfum bon marché qu’elle porte empeste rapidement l’habitacle et couvre à peine l’odeur de coke qu’elle exsude. C’est dur de lui donner un âge, mais son corps affiche des années d’abus. Elle me demande poliment de la conduire dans le quartier Villeray et ajoute anxieuse :

— 20 piasses, ça va tu être assez pour se rendre là?

— Inquiétez-vous pas madame, c’est en masse bon.

À la manière dont elle se tortille sur la banquette arrière, je présume que sa nervosité n’a rien à voir avec le prix de la course et comme de fait, ça ne fait pas deux minutes qu’elle est dans le taxi qu’elle me demande si elle peut emprunter mon téléphone. Je sais bien par expérience que ce n’est pas pour appeler sa mère. Je compose le numéro pour elle et lui tends l’appareil.

— Allo Beubé? C’est moé … C’est moé! … Viens me voir! … Chez nous!… Allo?… ALLO? Ah ben tabarnaque! Y’a raccroché l’estie! Veux-tu rappeler au même numéro me commande-t-elle.

Je n’apprécie pas trop le ton de sa requête, mais je m’exécute patiemment.

— Y’a fermé son téléphone l’estie d’enfant de chienne!

Je l’entends qui soupire. Je l’entends même réfléchir. Nous sommes presqu’à demi parcours lorsqu’elle me demande si je lui ferais un « deal» pour faire un détour jusqu’à Hochelaga-Maisonneuve pour revenir ensuite à sa destination première. Elle me propose 30 $. C’est une bonne course, mais je suis inquiet du temps que je devrai attendre pendant qu’elle fait ses « petites commissions » et je refuse d’emblée. Je la sens quelque peu dépassée par les événements et finalement après quelques secondes, je décide d’accepter sa requête à la condition qu’elle me donne tout de suite l’argent. Je lui demande aussi de ne pas me faire attendre plus de cinq minutes là-bas, sinon je pars. Elle accepte mes conditions, me donne 30 $ et je file vers l’Est à toute vitesse.

En prenant par les petites rues pour éviter le plus de lumières possible, ça me prend que quelques minutes pour me rendre dans le bas de « HoMa». La femme reste plutôt tranquille pendant le trajet. Elle fredonne sur la musique dont j’ai monté le volume. À destination elle me demande de l’attendre près d’une ruelle juste au nord de Sainte-Catherine. Avant de s’y engouffrer, elle me dit de ne pas en profiter pour m’en aller. Je la rassure, mais lui rappelle quand même les cinq minutes que je lui accorde.

Pendant que j’attends, j’entends un couple plus loin qui se dispute. Devant moi, un gros matou pas achalé traverse lentement la rue. J’avale ce qui me reste de café. Il est froid. Le répartiteur se fait plus pressant dans ses appels, deux heures approche, l’action va vraiment commencer. Les cinq minutes s’écoulent et la femme ne réapparaît pas. Je reste quand même bon prince et décide de lui en octroyer un autre. Même si c’est à mes dépens, je me sentirais mal de la laisser derrière.

Je la vois enfin ressortir de la ruelle et redémarre le taxi. Elle remonte à bord et je file de nouveau vers Villeray. Je n’ai pas un coin de fait, lorsque bafouille :

— Beubé? Beubé? Bé?

Pendant deux secondes, je ne réalise pas que c’est à moi qu’elle s’adresse. Je la regarde dans mon rétroviseur et lui demande ce que je peux faire pour elle.

— Allume ta lumière, chéri!

Je vois dans ses yeux et dans sa voix qu’elle n’est plus tout à fait dans le même état qu’il y a dix minutes. J’ignore ce qu’elle a pris pendant que je l’attendais, mais elle ne semble plus réagir à l’attraction terrestre. Je ne sais pas ce qu’elle cherche, mais toujours patiemment, j’allume le plafonnier et continue de clencher vers le Nord pour en finir avec cette course. C’est alors que la femme me crie par la tête :

— J’t’ai dit d’allumer ta lumière!

Je suis extrêmement patient, mais j’ai quand même mes limites. Déjà que je lui fais une faveur, il est hors de question que je me fasse crier après. Je lève ostensiblement le pied, baisse le son de la radio et lui dit :

— T’as l’air d’être quelqu’un qui respecte le monde toé!

—…

— T’arrêtes de me crier après parce que je te débarque icitte, c’est-tu assez clair?

