Des blocages

C’est avec la main encore un peu meurtrie que j’ai repris la route. Ironiquement, le patron m’a loué le taxi que je j’avais le soir de l’accident. Une belle façon de conjurer le sort. J’ai retrouvé la ville dans le même état que je l’avais laissée. Des travaux, des rues barrées, des détours et encore des détours. Mais j’étais quand même content de la retrouver même si elle aussi semble un peu meurtrie.

Alors que je descends lentement vers le sud dans l’heure de désapointe, je songe que j’ai désormais entamé ma 17e année de métier. Mentalement, je tente de calculer approximativement le nombre de kilomètres que j’ai pu parcourir dans ce laps. Je me demande combien de fois j’ai fait le tour de la terre en tournant en rond sur mon île quand mon téléphone sonne. Pendant un moment, je crois que c’est l’Une qui veut réitérer son attraction. C’est plutôt ma soeur Chantal qui m’annonce l’hospitalisation de maman. Bloqué dans une congestion infernale, j’apprends qu’elle souffre d’une occlusion intestinale.

Inquiet, je tente en vain de me sortir de ce capharnaüm urbain pour aller vers l’hôpital de ville LaSalle. Je suis coincé dans ce qui deviendra la cité des spectacles. Pour l’instant, il est plutôt désolant. J’arrive difficilement à l’intersection de Sainte-Catherine et de Bleury et je suis abasourdi de voir qu’on a rasé le vieux Spectrum. Je m’y attendait, mais voir ce vide, me remplit de nostalgie.

Lentement, je me faufile et parviens à faire de peine et de misère quelques kilomètres vers l’ouest. C’est comme si une tempête de neige s’abattait sur la ville, ça n’avance pas. J’ai beau me ronger les sangs et les freins, je reste paralysé. Je réagis à peine lorsqu’un homme prend place à bord. Il veut que je le conduise au Centre Bell et je réalise que Les Canadiens jouent ce soir. Ça explique en partie ce trafic débile.
Roulant sur De Maisonneuve, je constate qu’un autre lieu mythique montréalais va passer sous le pic des démolisseurs. La disparition du Ben’s Delicatessen ajoute à ma tristesse.

Près de deux heures plus tard, j’arrive enfin au chevet de maman qui est d’une pâleur inquiétante. Ça s’est bloqué là dans son abdomen. Plus rien ne passe. Ce n’est pas la première fois que ça lui arrive, mais c’est préoccupant. Si l’obstruction persiste, va falloir qu’elle subisse une chirurgie. Rien de bien grave pour certains, mais quand t’as perdu ton père suite à une opération de routine qui a mal tourné, les raisons d’être anxieux se précisent. Malgré le soutien et les encouragements, les regards sont lourds de sens et pas besoin d’être pendant la semaine de l’Halloween pour avoir la peur au ventre.

Les heures sur la route furent longues cette semaine. Heureusement, quelques heures avant l’inexorable, les intestins de maman se sont débloqués.

Les rues de la ville quant à elles…

Publicités

8 réflexions sur “Des blocages

  1. Heureusement, ta maman s’en tire bien, encore une fois. Les mamans savent mieux gérer la circulation que les urbanistes ou les policiers des villes. Aucune opération ne pourra jamais débloquer les rues constipées de Montréal. C’est sans espoir. Guylaine R.

  2. Je commence à peine à vous lire M.Léon et déjà je suis sous le charme…Mon frère a fait une occlusion du même type en août dernier et a eu complications sur complications alors contente pour votre mère que ça se termine ainsi…

  3. Merci fiston, pas étonnant que mes intestins soient débloqué. Ici au Québec nous sommes solidaire et surement que vous avez penser qu’un jour j’y arriverai. Merci pour votre réconfort. J’apprécie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s