Partys de bureau I

Ça fait trois fois que l’homme me répète son adresse. Il sort de son party de bureau et est pour le moins éméché. Encore heureux qu’il ait le vin joyeux, le contraire est toujours assez pénible. J’arrive de peine et de misère à déchiffrer son verbiage alcoolisé mais je me dois d’entretenir la conversation. Faut surtout pas qu’il s’endorme. Il me parle de la boîte pour laquelle il travaille, puis comment ils forment un groupe uni, une bien belle gang, etc. etc. J’apprends que la fête est loin d’être finie, que c’est « bar-open » et que le boss a remis à tous ses employés des coupons-taxis. Des mots qui sonnent bien dans mes oreilles.

J’ai donc élu domicile au poste desservant l’adresse où se déroulait le fameux party et je n’ai pas été déçu. Les appels se sont succédés sans trop d’attente. J’embarquais, faisais la course, revenais, rembarquais… Le genre de soirée qui vient compenser pour les longues heures passées à attendre. Voici enfin venu le temps de l’année où tous les chauffeurs de taxis sont heureux.

Une course après l’autre me fait découvrir une autre facette de la fameuse soirée. J’ai beau ne pas y avoir assisté, c’est tout comme. L’un a vomi dans un coin, l’autre a baisé sous une table, l’autre a sauté sa coche et quand le party se termine je suis aux premières loges pour la grande finale.

J’embarque ce couple qui a l’odeur, vient de passer leur soirée enfermés dans une SAQ. Ils bafouillent, marmonnent, balbutient, hésitent, l’un a envie de l’une, cette dernière a eu beau l’allumer toute la soirée, l’histoire est sur le bord de s’éteindre.

On va le déposer dans un premier temps et je vais me taper le reste de la course avec l’allumeuse.

Elle est jolie malgré son haleine de fond de tonne. Me demande mon cell pour appeler son chum. J’me fais à l’idée que je ne la remmènerai pas chez moi , je l’échappe belle elle a l’air d’être un méchant cas. Je lis entre les lignes que c’est la fille de sous la table, elle va rejoindre son homme qui se doute de rien. Comme de raison on avait pas invité les conjoints.

S’ils savaient…

Crotte sur le Coeur


Hier soir j’ai parqué le taxi aux abords de la place Émilie-Gamelin. Un bonne partie de la semaine dernière se tenait le festival État d’Urgence. J’ai pris quelque minutes pour aller boire un café et regarder un peu le film de Roach.
Je ne ferai pas de misérabilisme de bas étage mais côtoyer ne serait-ce que quelques instants le vrai monde de la rue, ça remets pas mal de choses en perspective. A l’approche de l’hiver, je ne peux qu’avoir un pincement au coeur pour ces âmes errantes qui soir après soir chercheront une place pour ne pas crever de froid.

Pendant votre magasinage des fêtes essayez d’être gentils avec ces « crottés » qui vous tendrons la main…

Dehors Novembre

En me réveillant hier, la radio m’apprenait le décès de Philippe Noiret. Dès le départ, la nuit s’annonçait un peu triste. En marchant vers le métro me venait en tête des images de l’acteur. Des souvenirs de soirées de cinéma. Avec qui j’étais à tel film, qu’est-ce qui se passait dans ma vie à telle ou telle époque. Le jour se couchait dans un spectaculaire jeu de pastels mais ça me semblait tout de même bien gris.

Dans le métro je récupère un numéro du ICI Montréal et je tombe sur l’édito de Pierre Thibeault où il est question du suicide de Dédé Fortin.
Déjà six ans. Sa « sortie » m’avait filé un sacré coup de vieux à l’époque et j’y pense encore souvent. Surtout quand je passe devant l’appart’ de la rue Rachel où il a commis l’irréparable.

En sortant du métro, il fait déjà noir. Un fin croissant de lune est accroché au bout de la rue Beaubien et je marche lentement jusqu’au garage assailli par une douce mélancolie. Je pense aux humains et au temps qui passent. Je pense à la vie qui va trop vite. Dans ma tête y’a Dehors Novembre des Colocs qui tourne en boucle.

Au garage, je prend les clefs sans rien dire. Mon taxi est plein d’essence, je suis plein de tristesse.

La nuit, la route, Montréal…

Rien de tel pour faire le vide.

