Un Taxi la Nuit passe papier !


Je cache ce superbe cadeau depuis quelques semaines déjà. J’aurais aimé vous déballer ça le 25 au matin comme belle surprise de Noël entre le lait de poule et le ménage du lendemain de la veille mais bon, le temps est venu.

Je me sens vraiment privilégié d’avoir été choisi pour participer à cette belle aventure mise sur pieds par Adeline Corrèze des éditions Hamac, la collection fiction du Septentrion . D’autant plus privilégié d’en faire partie accompagné de deux blogueuses exceptionnelles : Mère Indigne et Sof alias Lucie le Chien dans le ciel avec des diamants.

Une bien belle aventure qui je souhaite entraînera d’autres talents de la blogosphère québécoise (j’allais dire de la nation :0) dans son sillage…

J’en suis encore à élaborer ce que sera Un Taxi la Nuit le livre. Bien sûr ce sera un bilan de ces deux années passées avec vous mais pour le reste, faudra voir par vous même. ;-))

Avant d’aller me coucher, je voudrais exprimer ma gratitude à tous ceux et celles qui viennent jeter leurs yeux sur mes mots. C’est indéniable que c’est grâce à vous, a vos charmants commentaires, à l’énergie que vous me transmettez qu’Un Taxi la Nuit est rendu où ce qu’il est. Comme je dis souvent, vous êtes mon essence dans le réservoir. Sans vous, le taxi n’avance plus. Et le plus beau de l’affaire c’est que malgré le réchauffement que vous provoquez, vous êtes bon pour l’environnement ! (…)

Milles Mercis à tous toutes.

Entre deux courses

Hier je vous aurais volontiers parlé des « cas » que je me suis amusé à trimballer à travers la ville. Des chauds, des rouges, des gelés, des nez-rouges, plein de sortes d’allumés et bien d’autres sur le point de s’éteindre. Quelques cas lourds sur lesquels je vous aurais légèrement entretenu. Ça aurait été d’un distrayant indéniable. Du voyeurisme à l’état brut. De l’arrière de banquette au ras des pâquerettes.

Pourtant cette nuit ce que je retiens de cette fin de semaine de fou, ce sont ces arbres qui sont tombés. Ce sont ces quartiers plongés dans le noir alors que brillaient honteusement autour, les lumières des fêtes. Dans ma tête ça sonne: défaite.

Je me demande ce qui me fatigue le plus. Ces longues heures passées sur la route ou l’observation de la connerie humaine.

Par exemple dimanche soir lors d’une pause, j’écoute à Tout le Monde en Parle, Jean Lemire de la mission Sedna IV parler de la catastrophe de la fonte des glaces antarctiques. Le comique de service lui demande alors qui a baisé avec qui lors du périple (…) Je comprend que c’est dans le ton de l’émission et qu’il vaut mieux en rire que d’en pleurer mais je ne peux faire autrement de penser que c’est là qu’on est rendu. Le ciel peut bien nous tomber sur la tête, on ne veut pas savoir que le monde court à sa perte, on veut savoir avec qui ce monde baise et dans quelle position.
Et encore là comme le reste, tout le monde en parle mais personne ne fait rien.

(…)

Je songe que des tempêtes de verglas on a pas fini d’en avoir et qu’à un moment donné, ce ne sont pas que des arbres qui tomberont.

N’empêche que je vais continuer de tourner en rond dans ce monde de fou. Je vais continuer de trouver Montréal jolie même quand elle brille sous ses feux de pacotille. Je vais continuer d’observer la connerie humaine et si y’a encore du courant, je vous parlerai de ces courses.

De retour après la pause

Un fin de semaine tenant du fantasme. Le verglas, les pannes, les partys de bureaux, le congrès des Libéraux… L’essence aurait été à 5 piasses le litre, j’y aurais quand même trouvé mon compte. Ça vient évidemment compenser pour les longues soirées à tourner en rond, pour les longues heures passées à attendre.

Je vais faire le tri dans le lot d’anecdotes accumulées et les faire passer tranquillement de l’hippocampe jusqu’au bout des doigts.

Pour l’instant je ne vous raconterai pas d’histoires, si le week-end a été bien rempli, le chauffeur lui est vidé.

