Bonne fête CIBL


Hier soir au belvédère du centre des sciences, tout au bout de la rue St-Laurent, on fêtait le 25e anniversaire de la station de radio communautaire CIBL. Entre 1988 et 1996 j’y ai produit et co-animé un émission de rock alternatif franco qui s’appelait : Y’a de la Joie dans le Ghetto. Ça se passait avec la grosse bière sur la console, c’était sale, méchant et souvent bête. Mais au delà du trip d’ados attardés que nous étions, l’émission se voulait une super plate-forme pour passer les messages sociaux et politiques des bands que nous faisions tourner. Ça portait bien son nom (qu’on avait piqué sur une toune des premiers Renaud) et ce fut toute une époque.

Pourtant je n’était pas chaud à l’idée d’aller faire mon tour pour les célébrations. A priori, je ne suis pas très friand des bain de foule et encore moins de ce genre de soirées que l’on passe à répéter à l’un et à l’autre le même résumé « fashion » de ce qu’est devenu ta petite personne. Les sourires forcés, le « P-R » et me taper tout ce cirque sans pouvoir boire une goutte parce que mon taxi m’attends… Trop peu pour moi. Je ne dois pas avoir ce certain gène du bien se comporter en société. À moins qu’en société je me comporte avec une certaine gêne? Hum… J’vais y penser.

Toujours est-il (comprends-tu 😉 que je suis là à rouler dans Montréal branché sur le 101,5 et j’écoute les invités qui se succèdent venir raconter leurs souvenirs, leurs anecdotes et monte en moi une espèce de nostalgie dont je n’ai pas l’habitude. Mon taxi est payé, ne serait-ce que par acquis de conscience, je décide d’aller faire mon tour à la fête. Je parque le cab sur le poste en bas de la Commune en espérant ne pas prendre de tickets et je me rends jusqu’aux portes de la salle qui est bondée. Il y a aussi beaucoup de monde à l’extérieur et tout à coup l’envie de pénétrer dans ce souk disparaît tout aussi vite qu’elle m’était venue. Je m’installe donc en retrait et observe cette faune dans laquelle je ne reconnais personne, du moins personnellement. Comme j’ai eu l’idée de m’apporter un café, je me dis que je vais le finir tranquilos et que je vais retourner ensuite dans ma carapace de métal.

C’est alors qu’arrive mon bon vieux chum Siris. Un artiste et un dessinateur de BD que j’ai justement connu dans cette glorieuse période où je faisais de la radio. En parallèle, on publiait des fanzines et Siris dessinait des bulles pendant que moi je partais sur des « ballounes » 😉 C’est un des rares amis de cette épique époque que je vois régulièrement. C’est vraiment drôle car je ne bronche pas alors qu’il arrive à ma hauteur, il me regarde distraitement et passe tout droit…

– « Eille chose ! « 

– « Léongue ! Ma poule ! Faut que j’aille prendre mon bus !  » Il reste à St-Jean sur Richelieu ce zigue ! 😉

– « J’vais aller te reconduire au terminus vieux, laisse moi finir mon café ».

Alors qu’on jase de choses et d’autres arrive un autre vieux pote avec qui j’en ai reviré quelques-unes. Patrick Baillargeon qui est maintenant au ICI entre autres choses et qui à l’époque animait sur CKUT l’émission « Comme un Boomerang ». C’était un peu mon maître à penser mais surtout un super bon gars avec lequel j’ai toujours eu des bonnes « vibes ». La dernière fois que je l’avais vu, c’était par hasard, je l’avais eu comme client. Comme je ne vais pu voir trop de « shows », ça devait faire une couple d’années qu’on s’était pas jasé.

– « Putain Léon ! Ça fait une paye! « 

– « Hey ! Pat de Bratte ! Comment ça va la vie ? « 

C’est comme si on s’était vu la veille… Avant que je parte reconduire Siris on a eu le temps de s’échanger quelques souvenirs et quelques anecdotes. Eminemment sympa… Ma conscience pouvait partir en paix.

Mais le plus beau de l’histoire, c’est qu’après être allé reconduire mon bon Siris au terminus, je suis retourné au centre des sciences et j’ai passé le reste de ma nuit à reconduire des gens qui quittaient la fête. Ils m’ont tous fait un topo de ce que fut la soirée, j’ai partagé avec eux moult souvenirs de la station sans sourire forcé, sans bain de foule, et sans gêne.