Je déteste faire le « boss de bécosse», mais je n’ai pas non plus à accepter ce genre de comportement. Je sais bien que la femme n’est pas dans son état normal, mais je sais aussi que si je ne lui mets pas les points sur les I, son délire va continuer de s’amplifier, et c’est moi qui vais en subir les contrecoups. J’ouvre la fenêtre de mon côté et l’air froid qui entre dans le taxi accompagné de mes remontrances ont tôt fait de remettre la cliente à sa place. Je vois bien dans son regard de chien triste qu’il y a une partie d’elle qui est accroché à un réel sordide et une autre partie qui est complètement déconnectée de la réalité. Elle marmonne toute seule et finit par dire :

— J’suis folle! Est-ce que vous pensez que je suis folle?

Encore un peu frustré, j’acquiesce inaudiblement, mais ajoute plus fort que ce n’est pas à moi de le dire ou pas.

Pendant le reste du parcours, je sens bien qu’elle cherche une certaine rédemption. Je reste de glace.

— T’es fâché chéri? me demande-t-elle à quelques reprises.

Je dénote de réels regrets dans le ton de sa voix, et je finis par me décoincer un peu.

— On est tout dans le même bateau tsé? Me dit-elle pathétiquement.

— Regarde, c’est correct, je ne t’en veux pas.

Finalement, les derniers kilomètres ont été plutôt sympathiques. Juste avant d’arriver à destination, elle me dit que sa mère a accouché d’elle dans un taxi! Je suis on ne peut moins allumé par son anecdote et même la course terminée, je reste avec elle pour qu’elle finisse de me raconter l’histoire de sa naissance au coin de Parc et Van Horne. L’histoire d’une mère venant de perdre ses eaux, qui n’est pas capable de rejoindre le père et qui décide de se rendre à l’hôpital en taxi…

— C’est pour ça que j’aime les chauffeurs de taxi me dit-elle avant de sortir de l’auto.

Je lui ai tendu la main pour lui signifier que je ne lui en voulais plus et je lui ai demandé son nom. J’avais encore une fois l’impression de ne plus être avec la même femme que dix minutes plus tôt. M’offrant sa main et un sourire un peu bizarre elle m’a dit :

— J’m’appelle Marie.

Avant qu’elle ferme la porte du taxi, je lui ai souri à mon tour et je lui ai lancé :

— T’es pas folle Marie!

Et j’ai continué ma nuit.

Des blocages

C’est avec la main encore un peu meurtrie que j’ai repris la route. Ironiquement, le patron m’a loué le taxi que je j’avais le soir de l’accident. Une belle façon de conjurer le sort. J’ai retrouvé la ville dans le même état que je l’avais laissée. Des travaux, des rues barrées, des détours et encore des détours. Mais j’étais quand même content de la retrouver même si elle aussi semble un peu meurtrie.

Alors que je descends lentement vers le sud dans l’heure de désapointe, je songe que j’ai désormais entamé ma 17e année de métier. Mentalement, je tente de calculer approximativement le nombre de kilomètres que j’ai pu parcourir dans ce laps. Je me demande combien de fois j’ai fait le tour de la terre en tournant en rond sur mon île quand mon téléphone sonne. Pendant un moment, je crois que c’est l’Une qui veut réitérer son attraction. C’est plutôt ma soeur Chantal qui m’annonce l’hospitalisation de maman. Bloqué dans une congestion infernale, j’apprends qu’elle souffre d’une occlusion intestinale.

Inquiet, je tente en vain de me sortir de ce capharnaüm urbain pour aller vers l’hôpital de ville LaSalle. Je suis coincé dans ce qui deviendra la cité des spectacles. Pour l’instant, il est plutôt désolant. J’arrive difficilement à l’intersection de Sainte-Catherine et de Bleury et je suis abasourdi de voir qu’on a rasé le vieux Spectrum. Je m’y attendait, mais voir ce vide, me remplit de nostalgie.

Lentement, je me faufile et parviens à faire de peine et de misère quelques kilomètres vers l’ouest. C’est comme si une tempête de neige s’abattait sur la ville, ça n’avance pas. J’ai beau me ronger les sangs et les freins, je reste paralysé. Je réagis à peine lorsqu’un homme prend place à bord. Il veut que je le conduise au Centre Bell et je réalise que Les Canadiens jouent ce soir. Ça explique en partie ce trafic débile.
Roulant sur De Maisonneuve, je constate qu’un autre lieu mythique montréalais va passer sous le pic des démolisseurs. La disparition du Ben’s Delicatessen ajoute à ma tristesse.