Partys de bureau I

Ça fait trois fois que l’homme me répète son adresse. Il sort de son party de bureau et est pour le moins éméché. Encore heureux qu’il ait le vin joyeux, le contraire est toujours assez pénible. J’arrive de peine et de misère à déchiffrer son verbiage alcoolisé mais je me dois d’entretenir la conversation. Faut surtout pas qu’il s’endorme. Il me parle de la boîte pour laquelle il travaille, puis comment ils forment un groupe uni, une bien belle gang, etc. etc. J’apprends que la fête est loin d’être finie, que c’est « bar-open » et que le boss a remis à tous ses employés des coupons-taxis. Des mots qui sonnent bien dans mes oreilles.

J’ai donc élu domicile au poste desservant l’adresse où se déroulait le fameux party et je n’ai pas été déçu. Les appels se sont succédés sans trop d’attente. J’embarquais, faisais la course, revenais, rembarquais… Le genre de soirée qui vient compenser pour les longues heures passées à attendre. Voici enfin venu le temps de l’année où tous les chauffeurs de taxis sont heureux.

Une course après l’autre me fait découvrir une autre facette de la fameuse soirée. J’ai beau ne pas y avoir assisté, c’est tout comme. L’un a vomi dans un coin, l’autre a baisé sous une table, l’autre a sauté sa coche et quand le party se termine je suis aux premières loges pour la grande finale.

J’embarque ce couple qui a l’odeur, vient de passer leur soirée enfermés dans une SAQ. Ils bafouillent, marmonnent, balbutient, hésitent, l’un a envie de l’une, cette dernière a eu beau l’allumer toute la soirée, l’histoire est sur le bord de s’éteindre.

On va le déposer dans un premier temps et je vais me taper le reste de la course avec l’allumeuse.

Elle est jolie malgré son haleine de fond de tonne. Me demande mon cell pour appeler son chum. J’me fais à l’idée que je ne la remmènerai pas chez moi , je l’échappe belle elle a l’air d’être un méchant cas. Je lis entre les lignes que c’est la fille de sous la table, elle va rejoindre son homme qui se doute de rien. Comme de raison on avait pas invité les conjoints.

S’ils savaient…

Crotte sur le Coeur


Hier soir j’ai parqué le taxi aux abords de la place Émilie-Gamelin. Un bonne partie de la semaine dernière se tenait le festival État d’Urgence. J’ai pris quelque minutes pour aller boire un café et regarder un peu le film de Roach.
Je ne ferai pas de misérabilisme de bas étage mais côtoyer ne serait-ce que quelques instants le vrai monde de la rue, ça remets pas mal de choses en perspective. A l’approche de l’hiver, je ne peux qu’avoir un pincement au coeur pour ces âmes errantes qui soir après soir chercheront une place pour ne pas crever de froid.

Pendant votre magasinage des fêtes essayez d’être gentils avec ces « crottés » qui vous tendrons la main…

Dehors Novembre

En me réveillant hier, la radio m’apprenait le décès de Philippe Noiret. Dès le départ, la nuit s’annonçait un peu triste. En marchant vers le métro me venait en tête des images de l’acteur. Des souvenirs de soirées de cinéma. Avec qui j’étais à tel film, qu’est-ce qui se passait dans ma vie à telle ou telle époque. Le jour se couchait dans un spectaculaire jeu de pastels mais ça me semblait tout de même bien gris.

Dans le métro je récupère un numéro du ICI Montréal et je tombe sur l’édito de Pierre Thibeault où il est question du suicide de Dédé Fortin.
Déjà six ans. Sa « sortie » m’avait filé un sacré coup de vieux à l’époque et j’y pense encore souvent. Surtout quand je passe devant l’appart’ de la rue Rachel où il a commis l’irréparable.

En sortant du métro, il fait déjà noir. Un fin croissant de lune est accroché au bout de la rue Beaubien et je marche lentement jusqu’au garage assailli par une douce mélancolie. Je pense aux humains et au temps qui passent. Je pense à la vie qui va trop vite. Dans ma tête y’a Dehors Novembre des Colocs qui tourne en boucle.

Au garage, je prend les clefs sans rien dire. Mon taxi est plein d’essence, je suis plein de tristesse.

La nuit, la route, Montréal…

Rien de tel pour faire le vide.

Élémentaire…

Sir Arthur Conan Doyle, le créateur du fameux Sherlock Holmes n’a jamais été porté à raconter des anecdotes où il n’avait pas le beau rôle, mais en voici une.

Tel qu’il le relate, il attendait à un stand de taxi devant une gare Parisienne. Un taximan arrive, met sa valise dans le coffre et le fait monter. Alors qu’il s’apprêtait à dire au chauffeur où il voulait aller, celui-ci lui dit:

– Je vous amène où M.Doyle?