Élémentaire…

Sir Arthur Conan Doyle, le créateur du fameux Sherlock Holmes n’a jamais été porté à raconter des anecdotes où il n’avait pas le beau rôle, mais en voici une.

Tel qu’il le relate, il attendait à un stand de taxi devant une gare Parisienne. Un taximan arrive, met sa valise dans le coffre et le fait monter. Alors qu’il s’apprêtait à dire au chauffeur où il voulait aller, celui-ci lui dit:

– Je vous amène où M.Doyle?

Doyle en fut stupéfait! Il demanda au chauffeur s’il le connaissait. Le chauffeur répondit:

– Non monsieur c’est bien la première fois que je vous vois.

Intrigué l’auteur lui demande alors comment il a pu savoir qu’il était Conan Doyle. Le chauffeur réplique:

– Ce matin dans le journal il y avait un article à propos de vos vacances à Marseille. Ceci est le poste d’attente de taxi que les gens qui rentre de Marseille utilisent. Le teint de votre peau m’indique que vous avez pris des vacances. Des traces d’encre sur votre index droit me suggère que vous êtes un écrivain. Vos vêtements sont très anglais, pas du tout français. En mettant bout à bout toutes ces pièces d’information, j’en déduis que vous êtes bien Sir Arthur Conan Doyle.

Doyle dit:

– Ceci est vraiment extraordinaire. Vous êtes la contre-partie réelle de Sherlock Holmes!

– Il y a une autre chose. Ajouta le chauffeur.

– Qu’est-ce que c’est?

– Votre nom est sur le dessus de votre valise.

J’avais cette anecdote dans mes archives mais j’en ai pas la source… Je présume que j’en suis redevable à Sir Arthur Conan Doyle lui même… À défaut d’avoir les coordonnées du chauffeur… 😉

Course de rêve

Semaine assez cauchemardesque merci!

Je ne me souviens plus à quelle heure précise ça a commencé mais je venais de m’endormir. Et puis ça a frappé.
Ça faisait des mois que j’embêtais le proprio avec des seuils de fenêtres pourris. Je ne m’attendais plus à rien de sa part quand ça s’est mis à « varger » dans les murs. Une équipe de maçons se mettait à la tache pour réparer la façade du bloc que j’habite. Ça a duré toute la semaine…

Vous devriez me voir les poches sous les yeux. Ça n’a pas été évident de faire mes nuits cette semaine et j’ai l’impression que le café n’a plus de prise sur moi. Les inconvénients du travail de nuit ou du moins ceux de dormir le jour. Bref.

Samedi après une grosse heure à tourner en rond, je m’installe sur le poste 61 à la Place d’Armes et j’incline ma banquette pour relaxer un peu en attente d’un appel ou d’un client.

C’est alors que s’est présenté une femme entre deux âges. S’assoyant derrière elle me demande:

– Vous connaissez le chemin des arts?

Sur le pilote automatique je me suis retrouvé sur la route y menant. Pendant un long moment nous avons roulé sans échanger un mot. Dans mon rétroviseur je regardais cette femme mystérieuse en me demandant où je l’avais déjà vue? De son côté elle regardait Montréal s’éloigner par sa fenêtre.

Tout s’est passé rapidement, je roulais maintenant sur un chemin de campagne et les feux de la ville étaient loin derrière nous. La femme s’est mise à parler mais étonnement ce n’est pas à moi qu’elle s’adressait mais à un petit garçon auquel je n’avais pas fait attention assis sur la banquette à ses côté. J’ai bien tenté de prêter l’oreille à ses propos mais ses paroles devenaient chuchotements.

C’est alors que nous nous sommes retrouvé à un embranchement que j’ai pris sans hésiter vers la gauche. Quelques centaines de mètres plus loin on s’est mis à grimper sur une espèce de rampe chambranlante et j’ai dû rapidement mettre les freins pour revenir à reculons jusqu’à l’embranchement. Pourtant, vers la droite, la route ne semblait pas avoir d’issue. Elle menait directement à un petit lac. De l’autre côté je pouvais voir quelques chaumières et je savais instinctivement que c’était là que se trouvait notre destination. En regardant bien, j’ai alors aperçu les feux arrières d’une voiture sortant du lac pour poursuivre sa route sur ce qui était sans doute le fameux chemin des arts. Je me suis donc élancé vers le lac dans l’idée de le traverser. Dans mon esprit ça ne faisait pas de doute qu’avec l’élan que j’avais, je le traverserais aisément. J’étais d’ailleurs sur le point d’arriver sur l’autre rive quand j’ai entendu klaxonner derrière moi. En regardant dans mon rétroviseur, je me suis rendu compte que ma mystérieuse passagère et l’enfant étaient disparus.

