Mettre au chemin

J’arrive devant l’adresse qu’on m’a donnée et un type m’y attend déjà avec un grand sac de sport et quelques sacs de vidanges pleins à ras bord. J’éteins le véhicule, sors du taxi pour lui donner un coup de main, le salue et me rends vite compte de la situation du gars. Dans son corps et dans son visage s’inscrit la peine d’une porte qui se referme. La tristesse d’une histoire qui se termine.

Il ressemble aux sacs verts qu’il met dans le coffre. Plein à craquer de souvenirs, de lavage de linge sale en famille, de sentiments de toutes sortes. Le temps est venu de mettre ça au chemin. L’évincé me demande de l’amener au motel le plus proche. Pas besoin de rien ajouter. Je n’ai pas l’impression que l’homme ait le goût de se faire dire : « une de perdue dix de retrouvées » ou quelques autres de ces phrases creuses quelconques. Mieux vaut garder le silence.

Dans le sien qu’il ponctue de soupirs, je devine la tempête dans son crâne. Tout comme les souvenirs et les sensations; les pourquoi, les comment et les à quoi bon doivent s’y bousculer. Au-delà des disputes, des désaccords et des défauts de l’autre, il y a ces moments où ce sont les points qui nous unissaient qui refont surface. Les petits trucs qui nous faisaient aimer l’autre. Les rires, les gestes, les caresses. Toutes ces douceurs qui vont tout droit dans le bac à recyclage des regrets.

Alors que je conduis l’éconduit vers son motel, je ne peux que penser que les relations entre humains sont bien à l’image du monde dans lequel nous évoluons. On consomme et on jette en laissant chaque fois un petit quelque chose que le temps n’arrivera pas à composter.

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44 réflexions sur “Mettre au chemin

  1. Touchante vérité. Chaque fois que tu racontes une de ces histoires ça vient toujours chercher quelque chose au fond de moi. Un bout de moi qui se dit que des histoires comme ça se produise tous les jours et que finalement ça nous arrive à tous. Le temps n’effacera pas tout, mais on fini toujours par faire son deuil.

  2. Des miettes de coeur, ça reste longtemps pogné entre les orteils, quand on marche sans faire attention.Entre les lignes, tu as pris toutes les précautions pour ne pas égrainer d’avantage les noisettes de bonheur au fond des sacs. 🙂

  3. De passage par erreur sur votre blog, je découvre le premier billet avec délectation. Une petite nouvelle parfaitement écrite.A bientôt peut être.

  4. Bonjour cher taxibloggeur……..je me permets de m’insérer entre 2 commentaires pour te dire que je te lis assidument depuis plusieurs mois et parfois j’y laisse ma trace. voilà on m’a tagué c’est la nouvelle tendance chez les bloggers. alors voilà je te le fais à toi, positive à l’idée que tu sauras remplir les défis . j’ose espérer que tu iras le lire tout au moins, s’il te reste du temps au plaisir

  5. Bonsoir,Ce soir, je vous écrit un mot … après des semaines de lecture …Votre dernier texte est touchant d’humanité et de sentiments …et de vérité ! Bravo, bravo bravo ! J’applaudis ce talent roulant …. Superbe plume sachant manier les sentiments profonds et les petites situations comiques parfois ..Mais ce soir, ces sacs evrts sont venus me chercher …En si peu de mots, que de paroles …Bravo encore ..

  6. J’applaudis votre talent …En si peu de mots, que de paroles ..SAvoir toucher el sgens, els faire rire, les intéresser autant avec de courts textes et des toute petites histoires, c’est vraiment remarquable.Je vous lis souvent, mais ce soir, votre texte est empreint d’humanité telle qu’elle existe .. et votre conclusion est tellement à point!Bravo bravo et rebravo …

  7. L’èere du « jeter après usage » a malheureusement transformer les relations humaines en un forme d’objet de consommation rapide et superficielle. Quand « l’objet » commence a avoir des problèmes, on ne pense même pas à tenter de réparer; on s’en débarasse pour en avoir un nouveau.

  8. C’est bien triste comme situation car tout le monde aura la chance si je peux dire de se faire virer dans la vie! Un moment d’incompréhension survient et l’on comprendra qu’avec du recul… beaucoup plus tard. Je suis contente que ton client n’a pas décidé de crier sa frustration en battant son ex…

  9. J’ai lu dans un de mes livres de psycho (et pour une fois que j’ai retenu qque chose) Les couples ne durent plus comme ils duraient auparavant a cause de juste notre ère de consommation. On achete on utilise et on jete… la meme chose pour la relation de couple… c’est dommage cette facon de penser .