Doyle en fut stupéfait! Il demanda au chauffeur s’il le connaissait. Le chauffeur répondit:

– Non monsieur c’est bien la première fois que je vous vois.

Intrigué l’auteur lui demande alors comment il a pu savoir qu’il était Conan Doyle. Le chauffeur réplique:

– Ce matin dans le journal il y avait un article à propos de vos vacances à Marseille. Ceci est le poste d’attente de taxi que les gens qui rentre de Marseille utilisent. Le teint de votre peau m’indique que vous avez pris des vacances. Des traces d’encre sur votre index droit me suggère que vous êtes un écrivain. Vos vêtements sont très anglais, pas du tout français. En mettant bout à bout toutes ces pièces d’information, j’en déduis que vous êtes bien Sir Arthur Conan Doyle.

Doyle dit:

– Ceci est vraiment extraordinaire. Vous êtes la contre-partie réelle de Sherlock Holmes!

– Il y a une autre chose. Ajouta le chauffeur.

– Qu’est-ce que c’est?

– Votre nom est sur le dessus de votre valise.

J’avais cette anecdote dans mes archives mais j’en ai pas la source… Je présume que j’en suis redevable à Sir Arthur Conan Doyle lui même… À défaut d’avoir les coordonnées du chauffeur… 😉

Course de rêve

Semaine assez cauchemardesque merci!

Je ne me souviens plus à quelle heure précise ça a commencé mais je venais de m’endormir. Et puis ça a frappé.
Ça faisait des mois que j’embêtais le proprio avec des seuils de fenêtres pourris. Je ne m’attendais plus à rien de sa part quand ça s’est mis à « varger » dans les murs. Une équipe de maçons se mettait à la tache pour réparer la façade du bloc que j’habite. Ça a duré toute la semaine…

Vous devriez me voir les poches sous les yeux. Ça n’a pas été évident de faire mes nuits cette semaine et j’ai l’impression que le café n’a plus de prise sur moi. Les inconvénients du travail de nuit ou du moins ceux de dormir le jour. Bref.

Samedi après une grosse heure à tourner en rond, je m’installe sur le poste 61 à la Place d’Armes et j’incline ma banquette pour relaxer un peu en attente d’un appel ou d’un client.

C’est alors que s’est présenté une femme entre deux âges. S’assoyant derrière elle me demande:

– Vous connaissez le chemin des arts?

Sur le pilote automatique je me suis retrouvé sur la route y menant. Pendant un long moment nous avons roulé sans échanger un mot. Dans mon rétroviseur je regardais cette femme mystérieuse en me demandant où je l’avais déjà vue? De son côté elle regardait Montréal s’éloigner par sa fenêtre.

Tout s’est passé rapidement, je roulais maintenant sur un chemin de campagne et les feux de la ville étaient loin derrière nous. La femme s’est mise à parler mais étonnement ce n’est pas à moi qu’elle s’adressait mais à un petit garçon auquel je n’avais pas fait attention assis sur la banquette à ses côté. J’ai bien tenté de prêter l’oreille à ses propos mais ses paroles devenaient chuchotements.

C’est alors que nous nous sommes retrouvé à un embranchement que j’ai pris sans hésiter vers la gauche. Quelques centaines de mètres plus loin on s’est mis à grimper sur une espèce de rampe chambranlante et j’ai dû rapidement mettre les freins pour revenir à reculons jusqu’à l’embranchement. Pourtant, vers la droite, la route ne semblait pas avoir d’issue. Elle menait directement à un petit lac. De l’autre côté je pouvais voir quelques chaumières et je savais instinctivement que c’était là que se trouvait notre destination. En regardant bien, j’ai alors aperçu les feux arrières d’une voiture sortant du lac pour poursuivre sa route sur ce qui était sans doute le fameux chemin des arts. Je me suis donc élancé vers le lac dans l’idée de le traverser. Dans mon esprit ça ne faisait pas de doute qu’avec l’élan que j’avais, je le traverserais aisément. J’étais d’ailleurs sur le point d’arriver sur l’autre rive quand j’ai entendu klaxonner derrière moi. En regardant dans mon rétroviseur, je me suis rendu compte que ma mystérieuse passagère et l’enfant étaient disparus.

C’est à ce moment que j’ai entendu le répartiteur appeler mon numéro de voiture.

Et je me suis réveillé.

J’ai relevé ma banquette, me suis frotté les yeux et j’ai repris la route en pensant à cette course énigmatique.