Passé devant

Hier soir dans la Petite-Bourgogne, une adresse apparaît sur mon terminal, une adresse qui fut la mienne pendant plus de 20 ans. Ça m’a fait tout bizarre d’y monter les marches pour aller frapper à sa porte.

La femme qui en sort ne devait pas être très vieille lorsque je suis arrivé à cet endroit en 1987. Elle s’assoit derrière moi, m’indique sa destination et sa surprise d’avoir été là aussi rapidement.

— Je n’étais pas très loin et je connais bien le quartier.

— Moi, je déménage bientôt, ça me fait un peu de peine de quitter le coin.

— Je comprends. Faut quand même continuer de regarder devant non?

— Ouain, j’imagine.

— Je peux te faire une confidence?

Je lui raconte alors que j’ai vécu dans ce logement qu’elle quitte à regret. Elle est stupéfaite et me dit que c’est un signe. Je lui dis que c’est plus un hasard de la route, mais sans que je puisse faire quoi que ce soit, elle se met à pleurer. Elle m’explique que cet endroit fut un tournant dans sa vie de nouvelle montréalaise, elle me dit que c’est un endroit empli de bonnes vibrations et que ça va lui manquer.

Ses états d’âme se confondent avec mes souvenirs de l’endroit que je partage avec elle. On échange des anecdotes sur l’appartement, sur les voisins, sur la cour, sur le lierre qui a grimpé jusqu’au toit, sur le mur du salon que j’avais peint en noir… Peu à peu ses sanglots cessent, la course s’achève et elle me dit qu’elle va me payer avec une partie du loyer qu’elle a récupéré parce qu’elle déménage.

« Toute est dans toute!» est la seule banalité qui me passe par la tête comme réplique. Au moins, ça lui décroche un sourire.

J’aurais pu lui parler pendant des heures des choses que j’y ai vécues, des bonheurs qui s’y sont déroulés. Des colocs et amis qui y sont passés. J’aurais pu lui dire à quel point ma décision de quitter cet appartement ne fut pas la meilleure de ma vie. Que ses regrets, je les ai également ressentis.

Mais faut quand même continuer à regarder devant non?

On s’est quitté en se serrant la main avec une vague impression de communion et j’ai repris la route avec la nostalgie traversant la nuit.

Publicités

13 réflexions sur “Passé devant

  1. @Daniel : Et si je ne serais pas parti, cette passagère n'aurais pas vécu ces bons moments..@Martin : Merci de me "rappeler" à l'ordre, j'suis plus habile avec les lettres qu'avec les chiffres.. PS Je corrige.

  2. Ça me rappelle un film québécois sorti en 2006.« Cheech ».Le personnage principal loge dans ce modeste appartement de Petite-Bourgogne. Exactement le même que moi :)Là où j’ai habité pendant une période charnière, où j’ai eu mon premier enfant.Un relent d’insouciance perdue, peut-être.J’ai adoré ce quartier.Je l’ai quitté, à l’époque, par soucis pour mes enfants.Vous avez raison, Mr. Léon. Il faut regarder devant.Mais parfois, juste un peu, l’espace d’un bref souvenir, il y a toute cette nostalgie qui nous tape sur l’épaule.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s