Somme toute, une sacrée belle soirée et une sacrée belle histoire à raconter…

Bonne fête CIBL ! Et longue vie ! Question que je me tape les noces d’or ! 😉

L’ Ère du Cellulaire (la suite)

Je me suis réveillé en catastrophe et c’est sans déjeuner que je pars chercher mon taxi. Je n’ai qu’une seule idée en tête, revenir à l’appart’ me faire un café très fort et bouffer quelques trucs avant d’entamer ma nuit. Sur la route qui m’y ramène je passe devant le poste de la Place d’Armes et constate qu’il n’y a pas de taxi. C’est surprenant pour l’heure car c’est un des postes les plus occupés quand les bureaux ferment. Je décide de retarder mon café car je sais que j’y niaiserai pas longtemps.

Après un gros 5 minutes d’attente, un confrère arrête à ma hauteur et débarque une femme qui monte dans mon véhicule.

–  » J’espère que vous allez sur la rive-sud?  » Me demande-t-elle.

–  » Bien sûr pas de problème. »

–  » Prenez le pont Victoria s’il vous plaît. »

Ça ne me plais pas vraiment et je comprends l’autre chauffeur d’avoir refusé la course. Ce n’est pas que ce soit un mauvais voyage en soit, c’est juste qu’à cette heure de la journée, le pont Victoria n’est ouvert que dans une direction. Ça implique un long détour sur la rive-sud pour revenir par l’un des autres ponts. Mais bon, je fais contre mauvaise fortune bon coeur. Comme on dit, ça fait partie de la « game ».

J’ai pas 500 mètres de fait que ma cliente est déjà au téléphone. Ça adonne bien car je ne suis pas trop réveillé et je peux continuer de bailler dans ma barbe pas faite. Je fais passer le son sur les haut-parleurs de devant et écoute d’une oreille la conversation de ma passagère qui parle à son chum et de l’autre les infos qui m’apprennent qu’un chauffeur de taxi de Gatineau à tué sa femme et sa belle mère avant de se pendre.

À l’heure qu’il est, y’a pas mal de trafic à l’approche du pont mais le compteur roule, il fait beau, je regarde les nuages et note mentalement des idées de photos.
Ma cliente en est déjà à son troisième appel, la radio parle d’un incendie à Istanbul, je pense à ce que je mangerais bien pour déjeuner, Yves Desautels m’apprends rien en disant que ça roule au ralenti. Un peu pas mal comme dans ma tête. Sur le pont je m’engage sur la voie de gauche et lève le pied pour voir tranquillement le fleuve couler. Je passe rarement de ce côté. Un point de vue vraiment unique, j’apprécie le moment.

Arrivé de l’autre côté je demande à ma cliente de m’indiquer où elle veut que je la dépose et notre conversation va se limiter à ça. On s’arrête dans le parking d’un garage et elle me remplit un coupon-taxi qu’elle me tends avant de débarquer. Avant de reprendre la route en direction du Pont Jacques-Cartier, je jette un coup d’oeil au coupon et me mets à rire. On devait être dû pour ne pas se parler, c’était signé N. Collard !!

(…)

Entre Pots

Entre pots d’échappement et pots de peinture, il n’émanera pas grand chose de votre hôte aujourd’hui.
Je manque de repos, je suis à fleur de peau, presqu’au bout du rouleau. Presque… Me reste une couche 😉
En attendant que l’autre finisse de sécher, je viens vous apporter de bien belles couleurs pour votre journée.

Vous avez en tête de vous lancer dans des travaux de peinture prochainement ? Vous voulez changer votre environnement sans lui nuire? Je viens (par coloc interposée) de découvrir les peintures recyclées Boomerang. J’ai été agréablement surpris par leurs qualités. Aussi bonnes que des marques qui se vendent au double voire au triple du prix. Le choix des couleurs est un peu limité, mais c’est miser sur l’écologie tout en économisant. Cybole je devrais leur faire une campagne de publicité. Un client satisfait a dit : Les peintures Boomerang ! Vous n’en reviendrez pas ! 😉

Autre plogue gratos : Allez faire un tour sur Videnoche le site de mon filleul Boris. Avec ses chums il tourne des petits films rigolos sur lesquels vous pouvez voter. Vous lui direz allo de ma part et vous lui direz de faire attention à ses fautes d’orthographe… Moi il ne m’écoute plus 😉

Bon je retourne à mes pinceaux.

Ah! Comme la pluie a plu !