Près de deux heures plus tard, j’arrive enfin au chevet de maman qui est d’une pâleur inquiétante. Ça s’est bloqué là dans son abdomen. Plus rien ne passe. Ce n’est pas la première fois que ça lui arrive, mais c’est préoccupant. Si l’obstruction persiste, va falloir qu’elle subisse une chirurgie. Rien de bien grave pour certains, mais quand t’as perdu ton père suite à une opération de routine qui a mal tourné, les raisons d’être anxieux se précisent. Malgré le soutien et les encouragements, les regards sont lourds de sens et pas besoin d’être pendant la semaine de l’Halloween pour avoir la peur au ventre.

Les heures sur la route furent longues cette semaine. Heureusement, quelques heures avant l’inexorable, les intestins de maman se sont débloqués.

Les rues de la ville quant à elles…

La vieille malcommode

C’est vendredi soir et les magasins viennent de fermer. La circulation est dense et on fait ce qu’on peut pour éviter les bouchons. Je fais monter cette dame sur la rue Peel, devant un restaurant. Une amie bien intentionnée l’aide à monter dans le taxi, en me demandant d’en prendre soin. A vue de nez, la septuagénaire à un petit coup dans le sien, mais ce n’ rien comparé aux piliers de bars que je vais me taper plus tard dans la nuit.

Vu l’âge vénérable de ma passagère, j’essaie de ne pas trop faire le «cowboy» pendant le trajet. Elle veut aller dans le quartier Rosemont, et l’itinéraire idéal à partir de l’endroit où l’on se trouve est sans conteste celui qui monte directement vers le nord: Peel, Docteur Penfield, du Parc et Van Horne qui devient Rosemont après Saint-Denis. Tout en roulant, j’y vais de quelques politesses d’usage sur sa soirée et sur le temps qu’il fait. Plus ça va, moins la dame répond à mon
soliloque. Dans le rétroviseur, je la vois cogner des clous et, comme je ne veux surtout pas qu’elle s’endorme, je freine un peu abruptement au feu qui croise l’avenue du Parc et Duluth. La vieille relève la tête et dit, assez agressivement:

– C’est pas le chemin que je prends d’habitude!

– Inquiétez-vous pas, Madame, j’essaie juste d’éviter le trafic! On va se rendre à bon port, vous allez voir, ça va bien aller!

Mais au lieu de la rassurer, ma réplique a plutôt l’effet de la contrarier encore plus.

– Voulez-vous ben me dire où c’est qu’on est là? C’est pas le chemin que je prends d’habitude!

– Madame, on est sur l’avenue du Parc, on monte vers…

– C’est pas le chemin que je prends d’habitude!, répéte-t-elle en haussant le ton.

– Quel chemin vous prenez d’habitude, ma bonne dame?

– J’le sais pas, mais c’est pas le même chemin que d’habitude!

– Pis qu’est-ce qui vous dit que ce chemin-là sera pas plus vite que celui que vous prenez habituellement?

– Non, c’est pas par icitte pantoute que je passe d’habitude! Vous essayez de me perdre! D’habitude, j’passe jamais par icitte!

Plus j’essaie d’être calme et poli avec la dame, plus elle se rebiffe. Je tente patiemment de lui expliquer l’itinéraire, le temps que ça va prendre avant d’arriver, mais rien n’y fait. Elle est convaincue que j’essaie de l’arnaquer. Grâce aux bons soins de certains chauffeurs aimant étirer leurs courses, la méfiance des gens à notre égard est omniprésente. Il faut souvent justifier tel ou tel itinéraire et, s parfois certains clients sont tellement convaincu qu’on essaie de les «avoir», qu’ils nous font prendre des trajets beaucoup plus longs que ceux qu’on aurait pris. On a l’habitude de ces présomptions et, à force, on s’habitue, même si ça ne fait pas toujours des courses chaleureuses. Pourtant, dans ce cas-ci, la vieille est soit de très mauvaise foi, soit un peu perdue à cause de l’alcool.

– Vous allez me débarquer icitte! Pis ça presse!

– Voyons donc, Madame! On arrive presque à Van Horne, vous avez déjà
plus de la moitié de fait!

– J’veux débarquer, bon!

À ce point-ci, ça me démange pas mal de tasser le taxi pis de la foutre dehors. Cette femme est l’archétype de la vieille malcommode qui doit faire chier pas mal de monde dans son entourage. Pourtant, j’ai quand même le sentiment que l’alcool fausse les données. Comme la diplomatie
ne semble pas être son fort, je décide donc d’adopter son ton.