  10. c’est joliement écrit… et il est bien vrai que chacune de ces personnes laisse une trace en nous, qu’on le veuille ou pas.ce qui me rend souvent triste c’est de constater à quel point certaines personnes ont ainsi marqué ma vie, positivement ou non, sans que j’aie réussi à en faire de même…

  11. Merci Léonje suis passée par ici un jour en suivant un lien et j’y repasse maintenant pour créer des liens:créer avec le vrai, créer avec l’humain, créer avec un monde parralèlle que je n’avais jamais touché encore.Ma perception des chauffeurs de taxi a changé ! :-)Merci de ta lucidité, de ton humanité Léon

  12. Ah magnifique !belle trouvaille le coup du « bac à recyclage des regrets » !et que dire de: « alors que je conduis l’éconduit »et « le petit quelque chose que le temps n’arrive pas à composter »vraiment une belle métaphore Léon, bravo !

  13. Ouf Pierre-Léon.Tes textes gagnent en intensité je dirais. Celui-ci m’a touchée particulièrement. Je ne t’ai jamais écrit auparavant, ce que tu m’avais demandé lors du lancement. Bref, chapeau, on se sentait vraiment y être. Le recyclage des regrets. Les trucs que le temps n’arrive pas à composter. Belle méditation.Bonne continution de chemin et je te dis que je m’intéresse beaucoup plus maintenant aux chauffeurs de taxi.

  14. Ce qui touche souvent dans tes textes, c’est la résonance qui se crée entre ce que les clients de passage vivent et ta façon de décrire. Comme une sorte d’empathie dans laquelle tu nous entraines. Après quoi, on a un peu l’impression que le monde est meilleur, malgré toutes ces misères.

  15. Là où une forêt à brûler… le sol est fertile. C’est parfois difficile de voir au delà des choses, surtout quand le désastre est récent, immense et/ou inattendu… cependant, je suis de celle qui croit que toute situation à son lot de bonnes choses…J’aime vraiment la façon dont l’histoire est racontée, dont les sentiments du personnage sont amenés et interprétés. C’est génial.

  16. J’crois que tout le monde peut comprendre mais je supposerai que les hommes sont plus reconnaissants pour le rejet (et l’eject du ménage) que femmes. Je plains pour lui, et ceux qui s’encontrent dans cette situation.

  17. tres belles metaphores, effectivement, à chaque fois qu’une étape se termine, on laisse une partie de nous même..Dernierement, j’ai vecu cette situation pour la premiere fois de ma vie et honnetement, meme apres 2 mois et demi j’ai encore de la difficulté à passer à autre chose…et lire ton texte m’a énormement touché. tres court, mais tres efficace!

  18. Merci pour tout ces compliments. Je suis choyé!Je l’ai dit et me répète, tout ces bons mots sont comme de l’essence dans le réservoir. Ça aide à continuer à aller plus loin.Pis vu le prix du gaz…Merci encore.

  19. Beau texte Pierre-Léon.En te lisant je voyais un de mes proches à qui s’est arrivé… quelques fois….et malheureusement, ben il le méritait…..infidélité, mensonge, tromperie, c’était son lot !!!Ce qui n’enlève rien au pathétique du moment.

  20. Toujours un plaisir de passer ici. L’amour, ça laisse toujours des traces, un peu comme le sillon d’un bateau dans l’eau. Belles ou moins belles, selon que la mer soit calme ou déchainée. Mais sur le coup, souvent c’est la peine et le désespoir qui gagne remporte la palme. Le temps finira surement par estomper ses difficiles moments pour ne laisser, j’espère, que les miettes des petits bonheurs parsemées dans la toile de ses souvenirs…

  21. Quand on jette ce n’est pas justement parcequ’on n’arrive pas a consommer? Sinon, c’est vrai que dans certains moments, on respecte beaucoup plus qqn qui reussit a garder le silence. Est-ce que tu en croise souvent des gens comme ca? Je suppose que si je deprime en lisant ca c’est pcq tu ecris bien 😉 Je suis content de ne pas avoir a croiser des situations aussi tristes, ne lache pas courageux transporteur!

  22. Je ne sais plus ou mettre un commentaire, tellement il y aurait de choses à dire. Je vais juste rajouter un lien de ton blogue sur le mien. Peut-être que tes écrits feront réfléchir quelques’un de mes lecteurs sur la condition humaine.Ton site m’a été référé par une de tes lectrice assidue et il fait maintenant parti de tous ces petits trésors inconnus qui sont la sur le web et n’attendent que d’être lu.Merci d’être là et continue ton à écrire, c’est très intéressant…

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