C’est à ce moment que j’ai entendu le répartiteur appeler mon numéro de voiture.

Et je me suis réveillé.

J’ai relevé ma banquette, me suis frotté les yeux et j’ai repris la route en pensant à cette course énigmatique.

Monsieur Lagacé

Au fil des mois l’apport de Patrick Lagacé à la blogosphère québécoise a été indéniable. Un simple billet de lui pouvait générer plusieurs centaines de visites et beaucoup de blogueurs d’ici – moi le premier – lui sont redevables.

Je vais donc profiter du fait que les projecteurs soient tournés vers lui pour simplement le remercier et pour lui souhaiter la meilleure des chances dans sa nouvelle vie.

Pour le reste, je vous invite à aller sur le blogue de Michel Dumais (un autre à qui je dois une bière 😉 pour y lire les derniers propos de Monsieur Lagacé.

Apprendre à compter

La soirée ne fait que commencer et j’attends que la lumière vire au vert au coin de Décarie et Notre-Dame de Grâce quand traverse une mère et trois petits garçons qui me dévisagent sans vergogne. Je leur offre un beau sourire et leur envoie la main. La mère qui porte un sac qui a l’air de peser une tonne en tire un par la main et encourage les deux autres à presser le pas. Passés de l’autre côté elle laisse tomber son sac, me regarde, hésite et lève finalement le bras. Elle ouvre la porte de derrière et les trois gamins ne se font pas prier pour monter à bord. Je sors du taxi pour l’aider à mettre son sac – qui pèse vraiment une tonne- dans le coffre. Elle me dit qu’elle veut aller à la station de métro Villa-Maria qui est à moins d’un kilomètre. Ce n’est pas bien loin mais avec ce sac et les enfants…

Une fois à bord, elle me demande combien ça coûterait d »aller jusqu’au métro Jean-Talon. Comme il y a encore pas mal de circulation je lui dis que ça ira chercher dans les 20- 25 dollars. Elle semble trouver que ça fait beaucoup de sous mais je n’ai pas à lui tordre trop le bras pour la convaincre de faire le reste du parcours à mon bord. Elle me demande toutefois si je peux m’arrêter quelques minutes au métro Plamondon où elle devait rejoindre une amie.
Je n’y vois pas d’objection et on poursuit la course.

Les enfants sont excités. Ils ont l’air content d’être en voiture et ils posent tout plein de questions à leur mère sur ce qu’ils voient, sur les boutons, sur le micro de ma radio. Je sens toute la curiosité qu’ils ont en eux et ça me plait bien de leur expliquer ceci, cela. La mère semble apprécier ce moment de répit et fouillant dans son sac elle en sort des petits sachets de biscuits sec qu’elle file aux gamins. Arrivé à Plamondon je trouve un espace pour me garer et la mère nous dit qu’elle en a pour deux minutes. Le plus petit rechigne un peu mais sa mère est déjà de l’autre côté de la rue.

Voilà donc mon taxi transformé pour un moment en centre de la petite enfance. Ça ne prends pas deux secondes après que la mère soit sortie pour que les mômes se mettent à chahuter. Les deux plus grands semblent vouloir s’en prendre aux biscuits du plus petit qui se met à crier pour protéger son bien.
Je me tourne vers eux et leur dis qu’il faut rester bien sage à l’intérieur d’un taxi. Dans le visage du plus vieux je vois bien qu’il se demande si je suis sérieux ou pas mais ça ramène quand même un peu le calme. Je leur demande comment ils s’appellent, s’ils vont à l’école etc. etc. Je sens bien que ça les gonfle et qu’il faut que je trouve un autre tactique si je ne veux pas que le bordel recommence avant que la mère revienne. De l’autre côté de la rue y’a un édifice et je demande à celui qui est près de la fenêtre combien il peut y compter d’étages.

– Je peux compter jusqu’à cent! Me dit-il fièrement.

– Ce n’est même pas vrai! Répond son grand frère.

