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Course pissante
Je ne sais pas à quelle heure de quel jour il avait commencé son week-end de la St-Patrick mais à l’haleine je dirais l’année passée. J’ignore aussi pourquoi j’ai arrêté mon taxi à côté du poteau après lequel il se tenait. J’imagine que quand le trois quart de ta clientèle pète la baloune, un de plus, un de moins… Mais lui c’était plus le genre à te péter une montgolfière. J’ai cru comprendre à travers les miasmes émanants de sa gueule qu’il s’en allait à Pointe St-Charles. Ouf ! Pas trop loin.
C’est toujours délicat ce genre de course. Tu veux faire le plus vite possible mais en même temps faut éviter que ça brasse question de ne pas envoyer un faux message à un estomac abusé. J’imagine que j’y suis allé un peu trop délicatement parce que le mec s’est mis à m’engueuler.
J’ai bien décodé qu’il voulait que j’aille plus vite mais il aurait parlé serbo-croate que je n’aurais pas plus compris sur quelle maudite rue il voulait aller.
Rendu à la Pointe, je ne sais toujours pas où il veut aller exactement. J’lui demande si c’est la rue Centre? Charlevoix? Wellington? Le gars est dans un autre monde où le ciel doit être certainement vert bouteille. J’ai beau être le plus diplomate possible, je me rends compte que je suis parti pour perdre pas mal de temps avec ce joyeux lutin. C’est alors qu’il me demande d’arrêter l’auto. Enfin ! Je me range et arrête le compteur. Mais le mec lui est déjà sorti du taxi, la fly baissée en train de tirer une pisse au coin de Ropery et Centre. Le gars se retourne et lève un doigt en l’air comme pour me dire une minute je reviens. Mais il est tellement soûl qu’en se retournant il perd l’équilibre, manque de piquer en pleine face et ce tout en continuant de pisser ! Le pauvre gars s’en met partout et il n’est pas au bout de sa peine car je suis parti avant qu’il ait le temps de se la secouer. Dans mon rétroviseur j’ai vu le gars s’agripper à un autre poteau attendant probablement son prochain taxi…
Oreilles sensibles s’abstenir
Dans la nuit du jeudi à partir de minuit et demi y’a une émission sur CKUT que j’adore. Ça s’appelle : Pure Pop for Twisted People. Ça brasse autant qu’un taxi dans les rues de Montréal. Ça va aussi dans toutes les directions. Ça passe d’un bon vieux standard de jazz à du post-industriel, d’une toune country à une autre hardcore, d’un truc lounge bien relax à du vrai bon vieux punk des années 70. Assez éclectique merci. L’animateur Slight Daddy G a tout du gars pas achalé. À chaque semaine je me demande qu’est-ce qu’il va bien nous sortir cette fois-ci. Assez tripatif merci comme dirait un autre de mes animateurs de prédilection.
Le seul problème avec Pure Pop c’est que c’est pas trop grand public. Faut souvent que je change de station quand je fait monter des clients que je sais que ça dérangerait. Mais parfois je le laisse sur le 90,3 en tchèquant leurs réactions pour voir si ça passe. Quand je vois que c’est le cas, je monte le son puis ça roule Raoul, envouwèye dans l’tapis mon Henri, à fond mon Léon… ;-))
Pour ceux qui n’ont pas peur de sortir des sentiers battus et/ou qui dorment la nuit, je viens de découvrir que l’émission est disponible en ballado-diffusion. Attention aux tympans 😉
Parlons de température
Pendant ma semaine, je dois me taper des heures de conversation sur la température. C’est drôle car lorsqu’on en parle à la radio, on dirait que ça me rentre par une oreille et que ça me sort par l’autre. J’dois pas avoir le gène du bulletin météo 😉 Par contre si un client me dit qu’on annonce de la neige pour la semaine prochaine, c’est suffisant pour que je passe l’information au reste de ma clientèle de la veillée.
Parler du temps qui fait est avant tout une civilité polie, une entrée en matière pour parler du temps qui passe, un échange de bons procédés. Pourtant les conversations sur le climat prennent de plus en plus un ton inquiétant. On vient d’avoir l’hiver le plus chaud depuis qu’on enregistre des données. Les dérèglements causés par le réchauffement global se font sentir de plus en plus. C’est facile de blâmer nos voisins du sud et son gouvernement qui refuse de signer les accords de Kyoto, de blâmer les grands pollueurs ou encore de regarder de travers le mec au volant de son Hummer. Mais quoi qu’on en pense ou qu’on en dise, que ce soit dans nos habitudes de consommer, dans les placements et déplacements que nous faisons on est tous coupable à divers degrés de cet état de fait.
