Pourboire et pour manger

Je reçois un appel pour une adresse où l’on va régulièrement. Une boite de publicité. Tout comme nous, ceux qui y travaillent ont des horaires souvent interminables et ce n’est pas rare d’aller y chercher un client tard en soirée.

Lorsque j’arrive, un homme m’attend avec une boite de carton dans les bras. J’ouvre le coffre et sors du taxi pour l’aider, mais il me dit qu’il va garder son paquet avec lui. Je referme le coffre et retourne dans le véhicule dans lequel l’homme s’est déjà installé.

Dès que je m’assois, une odeur désagréable atteint mes narines. Je me dis que mon passager vient de se taper une sacrée journée de travail et bien que je sache qu’il a sa dose avec la seule envie de rentrer chez lui prendre une douche, j’entame la conversation.

On discute de son métier de caméraman sur divers plateaux de tournage, des longues heures, des contraintes et quoi encore. L’homme n’en demandait pas tant pour pouvoir laisser sortir le trop-plein de frustrations accumulées pendant sa semaine, il est mûr pour ses lamentations.

Je l’écoute patiemment en faisant mon bout de chemin et à quelques coins de rue de chez lui, il me demande si j’aime le fromage.

– Le fromage?

Il s’avère que l’odeur qui flotte dans le taxi provient de la boite remplie de fromages. Les restes de la campagne de publicité de la journée. Mon client les a rescapé d’une irrévocable mise aux ordures.

C’est bien une première en 19 ans de taxi qu’on me paie une course en fromages. J’ai déjà eu droit aux paiements en «nature», en marchandises volées, en drogues diverses, mais en fromage!?

Y’a un début pour tout j’imagine…

Ça me rappelle cette autre course. Une famille de Parisiens installés ici depuis quelque temps. On était partis du fin fond de la Pointe St-Charles pour se rendre à NDG. J’avais pris des raccourcis pour éviter les feux et prendre Décarie. On s’était rendu en moins de deux, une course impeccable. Je me rappelle le montant exact, le compteur affichait 14.85$

La dame me donne 15 dollars et me dit de garder la monnaie…

Dépité et un peu insulté, je lui dis:

– Vous savez madame, ici contrairement à chez vous, le service n’est pas compris.

– Mais ce n’est pas obligatoire! Répliqua la femme condescendante.

Frustré, je pars en trombe, mais ma colère tombe rapidement lorsqu’une cliente lève le bras à mon intention quelques coins plus loin.

Une fois assise, ma passagère me dit, qu’on a oublié quelque chose sur la banquette et elle me tend un sac dans lequel se trouve un beau gros pain au levain.

Je venais de trouver mon pourboire…

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6 réflexions sur “Pourboire et pour manger

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