– Eille! Ça fera, les enfantillages! Calmez-vous, là! Madame. Votre amie m’a demandé de vous amener chez vous, pis c’est ça que je vais faire. Ça fini là!

– Ben si vous pensez que vous allez me parler sur ce ton-là!

– J’vous parle sur le même ton que vous! On essaie d’être gentil pis de faire sa job comme du monde, pis on finit par se faire engueuler!

– Si vous pensez que ça va se passer de même! Vous avez pas fini avec moi! Vous allez avoir de mes nouvelles, j’vous en passe un papier!

– C’est ça, Madame. C’est ça!

Elle continue de s’énerver et de m’invectiver. J’endure en l’ignorant et en appuyant un peu plus sur le champignon. Sur le viaduc Van Horne, je me fais une belle image mentale de ce que ce serait si je la mettais dehors, juste ici. Je ris dans ma barbe, et ça m’aide à poursuivre cette course avec cette mégère qui continue de gueuler.

Alors que je me rapproche de son adresse, elle baisse peu à peu le ton, mais elle reste tout de même de mauvaise foi.

– Si vous pensez que j’vais payer pour ça!

– …

– Ça me coûte jamais plus que dix piasses.

– …

– En tout cas, vous allez avoir de mes nouvelles!

– Tant qu’à vous répéter, redonnez-moi donc votre numéro de porte.

– P’tit maudit baveux!

– On est arrivés, Madame. Ça fait quatorze dollars et cinquante. S’il vous plaît.

– Ça me coûte jamais plus que dix piasses.

– Arrêtez de radotez, Madame, pis payez moi.

À ce moment-là, je pense que si elle avait pu, elle m’aurait sauté au visage. Je m’en veux un peu d’avoir à jouer au dur avec cette pauvre vieille, mais elle ne m’en donne pas tellement le choix. Au moins, elle est rendue devant sa porte, et ma conscience est tranquille. Sauf que je ne suis pas au bout de ma peine. Elle ne veut pas me payer plus que dix dollars et elle refuse de me donner son billet de vingt.

– On y passera pas la nuit, là, Madame! J’vous ai amenée à votre adresse, vous me payez! Y’a rien de compliqué là-dedans!

– Vous allez entendre parler de moi!

– Ben oui, ben oui. Payez-moi, astheure!

– Non!

Là, mes réserves de patience commencent sérieusement à s’amenuiser. J’ai une grosse envie de sortir du taxi pis de la sortir à coups de pied au cul. Je tente alors un dernier coup de bluff. Je réembraye le taxi et me mets à avancer.

– OK, Madame! Vous l’aurez voulu! On s’en va au poste! On va aller régler ça là-bas! Pis je vous le dis tout de suite, je laisse mon compteur rouler. Ça va faire, le niaisage!

Évidemment, j’ai autant envie d’aller au poste de police que de me faire arracher une dent, mais je n’ai plus d’autre recours. Heureusement, comme je l’espérais, la vieille me demande d’arrêter le taxi illico. Je tends la main et elle y met le billet de vingt dollars. Je lui rends sa monnaie et j’attends qu’elle sorte. Je me rends alors compte que je ne suis pas parti de là si je ne l’aide pas un peu. Avec ce qu’elle vient de me faire endurer, je suis loin d’en avoir l’envie, mais bon, je reste professionnel jusqu’au bout. J’arrête le taxi, en sors et en fais le tour pour aller lui prêter un bras de secours. Je la sens toujours revêche, mais au moins, elle a cessé de maugréer. Je
l’aide à se mettre sur pattes et à marcher jusqu’au trottoir qui mène au pied de sa porte, où je la laisse, en lui demandant si ça va aller à partir de là. Elle me regarde alors et me dit:

– Vous allez avoir de mes nouvelles!

– Ça m’a fait plaisir, Madame. Bonne soirée, là!

Elle s’est tournée vers son logis en continuant de chialer à mon endroit. J’ai regagné mon taxi en m’assurant qu’elle soit bien entrée, puis je suis passé au cas suivant.

Un autre extrait inédit tiré du tome Un. De retour aux activités normales bientôt…

Pas-Appâts

J’apprête et j’appâte des mots que je lance au bout de lignes qui manquent de mordant. Je reste patient et réessaye en modifiant mon tir, en variant mes amorces, mais rien n’y fait, je reste sur ma faim.