Je ne viens pas ici vous faire la morale, mais je vous convie à aller faire un tour sur le site d’Équiterre. Il s’y trouve des informations pertinentes sur quelques petits gestes à poser pour faire notre part. Comme par exemple prendre un taxi pour se déplacer en ville… Et parler de température avec le chauffeur 😉
BOUM-BOUM

À mon réveil j’ai appris que Bernard Geoffrion venait de rendre l’âme. Le jour même du retrait de son « sweater » comme il disait. On en aurait écrit le scénario, qu’on n’y aurait pas cru ! Quelle histoire incroyable. J’ai donc laissé le taxi parqué un peu plus tard pour regarder la cérémonie qui s’est ni plus ni moins transformée en funérailles. Difficile de ne pas avoir le « motton » devant l’hommage rendu au « Boumer ». J’avais pas un an quand il a pris sa retraite d’avec les Canadiens mais c’était un des joueurs préférés de mon père. Je l’entends encore me parler de son fameux lancer frappé. Je suis sûr que l’un comme l’autre auraient aimé voir le numéro 5 monter au plafond du centre Bell… Un hommage très émouvant.
Pendant la soirée j’ai embarqué deux clientes qui étaient au match. L’une d’elles avait entre les mains la brochure sur Boum-Boum qu’on offrait aux spectateurs. À destination je lui ai demandé si je pouvais y jeter un petit coup d’oeil. Eh bien elle m’a dit que je pouvais la garder ! Super content je lui dit alors que sa course est gratuite. Elle a accepté à condition que je garde aussi la petite réplique de la bannière ! Ça a fait ma soirée! Un vrai petit gars 😉 J’ai continué ma nuit en jasant de Boum-Boum avec mes clients puis pour boucler la boucle j’ai été prendre ce cliché près du vieux Forum, là où se tiennent encore quelques vieux fantômes…
Un Train la Nuit
(…)
Hier mon taxi n’avait point de suspension.
J’ai fini ma nuit avec trois petits points dans le dos …
Le Chant de la Sirène
Ça se passe dans une autre vie, je sors des Foufounes Électriques et me suis encore salement soûlé la gueule. Je bois trop à cause d’une fille que j’aime mais qui ne m’aime pas, probablement parce que je bois trop. A côté de mes pompes, je titube jusqu’au premier taxi que je vois parqué en double. Je m’écroule sur la banquette avant et me rends compte que c’est une femme qui tient le volant. Elle me demande où je veux aller et lui réponds que j’en ai plus rien à foutre. Je lui donne mon dernier 20 $ et lui demande simplement de rouler. Je ne veux pas rentrer chez moi, je ne veux pas être seul. Mon amertume est aussi palpable que mon ébriété. Elle roule et écoute ma haine ivrogne se déverser immonde. De ma bouche ne sort que fétidité. C’est d’une tristesse…
Je suis à mi-parcours. La fatigue m’envahit, je suis las de tout, surtout de moi. Je fini par fermer ma gueule de bois en devenir et sentant la nausée m’envahir, je ferme aussi les yeux. C’est alors que ma chauffeuse s’est doucement mise à chanter. Malgré l’ivresse et les années, je me souviens encore de sa voix délicate et des airs qu’elle m’a offert. Elle avait compris mon désarroi et ma peine. Avec son chant elle mettait du baume sur mon âme en perdition. Elle a chanté et roulé jusqu’à la fin de mon 20$. En sortant de son taxi, j’ai pris sa main et l’ai embrassé.
Aussi loin de chez moi qu’au début de la course, j’ai retraversé la ville dans l’aube naissante, suant l’alcool, encore soûl du chant de ma sirène.
J’ai longtemps et longuement repensé à cette nuit là et aujourd’hui, je sais que ma vocation de taximan est née de la chaleur de cette chauffeuse. Parfois je me dis que son chant m’a sorti de l’abîme où je m’enfonçais inexorablement. En tout cas j’aime bien y croire. Je la vois de temps à autre dans les rues de Montréal chantant à ses passagers. Une de ces nuits si vous montez à bord de son taxi, pouvez-vous de ma part lui dire merci ?