Sans vouloir verser dans l’ironie, je me mouille : Moi la pluie me plaît !

Je sais, je sais, autant de flotte c’est dégoûtant ! Mais pour un chauffeur de taxi ce sale temps apporte de l’eau au moulin. Ça m’aide à éponger mes dépenses, à remplir mon réservoir et à la fin du mois, je me sens moins à sec.

N’allez pas croire que je suis imperméable à vos larmes concernant ce temps de canard. Mais je suis de cette trempe d’homme qui aime la pluie. Ça change de ces trop belles soirées où les clients se succèdent au compte-goutte.

Bon je cesse de vous inonder avec mes débordements de moite satisfaction. J’arrête de vous asperger avec mes vannes.
De toutes façons, j’ai une douche à prendre et ensuite je vais ramer jusqu’à mon lit qui de-mande pas mieux.

L’ Ère du Cellulaire

Un lecteur m’a envoyé un article paru dans la Presse la semaine dernière dans lequel Nathalie Collard se désole du fait que les chauffeurs de taxi d’aujourd’hui parlent plus au téléphone qu’à leurs passagers. Les conversations à bâtons rompus, le Montréal commenté, les observations météorologiques, les confidences diverses dont les chauffeurs meublaient leurs courses ont disparus au profit du cellulaire. La journaliste ajoute que pour avoir du vécu de taximan il faut maintenant passer par les blogues et me fait au passage une petite plogue. 😉

Pourtant l’utilisation du téléphone cellulaire n’est pas l’apanage des chauffeurs de taxi. Faut pas se promener longtemps sur Ste-Catherine pour constater le nombre impressionnant de monde qui ont l’oreille vissée à leur appareil. C’est un fait de société qui se répercute partout dans les rues et dans les véhicules qui roulent dessus. La journaliste a beau s’attrister de ne pas trouver d’interlocuteur lorsqu’elle grimpe à l’intérieur d’un taxi, je peux lui dire que plusieurs fois par nuit, mes conversations avec mes clients sont interrompues par un appel impromptu. Comme quoi ça va des deux bords.

Ça me rappelle un soir, j’ai 4 hommes comme clients qui s’en vont sur St-Laurent dans le secteurs des bars chics. Sonne alors le téléphone d’un d’eux, l’autre en profite pour passer un appel, le téléphone du suivant sonne et ça prends pas une minute pour que celui du quatrième sonne aussi. C’est presque surréaliste, mes quatre clients parlent en même temps mais à aucun d’eux ! Et comme si la situation n’était pas encore assez cacophonique, mon téléphone s’est mis à vibrer… Je me souviens encore du regard ahuri d’un automobiliste arrêté à mes côtés sur une lumière. Assez cocasse merci.

Mais bon, je comprends les doléances de la journaliste. C’est pas des plus intéressant de devoir se farcir un chauffeur qui discute à une tierce personne. En ce qui me concerne j’abrège mes conversations au téléphone quand je fais monter un passager. C’est juste une question de respect. Par contre je ne suis pas d’accord avec elle quand elle préconise l’interdiction du cellulaire (qu’elle semble vouloir limiter qu’aux chauffeurs de taxi ?! ) . Aujourd’hui beaucoup de clients font affaire directement avec un chauffeur avec lequel ils se sentent à l’aise. C’est aussi une question de rejoindre ses proches, de rejoindre une remorqueuse en cas de besoin, ou encore le 911. Pour une question de sécurité au volant, je serais d’accord avec le port obligatoire du casque (head-set) mais l’interdiction du cellulaire? Je n’y crois pas. On peut quand même en parler…

L’Amer

L’homme s’est affaissé sur le siège arrière en lâchant un soupir qui en disait long sur la soirée qu’il venait de connaître.
Il m’a dit où il voulait aller, m’a demandé s’il pouvait fumer et a pris une grande bouffée de nicotine salvatrice. Il n’en fallait pas plus pour qu’il se détende enfin. Il portait sur lui l’odeur des heures passées dans une cuisine. Un mélange de bouffe et de sueur.

Je capte son regard dans le rétroviseur et dis :

–  » Une autre de faite? « 

–  » Mets-en… J’viens de faire un double, j’suis crevé. Puis demain j’ai un autre double, je dois être fou ! « 

–  » Tu veux ! Qu’est-ce tu va faire avec tout ce cash? « 

–  » Ah si tu savais ! « 

J’ai pas eu à y tordre le bras pour lui faire sortir le trop plein. Des fois la vie force les débordements. Il m’a parlé de ses fillettes, de son divorce, de la vie de débile qu’il doit se taper pour payer la pension alimentaire. M’a exprimé la haine qu’il éprouvait à l’égard de son ex. Dérangeant…

– « Tu vas quand même pas aller grimper dans un pont toujours?  » J’ai ajouté pour alléger un peu l’ambiance.