– Oui! C’est vrai Justin m’a appris! Et comme pour relever le défi du frangin il commence son énumération. 1 , 2 , 3, 4, 5, …

Son frère l’écoute attentivement et attends patiemment qu’il se trompe pour pouvoir lui faire savoir. Le plus petit lui profite que les deux autres soient occupés par des trucs de grands pour continuer de bouffer tranquillement ses biscuits secs….16, 17, 18, 19, 20, 20, 20 et ?? Je sens que ça le reste va être ardu et je ne laisse pas la chance au plus vieux de s’acharner sur son frère et continue avec lui de compter lentement. 22, 23, 24, 25….

– Là tu vois à trente on recommence. Et 1, 32, 33, 34…

Le gamin comprend vite le processus et poursuit fièrement chiffre après chiffre. Je le laisse continuer seul en l’aidant à chaque nouvelle dizaine. Le plus grand s’est rabattu dans la fenêtre de derrière et fait des ronds de buée. 43, 44, 45… Le plus petit a fini ses biscuits et se met à jouer avec la poignée de la porte que je verrouille prestement. 55, 56, 57… La mère se fait toujours attendre et mon compteur poursuit également son décompte. 63, 64, 68, 66… Le cadet commence à sangloter, le grand à s’agiter… 70 et un, 70 et 2…

– Non, non là c’est soixante et onze, 12, 13 …

Le gamin ne semble pas encore tout à fait prêt à ce nouveau concept mathématique. Je demande donc au grand d’aider son frère à se rendre jusqu’à 100. Nous voilà donc les trois à compter ensemble. 85, 86, 87… Le petit se tourne vers nous pour tenter de décoder ce charabia. 92, 93, 94… Du coin de l’oeil je vois enfin la mère revenir accompagnée d’une autre jeune femme. 97, 98, 99… 100 !!

Pendant que sa copine prends place à mes côtés, maman va se rasseoir derrière avec des petits bien content de la revoir. Elle s’excuse pour l’attente et refile d’autres sachets de biscuits aux enfants. Pendant le reste du trajet j’épie la conversation qu’elle a avec son amie. Parfois en anglais, parfois en français, parfois en créole, je comprends qu’elles se sont rencontrées dans un centre de femmes en difficultés. La mère va porter les petits chez sa mère pour pouvoir s’offrir une soirée « off ». Je comprends que le père n’a pas assumé et s’est poussé, je comprends tout le courage de cette femme qui doit continuer à avancer et à faire ce qu’elle peut avec peu pour élever ses garçons.

Arrivé au métro Jean-Talon le compteur affiche près de $30. Elle me dit qu’elle n’a pas cet argent, elle me dit aussi que ce n’est pas cette station mais celle sur Jean-Talon au coin d’Iberville… Je réalise que je n’y trouverai pas mon compte mais je la rassure que je vais quand même lui faire la course pour $25.

Parvenu à destination, elle quitte le véhicule avec sa copine et le plus petit pour aller chercher l’argent chez sa mère. Elle demande aux deux plus grands d’attendre qu’elle revienne mais la vieille haïtienne l’attends déjà dans l’entrée du bloc. Je sors du véhicule et en fait le tour pour ouvrir la porte aux gamins qui courent sans se faire prier se jeter dans les jupes de mamie. Je sors ensuite du coffre le sac de la mère qui revient avec mon argent. Elle me remercie de nouveau et je lui dit que je comprenais sa situation et j’ajoute que ses garçons sont très gentils et très bien élevés. Le sourire de fierté qu’elle m’offre alors vaut beaucoup plus que mon manque à gagner.

On s’est salué et j’ai poursuivi ma nuit en pensant au courage de cette femme et à la chance de ses enfants de pouvoir compter sur elle.

Une p’tite vite

C’est un curé pis un chauffeur de taxi qui arrivent au paradis. Saint Pierre offre un château de rêve avec piscine, serveurs, etc. au chauffeur pis au curé il lui offre un shack sul bord d’la track.

Faque le curé dit à St-Pierre qu’il s’est trompé ! Voyons donc ça a pas d’allure. Toute sa vie il a prêché la bonne parole à l’église et patati patata…

C’est vrai lui répond St-Pierre. Sauf que pendant tes sermons à l’église, tout le monde dormait…

Dans son taxi lui, tout le monde priait !

S’cusez-la 😉