Relâche
Un peu de courage, il nous reste encore un gros mois pis les premiers signes du printemps vont se pointer. On va se taper la petite maudite tempête fatiguante de la fin mars début avril, mais bon, on est du bon côté de la colline. N’empêche, on dirait que c’est le mois le plus long de l’hiver. Ça n’en fini plus de finir. On déprime, on est tanné, regardez autour de vous, les faces sont longues…
Je ne suis pas différent de personne, moi aussi ça me rentre pas mal dans le corps. Le climat, je peux faire avec. Les tempêtes et le froid c’est de l’eau dans mon moulin. En fait ce que je trouve le plus pénible l’hiver, c’est le manque de lumière et rendu à ce moment-ci, l’énergie n’est pas au plus haut.
Quand mon amie Nathalie m’a dit que son fils voulait passer sa semaine de relâche à Montréal, je me suis dit qu’une semaine de break ne me ferait pas de tort à moi non plus. J’ai appellé mon boss pour lui demander de louer le taxi à quelqu’un d’autre et j’ai fait relâche. Je me suis mis sur un beat de jour et avec ma chum et son fils on s’est tapé de belles promenades en ville. On a fait la Ste-Catherine, le Chinatown, on s’est tapé plein de jolies bouquineries, on s’est payé de bonnes petites bouffes, on est allé à la grande bibliothèque. Un vrai de vrai trip montréalais. J’en ai profité aussi pour aller aux vues, me tapocher quelques bonnes bouteilles et pour prendre une bonne dose de soleil. J’ai surtout pris le temps de prendre mon temps. D’avoir des conversations qui durent plus que 5-10 minutes. J’ai ralentis le rythme, j’ai respiré par le nez. j’ai fais le vide et j’ai fais le plein…
Me voilà de retour, prêt à affronter ces prochaines semaines « d’advienne que pourra » 😉 De retour aussi avec de nouvelles aventures, restez au poste, je retourne au mien…
Puis si à votre tour, vous faites relâche cette semaine, bien je vous en souhaite une aussi bonne et pour les autres : courage, ça achève…
Normand
Chaque chauffeur a son territoire de prédilection. Moi j’aime bien aller m’installer au coin d’Atwater et de Notre-Dame dans le sud-ouest de la ville. De là, je couvre St-Henri, la Petite Bourgogne, Pointe St-Charles, Verdun, Ville-Émard, Côte St-Paul et même Lasalle en clanchant un peu 😉 A force de revenir régulièrement sur le même poste, on y retrouve les habitués. Sur ce stand on y retrouve presque toujours Normand. Normand c’est un vieux de la vieille qui doit faire du taxi depuis une bonne quarantaine d’années. Sur son visage on peut voir le kilométrage. Il a un regard un peu triste mais ses yeux sont toujours pétillant quand il nous parle de la dernière cliente qui l’a invité à « prendre un café ». A l’entendre il perd toujours une couple d’heures par semaine à prendre soins de ces dames. C’est évident qu’il en ajoute un peu pas mal beaucoup, mais c’est avec tellement de bon coeur qu’il nous raconte ses prétendues aventures qu’on serait fou de s’en priver. Normand a du me raconter sa fameuse course jusqu’à Sept-Iles une bonne quinzaine de fois et jamais de la même façon. La longueur de nos discussions dépendant toujours de la vitesse à laquelle les taxis avancent sur le poste. On a plus de détails un petit mercredi tranquille que pendant un vendredi glacial. Normand ne s’emmêle pas dans les mots. Les minorités visibles, il les appelle par leurs petits noms. Mais c’est toujours avec le sourire qu’il les accueille dans son taxi. Quand c’est long longtemps les soirs d’été on se dit : « Ouain j’prendrais ben un p’tit Québec! » On se parle de nos bonnes courses, des accidents qu’on a évité, des clientes à qui on ferait pas mal, de la petite bière qui sera bonne à la fin du chiffre… Avec les années j’ai développé une belle amitié avec cet homme. Un vrai bon gars avec un vrai bon coeur. Mais l’an dernier Normand a eu des problèmes avec son grand coeur. Un infarctus l’a obligé à réduire de beaucoup ses heures sur la route et il travaille le jour maintenant. En fin de semaine j’ai été agréablement surpris de le revoir au poste dans le milieu de la soirée. Son chauffeur de nuit s’est fait casser la gueule dans un voyage qui a mal tourné et il garde l’auto à temps plein le temps qu’il revienne. Ça faisait un bail que je ne lui avais pas piqué une bonne jase. On a parlé de sa santé, du temps qui passe, de nos clientes à qui on ferait pas mal pis du job. Normand a du kilométrage dans le corps et sur le visage mais vous devriez voir les yeux de cet homme briller quand il parle de son métier. Il a le taxi dans la peau. Assez pour y laisser la sienne. Prends ton temps Normand… Racontes-moi encore ta course jusqu’à Sept-Iles.

