Transports printaniers

Le changement d’heure s’est synchronisé avec le changement de saison cette année. Même si nous ne sommes pas encore à l’abri des derniers soubresauts d’un hiver qui s’est avéré somme toute plutôt clément, on ne se trompe pas trop en disant que le printemps est arrivé.

Ça se sent dans les rues de la ville. Ça se manifeste. J’espère que le printemps sera chaud et que Monsieur et Madame tout le monde auront envie de sortir dans les rues rejoindre les étudiants qui leur pavent la voie. D’ailleurs, ça me démange de mettre un carré rouge à l’antenne du taxi. Pas la meilleure idée pour éviter les contraventions par contre… Alors, j’évite, comme les nids de poules qui auront tôt fait d’achever ce qui me reste suspension.

Le printemps se manifeste aussi de bien d’autres façons. Il n’y a pas juste la sève qui remonte dans les arbres.

J’embarque ce couple en redescendant vers le sud sur Saint-Denis. Une femme rousse me dit rapidement sa destination et saute sur l’homme barbu à ses côtés pour lui « manger la face». Difficile pour moi de faire comme si je n’étais pas là. Je monte le son de la radio et tente de faire comme si de rien n’était.

— T’étais pas comme ça dans le bar! Dis l’homme qui n’a quand même pas trop l’air de s’en plaindre.

— Ah ouain? Attends de me voir taleure… lui répond la femme qui n’a pas la langue dans sa poche.

À la radio, tourne une toune en anglais alors qu’en arrière ça se frenche à qui mieux mieux. Deux définitions du mot chauffer se retrouvent dans le même véhicule.
Alors que je m’arrête à une intersection, la musique baisse juste ce qu’il faut d’intensité pour que j’entende le son d’une fermeture éclair s’ouvrir lentement. Le barbu tousse, la rousse glousse en glissant sa face contre ses cuisses. Pour éviter que ça éclabousse, je songe à intervenir, mais comme on est presque arrivé à destination, c’est avec adresse que je leur laisse du lousse.

Même pas cinq minutes plus tard, monte à bord du taxi un autre couple beaucoup plus jeune qui va s’échanger de jolies banalités tout le long de la course. Je sens leur envie à fleur de peau et comme de fait, arrivé à destination pour déposer dans un premier temps mademoiselle, le timide jeune homme se décide et l’embrasse sur la bouche. Je vais rester là pendant deux longues minutes, le temps d’un premier baiser.

Quand la portière se referme, le jeune homme peine à me dire où il veut aller. C’est juste si je n’entends pas son petit coeur battre dans sa poitrine. En silence, je vais le raccompagner chez lui en l’écoutant soupirer langoureusement plusieurs fois. Il est au septième ciel et je ne veux pas troubler son émoi. Je me demande si les phéromones laissées par le couple précédent n’ont pas joué un rôle quelconque dans ce qui vient de se passer et je souris en regardant de temps en temps dans mon rétroviseur ce transporté de joie.

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6 réflexions sur “Transports printaniers

  1. Alors ce n'est pas un fantasme de films XXX ou de livres ludiques qu'on ne lit qu'à une seule main, ce genre de scène?…J'adore la description de l'émotion du premier baiser. J'aurais aimé sentir cette énergie!

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