Il s’est allumé une autre cigarette et m’a dit qu’il y pensait des fois. Il a continué à verser son venin sur le système. Mais revenant encore avec hargne dans son dégoût envers la mère des ses enfants. Un discours fielleux, empli de violence, pas de ceux qu’on aime entendre. En même temps, le fait qu’il verbalise cette haine, qu’il sorte le méchant en fin de compte, je crois que ça ne pouvait pas faire de tort.

–  » Elles ont quel âge tes p’tites ? Comment elles s’appellent? « 

Là le discours de l’homme s’est fait tout autre. Il m’a parlé avec affection des ses fillettes de deux et quatre ans. De comment elles étaient tout pour lui. De l’amour inconditionnel qu’il recevait d’elles. C’est comme si je venais de changer de client. Pas le même gars pentoute !

–  » C’est juste platte que leur mère soit folle !  » Ajouta-t-il en arrivant devant chez lui.

–  » C’est jamais simple ces histoires là… Tu sais des fois faut serrer les dents, être patient pis attendre que le temps fasse la job. Dans quelques années tes filles vont être reconnaissantes de ce que tu fais pour elles… « 

–  » Je le sais bien. C’est juste que c’est la fête des mères en fin de semaine pis j’pourrai pas les voir… Ça me frustre! « 

–  » Ça paraît presque pas !  »

J’ai réussi à le faire rire un peu. J’ai senti que ça lui avait fait du bien d’en parler. Des fois ça peut aider.

–  » Vas pas grimper dans le pont là !  » Je lui ai lancé par la vitre de l’auto. Il m’a salué de la main.

J’ai continué ma nuit en me demandant ce que j’offrirais bien à maman demain.

Au coeur de la ville

J’ai mis mes pinceaux et mes rouleaux dans le congélateur et je suis retourné à mes nids-de-poule. Ça a beau être zen la peinture là, mais y’a toujours ben des limites à inhaler de ce produit la tête dans les armoires de cuisine. Je suis loin d’avoir fini mais je n’ai plus le coeur à ça et ma coloc hésite sur les couleurs faque je la laisse méditer la-dessus et je reprends la route.

Sur le chemin entre le métro et le garage, j’ai rempli mes petits yeux de ce magnifique vert tendre qui est apparu pendant cette semaine que j’ai passé dans le blanc et c’est presque guilleret que je suis arrivé au garage où mon boss m’attendait avec son air bête habituel. En fait il fait surtout la gueule parce que des semaines off, il ne peut pas s’en permettre. Il a beau être plein aux as avec ses trente permis de taxis, il ne peut s’éloigner du garage sans capoter. Tellement control-freak qu’il en vient à ne plus avoir de vie. Chacun ses choix.

J’ai l’impression que je n’ai pas fini de me taper les états d’âmes de mon boss car j’ai bien l’intention de m’en prendre plus régulièrement des semaines de relâche. Avec le beau temps qui revient, je ne vois pas pourquoi je me ferais chier dans une ville qui se transforme en gros parking. Festivals, ventes trottoirs, travaux ou juste un hostie de moron grimpé au dessus d’un pont (…) , suffit pas de grand chose pour que Montréal se transforme en bouchon. Hier la ville aurait eu besoin d’un « pontage » pour débloquer ses artères…

N’empêche que ça m’étonne toujours un peu de constater que je suis encore après toutes ces années amoureux de ma job. L’heure de pointe d’hier a duré jusqu’à 8 heures, les clients se sont faits rares et les bonnes courses idem. Mais j’étais tout de même content de renouer avec ma ville et d’en tâter le pouls.

Pause pinceaux

Mes murs étaient mûrs pour un coup de peinture.

Je laisse le découpage à ma nouvelle coloc Stéphanie et comme de raison c’est moi qui roule… Y’a des choses qui ne changent pas 😉

Je donc parqué le taxi pour quelques jours et je vous reviens bientôt avec de nouvelles couleurs et de nouvelles histoires nocturnes.

Bizarre cette idée de mettre de l’apprêt, avant !