Us et Costumes

Dimanche dernier sur les petites heures du matin je suis coincé sur un boulevard St-Laurent en chantier quand s’approche un couple déguisé. Ils se la jouent vampires à fond. Ils sont vraiment impressionnants. Superbes maquillages, il porte une magnifique cape en satin rouge et noir tandis qu’elle semble moulée dans le latex de son ensemble. Ils ne sont pas sitôt montés dans le taxi qu’ils s’enlacent et s’embrassent frénétiquement. Je ne sais pas encore où on va, mais vu l’allure du trafic, y’a pas de hâte.

Ça prends près d’une dizaine de minutes pour atteindre des Pins. Dans ma tête ça ne fait pas de doute que ces deux là ne se connaissaient pas avant le début de la soirée. À l’instinct, c’est un feu qui va brûler fort mais vite. Je toussote pour attirer leur attention question de savoir si on va chez lui ou chez elle. Je les écoute négocier un peu et la fille s’avance un peu sur la banquette et me donne une adresse que je connais déjà.

Forcément lorsqu’on attends toujours sur les mêmes postes, c’est normal de revoir régulièrement les mêmes clients. Comme n’importe quel commerce, on a des habitués et c’est tout à fait normal de développer des affinités avec certains d’eux. Entre autres, ça fait des années que je vais sonner à cette adresse dans la Petite-Bourgogne près du canal où vit un charmant petit couple que j’amène régulièrement soit au resto, soit au cinéma. C’est toujours un plaisir renouvelé de jaser avec eux de choses et d’autres. Ils sont toujours très gentils, me font jamais attendre inutilement à la porte et ne sont pas chiches sur le pourboire.

On s’est reconnu en même temps. N’eût été de son visage blafard, je crois que j’aurais vu le rouge lui monter aux joues. Prise en flagrant délit d’infidélité par le chauffeur! Je crois que j’ai été assez vite pour faire comme si je ne l’avais jamais vue de ma vie. Je me suis retourné vers la route sans mots dire. Mais le malaise était palpable sans bon sang. Je ne les voyais pas dans mon rétroviseur mais je pouvais sentir que le feu brûlait un peu moins fort derrière moi. Je la sentais un peu plus rétive aux avances de conte Dracula. J’ai monté le son de la radio et descendu vers l’antre de Cruella.

À destination, ils n’ont pas attendu que le jour se lève pour sortir en vitesse du taxi. L’homme m’a donné un 20$ et du pas de sa porte, ma cliente m’a envoyé un salut de la main avec un regard qui disait merci. Je lui ai rendu son salut avec un regard qui disait y’a pas de quoi.

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25 réflexions sur “Us et Costumes

  1. Chouette anecdotePuisqu’au fond ce qui est bien ou mal est relatif à la personne qui juge, c’est un bel exemple de conciliation entre la parabole du bon samaritain et le proverbe qui dit qu’il faut se mêler de ses onions.C’est le genre de situation qui crée un lien, un lien de gratitude et de complicité… Dans la vie comme en taxi, un ami, aussi anonyme et sporadique soit-il, c’est jamais de trop…—-complicité n. f. Définition :Se dit, en matière pénale, des actes de ceux qui ont provoqué une infraction, donné des instructions, fourni les moyens pour la commettre, ou qui ont aidé, assisté les auteurs de l’infraction dans les faits qui l’on préparée ou facilitée. —-

  2. Ça c’est comme se faire prendre les culottes à terre;-) Me semble de lui voir la tronche!! héhé Elle doit quand même avoir le doute dans son esprit, je me met à sa place et me semble que ça me fatiguerait.

  3. Décidément, je serais incapable de faire ton boulout. J’ai essayé puis quitté très vite le monde des bars pour cette même raison. Je dois être trop prude, ou trop stiff.En tous cas, j’ai même pas encore fini de digérer l’histoire de la grande rousse de québec et de son mari au téléphone, avec le petit en bruit de fond…

  4. Il y a de ça quelques années, quand je travaillais aux petites heures du matin, c’était toujours le même chauffeur de taxi qui venait me chercher, même si j’appelais chaque matin. Il devait être plus rapide que les autres… et il officiait dans ton coin. Maintenant que je travaille aux heures «normales», je me demande bien si c’était toi. Mais me lever à 4 heures du matin pour vérifier, c’est au-delà de mes forces… 🙂

  5. Faut avouée, à moitié pardonnée. Elle s’est comme confessée avant d’agir,lololol, comme cà t’as l’esprit plus tranquille pendant. De toute façon, il était trop tard pour reculer, aussi bien en profiter.

  6. Toi tu reconnais tes clients et c’est très bien. Moi parcontre, c’est tout le contraire… Ce sont mes clients qui me reconnaissent. Ils doivent avoir une meilleure mémoire visuelle que moi sans doute. Et comme tu sais, notre meilleur pourboire comme c’est souvent le cas : la discrétion 🙂

  7. Mais la question se pose…Que répondra Pierre-Léon si un jour il monte le mec seul et que dans la conversation, le mec dit qu’il soupconne sa copine de le tromper?

  8. J’ai 20 ans de taxi de nuit dans une toute petite ville(13,000 ames)et je peux te garantir que des regards désespérés,des sourires entendus et des pourboires démeusurés,j’en ai recu.Pauvres clients,ils s’imaginent qu’on se précipite au stand pour raconter,avec moult détails croustillants a souhait leur petites aventures aux confrères et a qui veut l’entendre.D’ailleurs certains flâneux hantent les stands de taxi dans le but justement de recueillir ce genre d’histoires.Rassurez-vous si la discrétion n’est pas solidement implantée dans son A.D.N. le guidam commun ne fera pas long feu dans ce fabuleux métier.Bien sur vous risquez de tomber sur une verte recrue qui n’a pas encore assimilé tous les codes,dans ces cas je vous conseille;la prière,le(généreux)pourboire ou………..la fidélité.

  9. Il m’est déjà arrivé quelque chose de semblable alors que j’étais serveur aux tables dans un hotel. La réceptionniste ma averti de ne faire aucune familiaritée avec un client qu’on était quand meme habitué de voir, puisque cette fois-ci, lorsqu’il s’était présenté à la réception, il avait immédiatement dit qu’il était avec sa femme, et il l’a nommée, à la dame de la réception. Peut-être percu comme un geste de galenterie pour sa femme, la réceptionniste a tout de suite comprit qu’elle ne devait pas le connaître, puisque c’était la première fois qu’il nous présentait sa femme! Je peux vous dire qu’on a tous fait attention de ne pas faire allusions à des visites précédentes. Je ne crois pas que ce soit bien ou mal, ou quoi que ce soit. Ce n’est pas de nos affaires, le professionalisme nous oblige moralement à faire mine de rien, c’est la moindre de choses!

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