De ma fenêtre, je regarde les feuilles emportées par le vent. J’envie ce souffle, m’habille et sors m’y confondre.

Je marche à pas de tortue en profitant des feux rouges pour regarder des arbres de moins en moins verts. Devant ces successions de tableaux jaune-orange, je me laisse envahir involontairement par les blues de l’automne. Je vogue sur un vague vague à l’âme.

J’y pense pas à pas.
Ça ne me fait ni chaud, ni froid.
J’opte tempéré.

Soudainement dans mes rêveries saturées de rumeurs urbaines, un klaxon.

Un taxi.

J’y pensais justement même plus.

Rebroussant chemin en compagnie d’un trou blanc transcendant, j’ai songé à l’Une et suis revenu sur mes appâts.

De l’autre côté de la fenêtre.

Montreal Taxi Blog

Fouillez-moi pourquoi, j’ignorais jusqu’à ce jour l’existence de ce blogue. Faut croire qu’à force d’avoir le nez collé sur sa petite affaire on en vient à manquer de ce qu’il faut de recul pour voir ce qui se passe tout à côté de nous. Je viens de passer une couple d’heures à en faire le tour et j’ai bien l’intention de continuer à aller y promener mon regard de temps en temps.

En plus d’y trouver des outils pratico-pratiques comme le calcul du prix d’une course, le site est une mine de renseignements sur l’industrie et sur son actualité. J’ai été fasciné par ces billets sur le joyeux monde du taxi dans le bon vieux temps. Comme ce portrait de Paul Aquin (le bon dieu en taxi) ou encore celle de Joe Vaillancourt qui au volant de sa Fury 1963 a battu le record canadien de kilométrage.

Je vous invite à aller y faire un tour. En ce qui me concerne, j’ai adoré ma ballade.

Putain de route

J’ai bien aimé cette journée de dimanche au Café-Blogs. Même si je préfère de loin exprimer mes mots par l’écrit, je dois avouer que l’expression orale leur donne une toute autre dimension. À la fin de l’événement, on a demandé aux participants de souligner le 24e Festival international de la poésie de Trois-Rivières et de soumettre un poème sur notre blogue.

Je vous offre donc ce poème publié dans le premier tome d’Un Taxi la Nuit et je retourne à mes inédits…

Putain de route

L’épaule de douleur irradie et la main arthritique
L’humidité est à ronger j’suis pogné dans l’trafic
Ça fait une heure que je tourne en rond toujours pas d’passager
Cette nuit dans les rues de Montréal les chauffeurs vont speeder
La course au client trop peu pour moi ce soir
Je m’arrête sur un poste et entame un polar
Pas le temps de lire une page on appelle le poste où je suis
Au coin de Des Seigneurs-Saint-Jacques dans Little-Burgundy
Je reconnais l’adresse qu’on me donne une prostituée d’la rue Vinet
J’confirme l’appel repose le livre démarre le char et puis j’y vais

C’est une mytho un peu pas mal fendante
Qui semble jamais me reconnaitre
Elle raconte des histoires abracadabrantes
Un truc à elle pour ne pas me payer
Me sort toujours une quelconque salade
C’est clair cette femme est une malade
Avant hier elle travaillait dans la police
Ce soir c’est à cause de son fils
A déjà chauffé une mustang
A été chef de gang
C’est une agente undercover
Direction un bar rue Atwater

Va se trouver quelqu’un et boire à l’œil toute la nuit
En échange de son cul tout ça n’est pas gratuit
J’vais l’embarquer encore la semaine prochaine
Comme d’habitude elle ne me reconnaîtra pas
Faut bien l’admettre c’est une grande tragédienne
Sa vie de turpitudes j’en fais plus grand cas

Dans le fond cette histoire est morose et sent le rance
Pas que je juge la fille non ce qui me mets en sacrement
C’est qu’elle c’est pour sa dose et moi pour de l’essence
Qu’on se tape ce putain de métier où passent les clients

Les nuits de Montréal

Pas que je sois particulièrement photogénique, mais j’aime bien ce portrait qu’on a fait de moi sur le site de Sympatico. Je me suis en effet confié à la journaliste Annie Brière. Une rencontre vraiment intéressante, un entretien qui m’en a aussi appris sur moi…

J’espère que cette entrevue vous plaira et qu’elle compensera pour mon manque d’assiduité ces derniers temps…

Vous ne perdez rien pour attendre !